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A Villerupt plus qu'ailleurs, le choix impossible des électeurs
International 19 1 3 min. 05.05.2017 Cet article est archivé

A Villerupt plus qu'ailleurs, le choix impossible des électeurs

International 19 1 3 min. 05.05.2017 Cet article est archivé

A Villerupt plus qu'ailleurs, le choix impossible des électeurs

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Comment demander aux électeurs d'une ville ouvrière historiquement communiste, quasiment tous issus de l'immigration, d'apporter leur voix à l'extrême droite ou au capitalisme? Ce second tour de la Présidentielle porte un coup violent à tout ce qui fait l'identité de Villerupt.

Comment demander aux électeurs d'une ville ouvrière historiquement communiste, quasiment tous issus de l'immigration, d'apporter leur voix à l'extrême droite ou au capitalisme? Ce second tour de la Présidentielle porte un coup violent à tout ce qui fait l'identité de Villerupt.

Municipalité de 9.500 âmes, limitrophe avec Esch/Alzette, Villerupt fait partie de ces villes en rouge vif sur la carte des résultats du premier tour le 23 avril dernier: celles où Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête.

Alors forcément, en cette veille de second tour entre Emmanuel Macron "le capitaliste" et Marine Le Pen "la fasciste", pas facile pour ces électeurs de décider quel bulletin mettre dans l'urne... pour ceux qui voudront bien en mettre un.

Dans l'allée qui longe l'église, ils sont nombreux à être tentés par le vote blanc, comme ce monsieur, qui estime qu'aucun des deux candidats ne lui convient: "Le FN, bon, on le connaît, et l'autre, c'est un banquier, donc il ne peut pas être favorable aux ouvriers!" En s'éloignant, il admet qu'il va quand même "réfléchir jusqu'à la dernière minute".

Macron, "pas de gaieté de coeur"

Pour Hermine, c'est tout vu, ce sera Macron, "pas de gaieté de coeur", mais pour "faire barrage au Front national". Comme la majorité des gens ici, elle a soutenu Jean-Luc Mélenchon au premier tour. D'ailleurs, le candidat de la France insoumise a sa préférence à chaque élection à laquelle il participe "depuis toujours", confie-t-elle dans un sourire.

D'ordinaire plutôt couche-tôt, cette petite mamie a tenu à regarder le débat "en entier, jusqu'au bout" mercredi soir, et la prestation de la candidate FN l'a particulièrement choquée: "Je l'ai trouvée tellement agressive..." 

"Les gens en ont marre mais ont peur de changer"

Au stand de Stéphane, changement d'ambiance: ce grand gaillard vend des spécialités italiennes sur les marchés depuis plus de 20 ans. Il sent que les gens "en ont marre des politiques corrompus" mais qu'en même temps, "ils ne sont pas prêts à changer de système, ils ont peur".

Lui va voter Le Pen ce dimanche, comme il l'a fait au premier tour, mais il précise que pour lui, "ce n'est pas un vote d'adhésion mais surtout pour essayer de changer le système." De toute façon, il n'y croit plus à tout ça: "Je suis sûr que ça ne va rien changer du tout".

Un peu plus loin, nous croisons un militant communiste, ancien de la CGT, écoeuré par François Hollande qu'il considère comme entièrement responsable de l'affiche désastreuse de ce second tour: "Je ne sais pas si je vais aller voter..."

"Je ne vais pas aller voter"

Pour Yannick, militant du parti socialiste, c'est déjà décidé: ce second tour, ce sera sans lui. Refusant le "vote utile" pour lequel ont opté de nombreux électeurs de gauche, consistant à voter Macron dès le premier tour pour éviter un face-à-face Fillon/Le Pen au second, le jeune homme a voté Benoît Hamon.

Handicapé et sans emploi, ses yeux bleus trahissent toute la consternation que cette élection lui inspire: "Je ne vais pas aller voter parce que je pense que les Français vont se déplacer en masse pour voter Macron, donc j'estime que je peux rester dans mes convictions." Désabusé, il dit ne rien attendre des cinq années à venir.

Un vote "sanction" pour protester

Devant son percolateur fumant, Paolo prépare le cappuccino comme personne. Il n'a pas souhaité nous dévoiler son vote, mais ce barista auto-entrepreneur depuis 4 ans, nous a quand même affirmé qu'il s'agissait d'un vote "sanction", une façon pour lui de manifester son mécontentement du pouvoir en place.

A Villerupt, entre abstention, vote blanc et front républicain, alors que la candidate du FN est créditée de 38% d'intentions de vote (sondage Elabe, 5 mai 2017), il est clair que le scrutin de dimanche pourrait réserver quelques surprises. 


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