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A Molenbeek, des coups de feu et un enjeu politique
International 3 min. 27.06.2022
Perquisitions et opérations policières

A Molenbeek, des coups de feu et un enjeu politique

Le radicalisme religieux ne s'est pas éteint à Molenbeek, mais il se fait assurément plus discret.
Perquisitions et opérations policières

A Molenbeek, des coups de feu et un enjeu politique

Le radicalisme religieux ne s'est pas éteint à Molenbeek, mais il se fait assurément plus discret.
Photo:AFP
International 3 min. 27.06.2022
Perquisitions et opérations policières

A Molenbeek, des coups de feu et un enjeu politique

Le trafic de drogue remet la commune bruxelloise sous les projecteurs de l’actualité.

Il y a une semaine, plusieurs coups de feu ont été tirés à Molenbeek. Un homme de 20 ans a été blessé aux deux jambes. Un véhicule a été retrouvé non loin de là, incendié.


En 2020, la police a saisi près de 3 millions d'euros issus du trafic de stupéfiants dans cette seule commune.
Molenbeek au cœur d’une énième polémique
Un leader socialiste flamand confesse ne pas se sentir en Belgique dans cette commune bruxelloise à forte densité d’immigrés

Cette fusillade ne serait qu'un fait divers parmi d'autres si elle n'avait été précédée de nombreux autres tirs dans la capitale au cours des derniers mois et surtout si elle n'avait eu lieu à Molenbeek, commune de l'ouest de Bruxelles connue pour avoir vu grandir dans ses rues plusieurs terroristes des attentats parisiens du 13 novembre 2015.

«Nettoyer» Molenbeek

Les jours qui ont suivi ont donné lieu à diverses opérations policières. Des perquisitions ont été menées, sans que l'on n'en connaisse actuellement les résultats. Selon Rachid Barghouti, le porte-parole de la bourgmestre Catherine Moureaux (PS), cette énième fusillade doit être liée aux guerres de territoires que se livrent des trafiquants de drogues.

Au lendemain des attentats de Paris, le nationaliste flamand Jan Jambon, qui était alors ministre fédéral de l'Intérieur, avait pourtant déclaré vouloir « nettoyer » Molenbeek, suscitant une levée de boucliers chez ceux – médias, partis et associations – qui estimaient que cette commune bruxelloise de cent mille habitants n'avait pas à payer pour la faute d'une poignée de criminels. Pas de quoi effrayer Jambon qui avait lancé le « Plan Canal » destiné à combattre l'islamisme et la radicalisation. La police locale en serait le principal pilier en se voyant confier des tâches de renseignement et de surveillance des personnes soupçonnées. Le plan avait été élargi à d'autres communes bruxelloises.


Molenbeek n’en a pas fini avec ses démons
La commune qui a vu grandir Salah Abdeslam se bat aujourd'hui contre différents trafics susceptibles de nourrir l’extrémisme.

Le radicalisme religieux ne s'est pas éteint à Molenbeek, mais il se fait assurément plus discret. Aujourd'hui, c'est le trafic de drogues qui défraie régulièrement la chronique, sans que l'on ne sache à qui profite le crime. Ce n'est qu'une hypothèse, mais il convient de rappeler que la drogue est aussi une source du financement du terrorisme.

Pour l'heure, la bourgmestre socialiste Catherine Moureaux refuse de voir sa commune à nouveau désignée comme l'épicentre de tous les fléaux du monde. Elle a exigé de la ministre de l'Intérieur, la chrétienne-démocrate flamande Annelies Verlinden, des moyens policiers semblables à ceux d'Anvers, la ville du nationaliste flamand Bart De Wever. Entre les lignes, on comprend qu'en dépit des appels matamoresques à «nettoyer Molenbeek» il y a sept ans, les moyens humains et matériels sont restés insuffisants pour remédier aux problèmes de la commune.

Des intérêts différents au plan régional

L'affaire est arrivée devant la Chambre. «Nous avons besoin d'une approche ciblée et intégrée» a souligné la ministre Verlinden en listant les initiatives déjà prises pour en finir avec cette situation. Mais Annelies Verlinden a aussi renvoyé les communes et les régions à leur responsabilité dans la gestion de la sécurité publique. Elle a fait valoir que quelque 6.000 policiers sont actifs dans la capitale. Les chrétiens-démocrates flamands se sont alors rangés du côté de leur ministre et se sont copieusement engueulés avec les socialistes francophones. Ecolo a plaidé la prévention, affirmant que la criminalité est en baisse à Molenbeek…

Tous ces partis sont alliés au sein du gouvernement fédéral, mais ont des intérêts différents au plan régional. Pour la Flandre, Bruxelles reste cette ville sale et indisciplinée. Quant aux partis francophones, ils n'oublient pas que le vote dans la capitale a une large composante communautariste, particulièrement là où vit la population de confession musulmane…

Avant la fusillade de Molenbeek, d'autres échanges de tirs ont récemment eu lieu, notamment dans le centre de Bruxelles et dans la commune de Koekelberg.

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