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A la jonction des extrêmes
International 3 min. 25.07.2019 Cet article est archivé

A la jonction des extrêmes

Il ressort d'une étude universitaire que le manque de confiance et l’insatisfaction à l’égard du politique forment un trait d’union plus qu’interpellant entre les sympathisants des extrêmes.

A la jonction des extrêmes

Il ressort d'une étude universitaire que le manque de confiance et l’insatisfaction à l’égard du politique forment un trait d’union plus qu’interpellant entre les sympathisants des extrêmes.
Photo: Shutterstock
International 3 min. 25.07.2019 Cet article est archivé

A la jonction des extrêmes

Les élections du 26 mai dernier ont été marquées par le succès de deux partis a priori diamétralement opposés. Au nord, le Vlaams Belang et ses ultranationalistes flamands. Au sud, les communistes wallons du Parti du travail de Belgique (PTB).

Par Max Helleff (Bruxelles)

La nature des deux partis alimente régulièrement la polémique. Si, pour certains, les communistes du PTB ne sont jamais qu’une version plus à gauche du socialisme à la belge, pour d’autres ils représentent les dignes héritiers du maoïsme et du marxisme-léninisme. Nombre de morts à l’appui, les détracteurs des « cocos » affirment qu’au petit jeu des héritages totalitaires, le PTB ne doit rien à l’extrême droite du Vlaams Belang.

 Une étude universitaire (ULB, VUB, KUL) apporte de l’eau au moulin de cette théorie. Celle-ci prend en compte les motivations des électeurs amenés à se prononcer lors du dernier scrutin sur la composition des parlements régionaux. Il en ressort que le manque de confiance  et l’insatisfaction à l’égard du politique forment un trait d’union plus qu’interpellant entre les sympathisants des extrêmes.


King Philippe of Belgium (L) welcomes nationalist N-VA party chairman Bart De Wever (R) for a meeting at the Royal Palace in Brussels on May 27, 2019, a day after the regional, federal and European elections. (Photo by DIRK WAEM / Belga / AFP) / Belgium OUT
La Belgique en grand écart
La Belgique s’est réveillée plus divisée que jamais ce lundi, au lendemain des élections qui ont renouvelé ses parlements fédéral et régionaux. Bâtir des ponts entre la gauche francophone et la droite flamande pour former un gouvernement est quasiment impossible.

Manque de confiance

Le Belang et le PTB sont en effet les partis qui ont le plus attiré les électeurs ayant peu ou pas confiance dans la politique. Pour l’extrême droite, ce n’est pas nouveau. Historiquement, le Vlaams Belang a puisé sa force dans cette partie de la population flamande qui rejette l’Etat belge. A ses débuts, il a bénéficié du vote des inciviques - ces Flamands qui avaient eu des comptes à rendre à la justice pour leur attitude durant la guerre - et de leurs familles. Récupérée au début de la décennie par la N-VA et sa capacité potentielle à porter de telles revendications au sein d’un gouvernement fédéral, cette défiance est revenue plus forte que jamais dans l’escarcelle de l’extrême droite à la faveur du 26 mai.

En Wallonie où les extrêmes n’avaient plus passé la rampe depuis la Seconde Guerre  mondiale, la même défiance est désormais canalisée par les communistes.

L'étude démontre également que le vote en faveur du Vlaams Belang est motivé chez un électeur sur deux par un sentiment d’insatisfaction à l’égard des gouvernements fédéral et régional. Ce trait est encore plus présent chez les sympathisants du PTB. De part et d’autre enfin, l’intérêt pour la politique est souvent nul.

Critères idéologiques

Des électeurs somme toute identiques ? Pas lorsque l’idéologie est en jeu. Ici, les partisans du Vlaams Belang se disent plutôt proches de ceux de la N-VA, d’où les allers-retours fréquents entre les deux partis. Ceux du PTB affichent une proximité assumée avec les socialistes, essentiellement en raison de critères idéologiques.


Belgium's Prime Minister Charles Michel arrives for an EU summit at the Europa building in Brussels, on June 21, 2019. - European leaders early on June 21, 2019 failed to agree on a new top team to lead efforts to reform their union for 2019-2024, and postponed a decision until the end of June. (Photo by Aris Oikonomou / AFP)
Huit partis restent en lice pour gouverner en Belgique
Huit partis politiques belges - francophones et flamands - restent en lice pour former une coalition gouvernementale et les deux «informateurs» désignés par le roi pour tenter de les rapprocher vont poursuivre leur travail tout le mois de juillet.

Ce tableau serait incomplet s’il n’était fait mention de la baisse de confiance dans les institutions. Elle s'accélère dans toutes les parties du pays, manifestement dopée par les scandales qui ont éclaboussé la politique en 2017 (Samusocial, Publifin, …). Le Parlement fédéral doit lui aussi faire face à cette crise de la représentation. Sa cote est de 4/10 en Flandre et de 3,5/10 en Wallonie où le recul est le plus net.

Récemment, le  Centre de recherche et d’information sociopolitiques (Crisp) s’est ingénié à convertir en sièges, circonscription par circonscription, les votes non valables. Il en a conclu que leur addition équivaut à faire des abstentionnistes une force politique de premier plan. C’est là une autre facette de cette baisse de confiance dans les institutions qui a fait, en mai dernier, les choux gras de l’extrême gauche et de l’extrême droite.


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