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850.000 raisons d'avoir peur
International 3 min. 03.03.2020

850.000 raisons d'avoir peur

Un médecin belge sème le trouble en publiant des théories alarmistes sur la propagation du coronavirus.

850.000 raisons d'avoir peur

Un médecin belge sème le trouble en publiant des théories alarmistes sur la propagation du coronavirus.
Photo: AFP
International 3 min. 03.03.2020

850.000 raisons d'avoir peur

Les prévisions apocalyptiques du Dr Philippe Devos ne sont pas passées inaperçues à l’heure où autorités et médias appellent en chœur la population belge à ne pas céder à la panique.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Selon cet intensiviste liégeois, président du syndicat de médecins Absym, 850.000 Belges pourraient être rapidement infectés par le virus covid-19. Un nombre étonnant si l'on sait que, lundi soir, seules huit personnes souffrant de la maladie avaient été détectées. D’autres résultats d’analyse étaient toutefois attendus mardi.  

Pour le Dr Philippe De Vos, ces huit cas ne représenteraient que le préambule d'un véritable Armageddon… si les autorités belges ne prennent pas le monstre par les cornes.  

«Pour comparer à la grippe saisonnière, écrit le Dr Devos sur son site web,  le coronavirus est 1,7 fois plus contagieux que la grippe saisonnière (…) Or en Belgique, la grippe touche 500.000 personnes en moyenne par an. Sans mesures de précaution plus drastiques qu'avec la grippe, on risque donc d'avoir 1,7 x 500.000 = 850.000 personnes infectées par le coronavirus en Belgique».

Pour appuyer sa thèse, le médecin compare les statistiques chinoises et italiennes, regrettant au final qu’elles soient «fort semblables»:  «C'est une mauvaise nouvelle car on espérait que les chiffres en Europe seraient plus faibles qu'en Chine.»

Le reste de sa tribune consiste à démontrer que les structures hospitalières belges seront largement déficientes si la pandémie atteint son apex. 13,8% des patients atteints auront une pneumonie et devront être hospitalisés; 6,1% devront être traités en soins intensifs. Soit 52.000 personnes «ayant besoin de soins intensifs» dans un pays qui ne compte que 1.400 lits dédiés à ce type de traitement lourd.

Le Dr De Vos prédit dès lors une «flambée de mortalité» faute de structures ad hoc. «A titre d’exemple, la mortalité du virus en Italie est de 2,6%. Elle monte à 3,9% dans les zones où les hôpitaux ont été saturés», écrit-il.

Démonstration par l'absurde  

Conclusion: «La priorité absolue est d'éviter d'atteindre ces 850.000 infectés. C'est encore faisable. Cela dépend du comportement adéquat de tous (…) Mais restez toutefois rassurés: à moins d'être octogénaire, le risque d'en mourir reste aux alentours de 0,1 %».

Ces lignes en angoissent plus d'un. Interrogés par les médias, plusieurs experts ont estimé qu'une telle démonstration ne servait à rien, sinon à «jouer avec la peur des gens». Le virologue et expert gouvernemental Steven Van Gucht estime «qu'il faut toujours faire très attention avec ce genre de prédictions car elles se révèlent généralement fausses. On ne connaît souvent la vérité que par après».


A scientist works in a bio-safety level 2 laboratory at the Rega Institute for Medical Research at the KU Leuven university, which is currently conducting research on finding a treatment against COVID-19, the novel coronavirus, in Leuven, on February 28, 2020. - The number of new coronavirus cases in the world rose to 83,853, including 2,873 deaths, across 56 countries and territories by 1300 GMT on February 28, 2020, according to a report gathered by AFP from official sources. (Photo by JOHN THYS / AFP)
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Tout le monde s'accorde à dire que le nombre de 850.000 personnes infectées pourrait être atteint si - et seulement si - rien n'a été fait. Mais ce n'est évidemment pas le cas. La Belgique suit les recommandations de l'OMS. Les hôpitaux ont par ailleurs développé des «plans catastrophe» en vue d'accueillir davantage de patients en soins intensifs si nécessaire.

Plus de peur que de mal? Les multiples ministres que compte la Belgique fédérale en matière de santé auront fort à faire dans les prochaines semaines pour calmer les esprits. Dimanche, c'est Olivier Maingain, l'actuel bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, qui a fait la nique au gouvernement en interdisant d'accès les bâtiments et institutions de sa commune aux personnes à risque. Cette décision est intervenue au moment même où la phase 2 (les mesures visant à stopper la propagation du virus) était déclenchée.


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