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Un patron rebelle plaide la transition écologique
Grande Région 3 min. 16.10.2019

Un patron rebelle plaide la transition écologique

Les positions de Jacques Crahay sont devenues le sujet de polémique de bien des patrons wallons.

Un patron rebelle plaide la transition écologique

Les positions de Jacques Crahay sont devenues le sujet de polémique de bien des patrons wallons.
Photo: DR
Grande Région 3 min. 16.10.2019

Un patron rebelle plaide la transition écologique

Jacques Crahay, le «patron des patrons wallons», s’est fait des ennemis mais aussi beaucoup d’amis en tenant des propos iconoclastes sur le rôle futur de l’entreprise.

De notre correspondant MAX HELLEFF (Bruxelles) - Il est devenu pour beaucoup d’environnementalistes «Le» patron qu’il faut suivre et supporter. Depuis l’interview qu’il a donnée à L’Echo, Jacques Crahay, le patron des patrons wallons, apparaît comme un sauveur. Tous les capitalistes ne sont pas ennemis de la planète : tel est le sentiment qu’il peut inspirer.

«L’économie n’est pas là pour dicter sa loi», assure le président de l’Union wallonne des entreprises (UWE) tout en affirmant avoir été victime sinon de censure, du moins de l’influence pressante de ses collègues. «J’ai dû écrire huit versions (de mon discours de prise de fonction) pour que cela passe la rampe. J’ai enlevé 75 % des idées d’origine». Certains, a-t-il ajouté, ont cherché à le «dégommer».

Jacques Crahay, CEO de Cosucra, aurait osé s’élever contre la doxa patronale. Il écrit en tout cas qu’on ne peut plus «continuer sur le modèle d’une croissance sans limite (et que) les dirigeants d’entreprise ne veulent pas en parler parce que cela met leur business à mal». 

Immédiatement, Jacques Crahay a été taclé par ses pairs, lesquels l’ont notamment accusé de profiter de sa position pour faire passer un avis tout personnel. Les uns y ont vu une atteinte au tissu industriel wallon. Les autres, un mauvais procès, bien des entrepreneurs se montrant déjà sensibles au sort de l’environnement. Il aurait même été question d’un putsch parmi ses opposants  pour le renverser. Depuis les anti-Crahay s’opposent au pro-Crahay.

Le soutien de Di Rupo

Dans un tel contexte, le soutien que vient de donner Elio Di Rupo au patron de l’UWE n’est évidemment pas passé inaperçu. Lors d’une récente allocution à Louvain-la-Neuve, le ministre-président wallon a rendu un hommage appuyé à Jacques Crahay pour son plaidoyer en faveur d’une économie «plus équilibrée et moins tyrannique».

«Seule une activité économique sociétalement et environnementalement soutenable aboutira à assurer, pour nos générations futures, la prospérité de la Wallonie et à maintenir, voire améliorer, son excellent cadre de vie. Nous en avons la responsabilité devant les jeunes générations qui sont là et qui nous observent», a cité Elio Di Rupo avant de qualifier ces mots de «sages», de «justes» et de «visionnaires».

Une réplique «démesurée»

La démarche du ministre-président n’a rien d’étonnant dans la mesure où le nouveau gouvernement wallon – une coalition additionnant les écologistes aux socialistes et aux libéraux – veut «verdir» la Wallonie. Toutefois, le contraste est singulier avec les événements du week-end dernier. Plus de quatre cents manifestants venus protester pacifiquement sous la bannière d’Extinction Rebellion place du Palais royal, à Bruxelles, ont été évacués sans ménagement par les forces de police.

Des canons à eau ont été utilisés. Cette réplique a été jugée «démesurée» par une partie du monde politique. De nombreuses photos, accompagnées de commentaires assassins pour la police, ont circulé sur les réseaux sociaux. Sur l’une d’elles, on peut voir Olivier de Schutter, professeur à l'université de Louvain et ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation, gazé en plein visage alors qu’il parlementait avec des policiers.

Lundi, dans les colonnes du Soir, le bourgmestre socialiste de Bruxelles-Ville Philippe Close a reconnu à demi-mots les dérapages policiers du week-end.«Ce qui s’est produit avec Extinction Rebellion est un échec pour tout le monde», a-t-il tranché.


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