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Theo Francken, un joker bien embarrassant
Grande Région 3 min. 04.10.2019

Theo Francken, un joker bien embarrassant

La ferme politique migratoire de Theo Francken, vers 2015, a frappé les esprits.

Theo Francken, un joker bien embarrassant

La ferme politique migratoire de Theo Francken, vers 2015, a frappé les esprits.
Photo: AFP
Grande Région 3 min. 04.10.2019

Theo Francken, un joker bien embarrassant

L’ex-secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration pourrait s’inviter dans les négociations qui doivent mener à la formation du gouvernement belge. Mais qui osera pactiser avec le sulfureux nationaliste flamand?

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles)  - Négocier avec Theo Francken ? La question parcourt les partis francophones depuis que l’ex-secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration est pressenti pour seconder Bart De Wever dans le cadre des négociations fédérales. Le Parti socialiste, en particulier, est mal pris.

On ne présente plus Theo Francken, nationaliste flamand qui a géré la crise migratoire de 2015, noué une alliance avec le régime de Khartoum pour que celui-ci récupère ses migrants au mépris des droits humains, ou encore promu les visites domiciliaires pour arrêter les clandestins chez leurs protecteurs.


Belgium's Asylum and Migration State Secretary Theo Francken speaks during an interview with Reuters in Brussels, Belgium, May 11, 2017. REUTERS/Francois Lenoir
La frénésie anti-immigration du gouvernement Michel
La coalition belge au pouvoir ces derniers mois, dite « suédoise », a beaucoup légiféré en matière migratoire, sans trop s’embarrasser de l’avis de la société civile.

C’est, il faut le rappeler aussi, sur le pacte de Marrakech que le gouvernement Michel est tombé en décembre dernier. La N-VA nationaliste flamande de Bart De Wever n'avait pas admis que l’ONU puisse avoir un droit de regard sur la politique migratoire de la Belgique, politique que Theo Francken s’était échiné à durcir au cours des quatre années précédentes.

Ce «palmarès» a fait de Theo Francken un homme extrêmement populaire en Flandre, mais complètement infréquentable pour la majorité des partis francophones, PS en tête.

Légitimité contestable

Pourtant, Bart De Wever qui vient de bétonner un gouvernement flamand identitaire et droitier miserait aujourd’hui sur Theo Francken pour l’épauler dans les négociations fédérales. Plus de 130 jours séparent désormais le pays des élections du 26 mai et De Wever entend accélérer le rythme. Tous les gouvernements régionaux et communautaires étant formés, la voie est libre pour donner enfin un exécutif à la Belgique fédérale.

Les francophones ne peuvent contester la légitimité de Theo Francken. Le bourgmestre de Lubbeek (Brabant flamand) s’est classé troisième en termes de voix de préférence lors des dernières législatives, juste derrière Jan Jambon et Elio Di Rupo, respectivement nouveaux ministres-présidents de Flandre et de Wallonie.

Pacte refusé

Pour les éditorialistes, la manœuvre de Bart De Wever peut être comprise de deux façons. Soit le PS accepte de négocier et s’inscrit dans un gouvernement où gauche et droite devront trouver en permanence un point d’équilibre.

Soit le PS refuse de pactiser avec la N-VA et recherche une autre coalition, ce qui aura pour effet de rejeter les nationalistes –la tendance majoritaire en Flandre- dans l’opposition. La guerre communautaire démarrera tout aussitôt.

Faire machine arrière

Très habilement, Theo Francken a multiplié les appels ces dernières semaines en direction du PS, expliquant à la Flandre qu’il lui faut composer avec les cartes politiques présentes sur la table. Faire preuve de réalisme.

Les socialistes francophones sont dos au mur. Elio Di Rupo et son successeur à la tête du PS Paul Magnette ont clamé tout au long de la campagne qu’il ne pouvait être question de négocier avec la N-VA. Comment dès lors faire marche arrière? Comment ne pas porter la responsabilité de l'échec?

On en est là alors que le socialiste flamand Johan Vande Lanotte et le libéral francophone Didier Reynders tirent en longueur leur mission d’informateurs royaux. 


Nouvelle attaque contre Didier Reynders
Un ex-agent de la Sûreté réitère ses accusations contre le candidat belge à la Commission européenne sans apporter de preuves.

Dans le même temps, le gouvernement se vide: Charles Michel s’apprête à prendre la présidence du Conseil européen et Didier Reynders à intégrer la Commission von der Leyen. Le chrétien-démocrate Wouter Beke, qui était pressenti pour devenir Premier ministre, a préféré entrer au gouvernement flamand. 

Ces départs risquent bien de fragiliser l'exécutif fédéral, lequel ne peut guère s'appuyer que sur une minorité à la Chambre. La traversée du désert s'annonce longue encore.


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