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Quand la SNCF va-t-elle sortir les rames ?
Grande Région 6 min. 14.10.2022
Ligne Metz-Luxembourg

Quand la SNCF va-t-elle sortir les rames ?

Un TER de la ligne Metz-Luxembourg en gare de Thionville.
Ligne Metz-Luxembourg

Quand la SNCF va-t-elle sortir les rames ?

Un TER de la ligne Metz-Luxembourg en gare de Thionville.
Photo d'illustration : LW
Grande Région 6 min. 14.10.2022
Ligne Metz-Luxembourg

Quand la SNCF va-t-elle sortir les rames ?

Pascal MITTELBERGER
Pascal MITTELBERGER
Des TER toujours plus fréquentés, mais pas plus de rames pour autant : voyager sur la ligne Metz-Luxembourg est une aventure quotidienne. Quand la situation va-t-elle s'arranger ? Alerte spoiler : pas tout de suite.

Une odeur de fennec; l'impression de vivre la même expérience que des sardines passées de vie à trépas dans une boîte de conserve; l'appréhension de l'effet domino à chaque secousse de la rame, à chaque freinage un peu trop brusque du conducteur; une ouverture de porte vécue comme une libération pour les voyageurs qui s’extirpent du train à Thionville, comme une bouffée d'oxygène salvatrice pour ceux qui poursuivent le trajet...


Le retour à la normale de la circulation des trains sur les lignes TER de la région Grand Est est prévu pour le mois de juin.
«Tout est fait pour que les usagers s'énervent»
Après une soirée de mardi cauchemardesque, les usagers du TER Metz-Luxembourg doivent composer, ce mercredi, avec une grève nationale. Jean Riconneau, secrétaire général CGT cheminots de Metz, tape du poing sur la table.

Si vous avez déjà vécu pareille situation, il y a de grandes chances que vous empruntiez le TER de 18h09 entre Luxembourg et Metz. On cite le 18h09, mais ce pourrait aussi être d'autres horaires, matinaux ou de fin de journée. Une galère quotidienne que les travailleurs frontaliers entassés dans des rames sur-occupées vivent entre sourires grinçants, dépit ou résignation.

Coup de chance et coup de gueule

Alors, quand un miracle se produit, on a l'impression de verser dans le paranormal. Comme ce jeudi 13 octobre, quand un train annoncé en composition simple compte finalement deux rames, et donc des places assises pour tout le monde, provoque des regards incrédules d'usagers qui ne sont plus du tout habitués à voyager dans des conditions «normales». Une exception dans un océan de perturbations et de désagréments.

La colère est souvent contenue, mais elle s'exprime parfois de vive voix. Comme en ce début du mois d’octobre, quand une contrôleuse réclame de «remplir les allées si vous voulez rentrer». L'agent de la SNCF pense juste bien faire pour pouvoir faire repartir son train du quai de Howald. Mais c'est sans compter la rafale verbale d'un voyageur pour qui c'en est, ce soir-là, trop. «On va arrêter de payer nos abonnements! De toute façon, il n'y a que le fric qui intéresse la SNCF!»

En guise de protestation, l'homme décide… de ne pas monter à bord (on lui souhaite bonne chance pour le train suivant) et la porte se referme tant bien que mal entre lui et la contrôleuse houspillée dont on salue le stoïcisme. Evidemment, elle regrette une situation exceptionnelle devenue la normalité depuis de longs mois. «Ce n'est agréable ni pour vous ni pour nous», souffle-t-elle. Et c'est aussi dangereux, au final.

Dans la pratique, il manque trois à quatre rames tous les jours.

Dimitri Janczak, membre de l'association des voyageurs du TER

Dans la théorie, la ligne Metz-Luxembourg dispose de 25 rames pour assurer les différents trajets chaque jour. «Dans la pratique, il manque trois à quatre rames tous les jours», note Dimitri Janczak, membre de l'association des voyageurs du TER Metz-Luxembourg. Ce qui explique pourquoi certains trains, au hasard ceux de 17h46, 18h09 ou 18h58 au départ de Luxembourg, sont en composition dite «simple» alors que l'affluence devrait légitimement conduire la SNCF à proposer une composition double (deux rames attachées). 


Chaque année, 4,5 millions de passagers relient Luxembourg à Thionville en train, selon les données des CFL.
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Après un mardi soir noir de monde sur les rails entre Luxembourg et Metz, la compagnie ferroviaire française a tenu à faire part des raisons de ce service dégradé à ses voyageurs.

On parle d'affluence, mais on ne peut oublier les perturbations voire suppressions de trains sur la ligne, quasi quotidiennes. La raison de tout ce désordre est la même : les casses, les pannes, les problèmes de maintenance... «Depuis le covid-19, la SNCF rencontre des difficultés pour trouver certaines pièces qu'il faut remplacer sur les rames», assure Dimitri Janczak.

Une recrudescence de pannes complexes selon la SNCF

Du côté de la direction régionale TER Grand Est, on ne nie pas le problème mais on assure que «la tension concernant la disponibilité du parc matériel est en cours de résorption. Les indisponibilités de matériel sont majoritairement dues au fait de l’indisponibilité d’une partie du parc Z24500 (les rames TER à deux niveaux, NDLR), seul matériel homologué à circuler entre la France et le Luxembourg. Nous sommes confrontés à une recrudescence de pannes complexes après une période de remplacement d’essieux d’une durée de 3 semaines. Un programme industriel immobilise également une rame en permanence.»

Face à toutes les restructurations qu'a connues l'entreprise, face au manque de personnel, la disponibilité des rames en souffre énormément.

Un syndicaliste messin de la CGT Cheminots

Du côté syndical, le propos est (évidemment) un peu différent. «C'est une ligne très fréquentée, et face à toutes les restructurations qu'a connues l'entreprise, face au manque de personnel, la disponibilité des rames en souffre énormément. Ces restructurations visent juste à réduire le personnel et à imposer de la polyvalence. Au niveau de la maintenance, cela amène à de la perte de pièces en ligne, avec pour conséquence un train qui s'arrête et des retards qui s'accumulent», explique un syndicaliste messin de la CGT Cheminots.

Situation «normale» en fin d'année ?

Moins de personnel, moins de temps, et donc moins de vigilance par moments, selon lui. «Avant, à la SNCF, on avait des boucles de rattrapage, c'est-à-dire une personne qui effectuait un contrôle après un travail de maintenance. Aujourd'hui, il n'y a plus cela», poursuit le syndicaliste, qui dénonce «un cercle infernal». Lui et ses collègues militent pour l'embauche des intérimaires actuellement employés par la SNCF, avec une formation adéquate. 


Ces voies ne sont pas impénétrables...
Intrusions, suicides et accidents. La ligne TER qui relie la préfecture de la Moselle à la capitale grand-ducale est régulièrement le théâtre d'actes délictueux qui entraînent, dans le meilleur des cas, de simples mais contraignants retards. Dans d'autres, des vies brisées.

Concernant ce problème de maintenance du matériel, la direction régionale TER Grand Est annonce que «le retour à la normale est prévu en fin d’année», en même temps que la fin des travaux en gare de Luxembourg, qui obligent pour l'instant les usagers de la ligne Metz-Luxembourg à changer de train à Bettembourg de 9h à 16h.

Dans l'attente de rames supplémentaires

Mais au-delà des réparations qui immobilisent du matériel, il y a une autre réalité : le nombre de travailleurs frontaliers, et donc d'usagers du TER, ne cesse d'augmenter. Sans que le nombre de rames ne suive la tendance, pour l'instant. Le cadencement des trains doit augmenter dans le futur mais les investissements annoncés ne se sont pas encore concrétisés sur les rails. «En ce qui concerne le parc matériel, la région Grand Est investit pour augmenter les capacités d’emport, avec la mise en production progressive, à moyen terme, de 16 rames de cinq caisses (800 places max.)», indique la SNCF. C'est d'ailleurs pour cette raison que des travaux d'allongement de quais ont lieu dans les gares de la ligne. 

Les premières de ces rames de cinq caisses ont été annoncées pour courant 2022. Les usagers n'en ont pas encore vu la couleur. Et il y a fort à parier qu'ils vont continuer à s'entasser dans les trains tout cet hiver. On peut y voir un «avantage» : il fera certainement plus de 19°C dans les rames, sans même allumer le chauffage...

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