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«Nous ne voulons pas d'une consultation à 50 euros!»
Grande Région 11 min. 02.12.2022
Grogne des médecins généralistes

«Nous ne voulons pas d'une consultation à 50 euros!»

Médecin généraliste à Metz, Hélène Garde-Marty prend ses distances avec le groupe «Médecins pour demain».
Grogne des médecins généralistes

«Nous ne voulons pas d'une consultation à 50 euros!»

Médecin généraliste à Metz, Hélène Garde-Marty prend ses distances avec le groupe «Médecins pour demain».
Photo: AFP
Grande Région 11 min. 02.12.2022
Grogne des médecins généralistes

«Nous ne voulons pas d'une consultation à 50 euros!»

Charles MICHEL
Charles MICHEL
Ce jeudi 1er décembre, un appel à la grève a été lancé par le jeune collectif «Médecins pour demain» qui s'est constitué sur Facebook. Hélène Garde-Marty, déléguée régionale du Grand Est du syndicat MG France, prend ses distances avec ce mouvement...

Quelles sont les revendications des médecins généralistes?

Hélène Garde-Marty: Déjà, tous les médecins généralistes n'ont pas les mêmes revendications... Sur les réseaux sociaux s'est créé le groupe «Médecins pour demain» qui demande le passage de la consultation de 25 euros à 50 euros. Ce n'est ni le souhait de MG France, ni celui de la majorité des autres syndicats. Nous souhaitons simplement une revalorisation - chose qui n'a pas été faite depuis 2017 - afin de compenser l'inflation. En revanche, on aimerait que toutes les consultations ne soient pas au même tarif. 


"Gesundheitsministerin Paulette Lenert legt eine erschreckende Unbekümmertheit an den Tag. Sie verfügt noch nicht einmal über Statistiken über die Anzahl der praktizierenden Ärzte", sagt der Hausarzt Dr. Germain Wagner.
«Les médecins sont dégoûtés»
Le Dr Germain Wagner, médecin généraliste, décrit les maux dont souffre le système de santé. Il ne se prive pas de critiquer la ministre de la Santé Paulette Lenert.

C'est-à-dire?

Que la consultation de base soit, par exemple, à 30 euros, et que celles plus longues, plus complexes soient revalorisées à 60 euros comme le sont les visites à domicile. 

À Metz, 56% des médecins généralistes ont plus de 60 ans

Cette annonce d'une consultation à 50 euros ne risque-t-elle pas d'accaparer l'attention du grand public aux dépens des autres revendications? 

Si, clairement... Ce jeudi, la principale chose que j'entends à la radio ou dans les médias, c'est que les médecins veulent doubler la consultation. Or, c'est faux, et ce n'est pas ce que veut MG France (Ndlr: premier syndicat de France des médecins généralistes), mais c'est ce que va retenir le public. On a bien conscience que tout le monde ne peut pas débourser 50 euros pour une consultation. Je le répète, cette demande est celle d'un groupe qui s'est constitué sur Facebook et qui fait beaucoup de bruit...

Vous semblez sceptique à l'égard de ce mouvement. Avez-vous eu des contacts avec l'un de ses membres?

Ah oui... Comment dire? C'est assez conflictuel. Ils se disent asyndicaux, mais on comprend très vite que, derrière, un syndicat que je qualifierai de populiste les récupère. En sont-ils ou non conscients? Je ne sais pas... Toujours est-il que ce syndicat pousse au déconventionnement. 

Hélène Garde-Marty.
Hélène Garde-Marty.
Photo: dr

Ce groupe s'inscrit donc clairement dans une doctrine libérale...

Complètement. D'ailleurs, en mars prochain, ils organiseront les assises du déconventionnement. 

En deux ans, je suis passée de 900 à 1.200 patients

Quelles sont vos autres revendications?

On souhaite ne pas dégoûter les jeunes médecins généralistes qui cherchent à s'installer. Ils sont assez inquiets de la situation car ils veulent pouvoir bien faire leur travail et ne pas devoir prendre des patients toutes les cinq minutes... Malheureusement, la tendance indique que ce ne sera pas le cas. Les rares qui s'installent se retrouvent à devoir assumer plusieurs patientèles puisque plus de la moitié des médecins généralistes sont proches de l'âge de la retraite... À Metz, 56% des médecins généralistes ont plus de 60 ans. 

À Metz, il est difficile de trouver un médecin généraliste qui prenne de nouveaux patients. Que vous inspire cette situation?

Je suis attristée car ce n'est pas dans notre ADN, mais nous restons des humains et on a aussi droit à notre vie privée, à nos loisirs, à nos nuits... J'ai 60 ans et je me sens très mal de devoir, régulièrement, refuser de prendre de nouveaux patients. En deux ans, je suis passée de 900 à 1.200 patients. Ce qui est beaucoup...

Beaucoup trop, non?

Je tourne très régulièrement à 50-60 heures par semaine. Actuellement, je me suis mise en retrait car je n'étais pas loin du burn out. Il fallait que je me pose un peu pour éviter de craquer. Physiquement et mentalement. Alors, je comprends que les jeunes médecins ne veulent pas de cette vie. Qu'ils veulent privilégier leur vie de famille. Et plus de la moitié des jeunes médecins sont des femmes.

Les femmes médecin travaillent généralement moins que leurs homologues homme car elles se consacrent aussi à leur vie de famille. J'ai eu des enfants et, depuis quatre ou cinq ans, je travaille beaucoup plus qu'avant. Mais de plus en plus d'hommes ne veulent pas tirer un trait sur leur vie de famille. Ils veulent travailler moins aussi. 

Les Français seront de moins en moins bien soignés, faute de médecins généralistes traitants

Pouvez-vous, pour le commun des mortels, expliquer clairement ce qu'est le numerus clausus?

Mis en place en 1971, le numerus clausus a pour but de limiter le nombre de médecins. On partait du principe que plus on avait de médecins, plus on avait de des consommations de santé et donc plus de frais pour l'assurance maladie... Ce qui est un calcul complètement faux. Bref, en fin de première année de médecine, un concours fixe le nombre de postes. 

Il a été abaissé de manière très importante dans les années 90. Il remonte tout doucement. De toute manière, on ne pourrait pas le remonter trop brutalement, et ce, pour la simple raison qu'il faut dix ans pour former un médecin et qu'on ne dispose pas de places suffisantes dans les amphithéâtres, tout comme de stages à l'hôpital et ailleurs... Depuis plusieurs années, les syndicats ont eu beau interpeller les politiques, ils ne nous ont jamais écoutés...  

Quel regard portez-vous sur la désertification?

Un regard de tristesse car les Français seront de moins en moins bien soignés, faute de médecins généralistes traitants qui sont la porte d'entrée du parcours de soin des patients. Le gouvernement français veut confier une partie du travail des médecins généralistes à d'autres professionnels de santé, comme les infirmiers, pharmaciens, sages-femmes, kinés, orthophonistes, mais il n'en mesure pas les conséquences.

Selon une étude réalisée en 2020 et 2021 sur la répartition en France des médecins généralistes, on s'aperçoit d'une nette disparité entre certaines régions. Ainsi, certaines d'entre elles, comme la région Rhône-Alpes, comptait quelque 600 médecins généralistes de trop...

Attention, il faut faire la distinction entre médecin généraliste et médecin généraliste traitant. Vous pouvez être inclus dans la catégorie «médecine généraliste» car à la fin de la faculté, vous avez eu un diplôme de médecin généraliste, mais faire ensuite tout autre chose. Vous pouvez faire de la médecine du sommeil, d'autres font de la médecine du sport, de l'esthétique, etc. 

À Metz, faute d'un nombre suffisant de gynécologues, des femmes renoncent à leur suivi...

Aux déserts médicaux, on associe souvent l'image du jeune médecin qui refuse de s'installer dans la Creuse ou le Cantal. Comprenez-vous leur peu d'enthousiasme à s'y installer?

Médecine, c'est quand même dix années d'études. Donc, un jeune médecin est en âge d'avoir une famille. S'il s'installe dans le fin fond du Cantal, ce n'est pas dit que son conjoint trouve un emploi. Et dans les villages où il n'y a plus d'école, d'épicerie, de poste, bref plus de service public, pourquoi voudriez-vous que l'on demande à un médecin de s'y installer? 

Votre cabinet, ce jeudi, a-t-il suivi le mouvement?

Notre syndicat n'appelait pas à la grève ce jeudi. Mon cabinet était ouvert. Mes deux associés, qui ne sont pas syndiqués, n'ont pas voulu fermer... Disons que ce jeudi, il y avait ceux qui faisaient beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux et ceux qui avaient la tête dans le guidon... 

On se souvient qu'avant la crise du Covid, le corps hospitalier avait manifesté pour avoir davantage de moyens. Avez-vous des messages de soutien des autres professionnels de santé et se dirige-t-on vers un mouvement plus global?

Non, je n'en ai pas l'impression. Les biologistes ont lancé un mouvement à part il y a quinze jours et ont reconduit leur mouvement sous forme de grève ce jeudi et vendredi.

Pour de la médecine esthétique, le délai sera raisonnable, mais pour une pathologie dermatologique, là, ça va être plus long...

On évoque la question du trop-plein de patients pour les généralistes, mais c'est aussi le cas d'autres spécialités. Le problème n'est-il pas général?

Des spécialités sont en manque de médecin en raison du numerus clausus. Ensuite, il y a ce concours en fin de sixième année qui permet de choisir sa spécialité. Chaque année, on détermine un nombre de postes pour chaque spécialité. Aussi, depuis très longtemps, on ne forme plus d'ophtalmologistes qui ne sont pas chirurgiens. Résultat, nous sommes arrivés à une pénurie d'ophtalmos. Enfin, on en a beaucoup qui opèrent, mais moins qui ne font que vendre des lunettes...

Le problème se trouve aussi chez les dermatologues...

Si vous souhaitez avoir un rendez-vous pour de la médecine esthétique, le délai sera raisonnable, mais pour une pathologie dermatologique, là, ça va être plus long... Pourquoi? Parce qu'en chirurgie esthétique, les tarifs ne sont pas réglementés.

Cette libéralisation du secteur vous inquiète-t-elle?

Oui car on se dirige vers une médecine à deux vitesses: ceux qui pourront se payer les soins, et les autres... Et ça, ça préoccupe mon syndicat qui veut préserver l'accès aux soins pour tous. D'ailleurs, de plus en plus de personnes renoncent aux soins car elles n'ont pas les moyens de se payer des lunettes ou des prothèses auditives. À Metz, faute d'un nombre suffisant de gynécologues, des femmes renoncent à leur suivi...

Quand on voit le budget de la sécurité sociale, on se demande si la santé des Français fait partie de ses préoccupations...

Quel regard portez-vous sur l'évolution de la situation?

Elle s'est dégradée progressivement, mais depuis à peu près cinq ans, il y a une nette accélération. Et celle-ci va se poursuivre... Bon, je parle de Metz, mais dans des secteurs comme Forbach, Thionville, Bouzonville, Hettange-Grande, ça doit bien faire une dizaine d'années que c'est compliqué.

Avez-vous l'impression qu'Emmanuel Macron est sensible à vos appels?

Quand on voit le budget de la sécurité sociale, on se demande si la santé des Français fait partie de ses préoccupations...  Après, il a de bonnes idées puisqu'il dit qu'il faut un médecin généraliste pour tous... 

Il suffit d'augmenter le nombre de patients par généraliste...

(Elle rit) Oui, voilà... En Angleterre, un médecin généraliste peut avoir 3.000 patients. Petite différence, celui-ci peut s'appuyer sur des infirmières et des assistants médicaux qui travaillent avec eux et ne s'occupent d'aucune paperasserie. Pour le moment, les médecins français ne peuvent avoir l'équivalent de 0,30 temps-plein en termes de secrétariat... Bon, en Angleterre, le prix de la consultation n'est pas la même (Ndlr: il est de 170 euros). 

Cela étant, Emmanuel Macron a fait quelque chose de positif en développant une aide à l'embauche auprès de l'assurance maladie pour qu'un médecin puisse engager des assistants médicaux. C'est une bonne idée, mais pour l'heure en France, il n'y a que 4.000 assistants médicaux. il veut atteindre les 10.000. C'est bien, mais au vu du nombre de généralistes (Ndlr: 110.000), ça ne va pas chercher très loin.

Qu'en est-il de la perspective d'une grève dure à partir du 26 décembre?

Ça, c'est une initiative de «Médecin pour demain». Malheureusement, certains syndicats lui ont emboîté le pas pour ne pas être à la traîne. Mais je le répète, nous ne voulons pas d'une consultation à 50 euros. 

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