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«Nous avons tout à gagner d'être complémentaires»
Grande Région 10 min. 27.09.2022
Des liens forts entre la Wallonie et le Luxembourg

«Nous avons tout à gagner d'être complémentaires»

Frédéric Biava estime que les deux territoires ont encore beaucoup à apprendre l'un de l'autre.
Des liens forts entre la Wallonie et le Luxembourg

«Nous avons tout à gagner d'être complémentaires»

Frédéric Biava estime que les deux territoires ont encore beaucoup à apprendre l'un de l'autre.
Photo: Mélodie Mouzon
Grande Région 10 min. 27.09.2022
Des liens forts entre la Wallonie et le Luxembourg

«Nous avons tout à gagner d'être complémentaires»

Mélodie MOUZON
Mélodie MOUZON
La Wallonie et le Grand-Duché de Luxembourg entretiennent depuis toujours des relations étroites dans différents domaines. Ces collaborations doivent encore se renforcer dans les prochaines années, plaide Frédéric Biava, conseiller économique et commercial à l'AWEX.

Ce 27 septembre, la fédération Wallonie-Bruxelles est en fête. La région voisine du Luxembourg entretient depuis longtemps déjà des relations étroites avec le Grand-Duché. Celles-ci se renforcent d'année en année, notamment en ce qui concerne les échanges commerciaux et économiques. Qui sont amenés à se développer encore davantage dans les années à venir. Rencontre avec Frédéric Biava, conseiller économique et commercial au bureau luxembourgeois de l'Agence wallonne à l'Exportation et aux Investissements étrangers (AWEX). 


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En quelques mots, pouvez-vous décrire ce qu'est l'AWEX?

«L’AWEX est en quelque sorte le bras armé de la région wallonne pour promouvoir l’exportation des entreprises wallonnes vers l’étranger mais aussi attirer des entreprises étrangères sur le territoire wallon. Cela, c'est pour l'aspect qui concerne les échanges économiques et commerciaux. Mais depuis ma prise de fonction en 2016 au bureau luxembourgeois, j'ai également une double casquette: celle de représenter aussi la fédération Wallonie-Bruxelles. Et donc, tout ce qui concerne la culture, les relations académiques, la recherche,...

Quelle aide apportez-vous aux entreprises qui s'adressent à vous?

«Nous les accompagnons dans diverses démarches. En matière d'accompagnement, nous réalisons un vrai coaching des entreprises qui s'adressent à nos services. Pour les sociétés wallonnes par exemple, il n'est pas toujours facile de savoir quelles sont les démarches à effectuer dans le cadre de la procédure de détachement des travailleurs. Notre rôle est alors d'expliquer comment cela fonctionne. Vendre des châssis sur le territoire luxembourgeois n'est pas la même chose que de les installer... Nous offrons aussi toute une série de services gratuits de soutien aux entreprises que nous accompagnons. Et notamment un «portrait-robot» du partenaire idéal en fonction des besoins et des services recherchés.

Que représente le Luxembourg pour sa voisine, la Wallonie?

«Le Grand-Duché est un partenaire très important pour les entreprises wallonnes car il s'agit du premier marché sur lequel elles s'exercent à l'international. Les flux entre les deux régions sont très importants. Avec la pandémie, qui a limité les échanges entre les pays, il y a eu un creux en 2020 mais nous avons rattrapé largement notre retard l'an dernier, malgré le fait que le covid était encore présent. Et l'impact est aussi positif pour le 1er semestre 2022. 

Concrètement, au niveau de l'AWEX, nous essayons de développer des partenariats win-win. Il y a beaucoup d'hommes d'affaires wallons qui sont présents ici au Luxembourg. C'est très important d'établir des ponts solides et des relations durables. 

On le sait peut-être moins mais la Wallonie est aussi l'ambassadrice du Luxembourg dans certaines circonstances?

«En effet, oui. L’accord de l’union économique belgo-luxembourgeoise, qui a fêté ses 100 ans l’année dernière, stipule que là où il n’y a pas de représentation diplomatique et économique luxembourgeoise, ce sont les Belges qui font le travail. L'AWEX est mobilisée dans ce cas pour aider les entreprises luxembourgeoises qui souhaitent s'installer là où le Grand-Duché n'est pas représenté.

Le spatial est un secteur qui présente énormément de potentiel, à la fois du côté luxembourgeois et wallon. On imagine que la collaboration transfrontalière est très importante dans ce domaine...

Créer les mêmes structures de part et d'autre de la frontière alors qu'elles sont très proches n'aurait pas de sens.

Frédéric Biava, conseiller économique et commercial à l'AWEX

«Les collaborations sont déjà très nombreuses entre les deux régions à ce niveau. Entre les universités d'abord. L'Uni et l'université de Liège ont l'habitude de travailler ensemble. L'ambition à terme est d'arriver à la codiplomation dans ce domaine. Mais les partenariats se développent aussi au niveau des start-up ou encore des grandes entreprises. La station ESA de Redu en province de Luxembourg est ainsi devenue le back-office du SES Betzdorf. Ici au Luxembourg, il y a des développements fantastiques au niveau du space mining, alors que l'ESA a désigné le parc d'activités Galaxia à Transinne, juste à côté de l'Euro Space Center, comme LE site de la cybersécurité en Europe,... On le voit, il n'y a pas de concurrence mais plutôt une complémentarité. Créer d'ailleurs les mêmes structures de part et d'autre de la frontière alors qu'elles sont très proches n'aurait pas de sens.

Une complémentarité qui se marque également dans d'autres secteurs, comme celui du bois.

«C'est un secteur porteur, pour lequel nos deux régions sont une colonne vertébrale en Grande Région. Il y a de nombreuses forêts des deux côtés de la frontière. Et un tiers du bois coupé au Luxembourg est traité dans les scieries wallonnes avant d'être valorisé et vendu au Grand-Duché. Les plus gros acheteurs de bois luxembourgeois sont par ailleurs wallons. Dans ce domaine, nous rencontrons souvent les mêmes problématiques. Nous avons donc tout intérêt à collaborer. Ce jeudi, nous organisons d'ailleurs, en partenariat avec Neobuild, Ligne Bois et l'Office Economique du Bois, une journée de contacts dédiée au bois dans la construction durable. 93 sociétés se sont inscrites.

Les partenariats se sont également développés dans le domaine du digital, un autre secteur en plein développement dans les deux pays...


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Suite à l'appel de la communauté européenne pour lancer des Digital Innovation Hub, il y a eu une déclaration commune du Luxembourg avec 4 autres hubs d'innovation numérique de la Grande Région, dont WalHub du côté wallon. Le but: construire une coopération transfrontalière plus forte en matière de digitalisation des entreprises. Il y a depuis une intégration très forte des hub des deux côtés de la frontière. Ils se partagent notamment des outils informatiques. Je pense au SIGINOVA, lancé par le SIGI, le Syndicat Intercommunal de Gestion Informatique. L'outil a été conçu pour l'usage des communes. Plusieurs administrations communales du côté wallon l'utilisent aussi.

Les partenariats développés jusqu'à présent sont-ils encore amenés à se renforcer dans le futur?

«Il faut être opportuniste: nous continuerons à créer et développer des partenariats quand cela se justifie. En tant que petits territoires, nous avons tout intérêt à nous présenter ensemble plutôt qu'à nous positionner comme des concurrents. Je prends un exemple. Les terrains sont rares au Luxembourg, alors qu'ils sont disponibles et moins chers en Wallonie. Par contre, implanter une structure administrative au Grand-Duché est souvent plus intéressant que de le faire côté wallon. Nous devons favoriser encore davantage le codéveloppement territorial, au bénéfice des deux parties. Le Luxembourg a tout intérêt à ce qu'il y ait un développement harmonieux dans la Grande Région et pas uniquement des cités dortoirs aux frontières. Il doit être la locomotive pour toutes les régions qui l'entourent.

Et avec la fédération Wallonie-Bruxelles plus spécifiquement, qu'est-il prévu de mettre en place?

«Nous allons continuer à développer des partenariats académiques et au niveau de la recherche, avec le LIST par exemple. Je prends l'exemple récent de l'International MBA ouvert par HEC Liège au Luxembourg, en collaboration avec la Chambre de Commerce et destiné à de jeunes professionnels désireux de compléter leur cursus ou de s’orienter vers des fonctions exécutives en entreprise. Il y a aussi l'idée de créer une plateforme de formation commune avec les universités. Ce renforcement de partenariats se joue aussi au niveau culturel, avec un projet de résidences d'artistes à l'abbaye de Neumünster ou des collaborations plus poussées dans le cadre du Festival de BD à Contern.

Le Luxembourg a tout intérêt qu'il y ait un développement harmonieux dans la Grande Région et pas uniquement des cités dortoirs aux frontières.

Frédéric Biava, conseiller commercial et économique à l'AWEX

La Wallonie et le Luxembourg ont finalement encore beaucoup de choses à apprendre l'un de l'autre?

« Cela vaut en effet la peine de découvrir ce qui se passe sur les territoires respectifs.  Il ne faut pas tomber dans le piège de la proximité. Nous sommes tellement proches que souvent, nous croyons très bien nous connaître. Alors que ce n'est pas le cas. Nous ne nous connaissons pas encore assez bien. Nous avons en outre deux langues communes, le français et l'allemand, ce qui facilite les échanges. A nouveau, nous avons tout à gagner d'être complémentaires plutôt que concurrents. Nous pourrions envisager par exemple de monter ensemble sur des projets européens, ce qui donnerait plus de poids à nos deux petits territoires. Ou de développer des partenariats plus importants à partir de la Wallonie, via les pôles de compétitivité notamment.»


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