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«Metz n'a pas à demander de réparations au Luxembourg»
Grande Région 6 min. 31.08.2020

«Metz n'a pas à demander de réparations au Luxembourg»

François Grosdidier applique un changement d'approche complet vis-à-vis du Grand-Duché par rapport à son prédécesseur en refusant des compensations financières.

«Metz n'a pas à demander de réparations au Luxembourg»

François Grosdidier applique un changement d'approche complet vis-à-vis du Grand-Duché par rapport à son prédécesseur en refusant des compensations financières.
Photo : Lex Kleren
Grande Région 6 min. 31.08.2020

«Metz n'a pas à demander de réparations au Luxembourg»

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Le nouveau maire de la capitale lorraine ne veut plus entendre parler de rétrocession du Grand-Duché vers les communes lorraines. Par contre, François Grosdidier entend que le dialogue s'instaure sur les dossiers de la mobilité et de la formation.

Il l'avoue, François Grosdidier ne parle pas un mot de luxembourgeois. Pour autant le maire de Metz sait combien sa ville et ses 117.000 habitants doivent au Grand-Duché. «Gamin, pour moi, le Luxembourg, c'était l'étranger accessible. Il y avait une frontière, des douaniers, une autre langue mais on s'y sentait toujours bien en famille.» Au-delà des souvenirs, le nouvel élu de la capitale de la Moselle entend nouer aujourd'hui des liens constructifs entre nos deux territoires «dont le sort est interdépendant».

Vous repoussez l'idée défendue par votre prédécesseur de réclamer une rétrocession fiscale au Grand-Duché. Le maire de Metz n'a donc rien à demander au Luxembourg?

François Grosdidier : «Avant moi, Dominique Gros (PS) semblait avoir la vision d'un Luxembourg qui causerait un préjudice à la Lorraine, et donc qu'il fallait réclamer des dommages. Je m'oppose à cette démarche car, non, Metz n'a pas à demander de réparations à l'Etat voisin. Le pays est le plus gros pourvoyeur d'emplois du secteur, et à ce titre nous lui devons beaucoup. Pour autant, nous avons des problèmes communs à régler ensemble. Et cela passera forcément à un moment par de l'argent mis sur la table.

Le Luxembourg a été une chance pour notre région alors que la crise économique frappait, aujourd'hui nous sommes une chance pour le Luxembourg car c'est bien chez nous que la majorité de la main-d'oeuvre qui fait la richesse du pays grandit, se forme et se loge. Et ce poids sera encore plus conséquent, sachant que la plupart des 60.000 salariés que réclamera l'activité du Grand-Duché pour ces dix prochaines années viendront de notre bassin de vie.

En tant que maire de Metz et président de son agglomération, quelles seraient vos attentes?

«Je le redis: la Ville et les communes savent qu'avoir des frontaliers parmi leurs habitants est un avantage. Leur pouvoir d'achat entraînant l'économie locale de ce côté-ci de la frontière. C'est un ruissellement essentiel. Pour tout ce qui est de la fiscalité, c'est aux Etats de régler le problème pas aux collectivités locales. Mais il faut s'emparer d'autres dossiers que notre proximité (et donc nos connaissances de la réalité locale) peut faire aboutir. Et en premier lieu, je pense à la formation.

Il faut savoir de quoi ont besoin et auront besoin les entreprises, banques, commerces, services, artisans du Grand-Duché comme de Moselle. Il existe nombre d'offres d'emplois non satisfaites des deux côtés, c'est que nous avons un problème alors même que nous ne manquons pas de personnes disponibles pour un contrat, chômeurs ou jeunes en recherche de perspectives professionnelles. Aussi, j'estime que des formations courtes ou supérieures nouvelles pourraient très bien voir le jour, mais il faut que chacun s'entendent sur ce que le marché du travail peut absorber sur ce sillon qui va de la capitale Luxembourg jusqu'à Nancy.

 Il faudra aussi aborder la question de la mobilité...

«Nos liaisons n'ont pas beaucoup changé en 30 ans. Les mêmes routes, la même voie ferrée... Sauf qu'en trois décennies, l'emploi frontalier s'est multiplié. Les transports en commun ou la route sont au bord ou déjà asphyxiés et pourtant j'ai le sentiment que l'on repense toujours selon ce même modèle. Je suis d'accord avec la Région quand elle accélère la mise en place de TER plus longs, à double étage et à fréquence renforcée. 

J'approuve l'Etat quand il pousse au doublement de l'A31. Oui, il faut encourager le covoiturage au maximum. Mais le temps que tout cela se fasse, nous serons morts d'immobilisme quand nos citoyens, eux, ont besoin de bouger quotidiennement. Il faut donc penser différemment.

Qu'elles seraient vos pistes?

«Je vous dirais bien de mettre des navettes rapides sur la Moselle jusqu'au Grand-Duché, mais le nombre d'écluses l'empêche. Mais, je compte bien me servir de la rivière comme d'un axe de transport ici, entre Metz et Ars-sur-Moselle par exemple afin de libérer une part du trafic au sud de la Ville et intra-muros. Derrière cet exemple, je veux vous dire que la solution est peut-être 'out of the box', loin des sentiers rabattus et inefficaces.

L'ancienne maire de Thionville, Anne Grommerch, avait évoqué l'idée d'un monorail. Certains ont aussitôt balayé l'idée mais c'est pourtant là une des solutions de déplacement en vogue dans bien des grandes métropoles surchargées par la circulation. Voyons ce qu'il est possible de faire en aérien, puisque cet espace est encore libre. 

Essayons de convaincre les dirigeants du TGV qui préfèrent voir circuler leur train sans beaucoup de clients à bord, entre Metz et Luxembourg, plutôt que d'en ouvrir l'accès aux frontaliers. Mais il faut bouger les habitudes, et vite lancer les études et les investissements sans quoi la vie des frontaliers sera un enfer et les jobs luxembourgeois perdront de leur attractivité.

Près de 5.000 frontaliers vivent à Metz, qu'entendez-vous faire à leur intention?

«Du pratique, du service à la personne d'abord. Faciliter l'accès aux services municipaux aux horaires où cette population peut se rendre dans nos bureaux car tout ne se fait pas encore en digital. Durant la campagne, nous avions pensé à la mise en place d'une forme de drive sur le parvis de la gare de Metz. Les salariés pourraient commander auprès des commerçants de la ville et récupérer leur colis, leur panier, leur vêtement sitôt descendus du train. Une sorte d'Amazon local!

Il faut également repenser l'offre dans nos crèches. On ne prendra pas en charge les tout-petits de 6h à 20h (ce ne serait pas dans l'intérêt de l'enfant) mais il y a des formules à inventer. Nous avons été élus pour ça, après tout.

Que diriez-vous aux Luxembourgeois pour qu'ils viennent plus souvent à Metz?

«Qu'ils ont la chance d'avoir à 50 km de chez eux, une ville trimillénaire (il n'y a pas que Trèves...) au patrimoine riche et facilement accessible. Qu'il y a ici l'élément aquatique qui invite à la rêverie, la Moselle, le plan d'eau. Que Metz va se reverdir (je garderai en cela l'ambition verte du maire d'avant) et conforter un statut de ville-jardin. Qu'il y a ici un grouillement culturel inattendu, du théâtre de rue aux concerts classiques en passant par le Centre Pompidou, et même bientôt l'ouverture d'une médiathèque au cœur de Metz. Que la ville est sûre et... que notre Marché de Noël est bien, aussi (rires).»

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