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Longwy doit jouer sa carte auprès du Luxembourg
Grande Région 6 min. 02.09.2020

Longwy doit jouer sa carte auprès du Luxembourg

Pour le maire de Longwy, c'est notamment du côté de l'immobilier que la ville aura de belles opportunités à offrir.

Longwy doit jouer sa carte auprès du Luxembourg

Pour le maire de Longwy, c'est notamment du côté de l'immobilier que la ville aura de belles opportunités à offrir.
Photo : Anouk Antony
Grande Région 6 min. 02.09.2020

Longwy doit jouer sa carte auprès du Luxembourg

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Le maire de Longwy sait combien la proximité entre la «Cité des émaux» et le Grand-Duché sera un des atouts pour les années à venir. Elle a désormais les moyens d'accueillir plus de navetteurs et leur offrir un quotidien agréable.

Près de 2.300 habitants de Longwy travaillent au Luxembourg. C'est dire si la ville de 14.000 âmes et les communes des environs se développent à l'ombre de l'activité du Grand-Duché. Pour Jean-Marc Fournel, il faut maintenant développer plus de services et d'habitats pour «attirer une nouvelle génération de population». Pas simple cependant sans le soutien financier du voisin luxembourgeois, reconnaît l'élu socialiste. Reste à trouver la forme la plus «gagnant-gagnant».

Comment le maire de Longwy perçoit-il le Grand-Duché?

Jean-Marc Fournel : «Surtout pas comme une poule aux œufs d'or dont il faut profiter de la richesse. Je vois le Luxembourg comme un partenaire à respecter. Le Grand-Duché sait que son développement futur ne pourra se faire sans certaines solutions qui pourront être mises en oeuvre au-delà de ses frontières. Il faut donc écouter les besoins de cet Etat, voir comment nos territoires en Lorraine peuvent y répondre et discuter des modalités financières qui pourraient assurer ce codéveloppement. 

Je ne défends pas la vision de rétrocession fiscale, comme a pu la souhaiter l'ancien maire de Metz Dominique Gros. Mais le Grand-Duché a compris que ses voisins pourront faciliter sa croissance s'ils se développent correctement à ses côtés. Plutôt que d'avoir une enveloppe globale, fonctionnons au cas par cas avec une vision d'un intérêt commun partagé. Je ne vois pas pourquoi le Luxembourg remettrait de l'argent dans un Fonds de cofinancement sur lequel il n'aurait aucun droit de regard dans la redistribution. Soyons pragmatique, à l'écoute et tout ira plus vite.

Longwy bénéficie déjà d'aides de la part du Grand-Duché?

«Oui, dans le cadre du soutien aux projets de mobilité douce, nous avons été retenus pour aider à la mise en place d'un P+R, juste à côté de la gare. Sur les cinq millions d'euros du chantier, le Grand-Duché prendra en compte 50% de la facture. Ce parking relais sera l'aboutissement de la création d'un pôle d'échange multimodal (achevé au premier trimestre 2021) car c'est aussi vers ce site que convergeront beaucoup de lignes de bus. 

D'autres dossiers locaux devraient-ils faire l'objet d'un cofinancement luxembourgeois?

«Pour l'instant, c'est le seul qui a été présenté et validé. Mais j'en aurais bien d'autres à avancer... Longwy doit maintenant prendre sa part du dynamisme voisin, tout comme elle doit l'accompagner. Nous aurons à moyen terme de belles opportunités d'investir dans des projets qui pourraient changer l'image de marque de la ville et favoriser la venue d'une nouvelle population travaillant au Grand-Duché. Longwy a déjà l'avantage d'être facilement raccordée au Luxembourg par le train (compris Belval) comme par la route. Il faut maintenant offrir une capacité résidentielle à la hauteur de la demande (en nombre et en qualité). 


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Non loin du golf de Longwy-Bas, nous avons la possibilité de bâtir 500 logements sur un ancien terrain industriel d'ArcelorMittal. Nous allons récupérer les espaces de l'ancien lycée technique, rue de l'Aviation là encore pour y créer de l'habitat. En entrée de ville-haute, juste à la liaison Belgique-Luxembourg-France, ce sera une superbe opportunité. Il y a aussi la reprise des locaux de TGL pour construire. Sur ces projets, il faut voir ce qu'il pourrait être intéressant de développer au profit du quotidien des frontaliers de demain et dont l'Etat luxembourgeois approuverait le soutien.

L'attractivité d'une ville, ce n'est pas que des immeubles en plus...

«J'en suis conscient, Longwy ne doit pas devenir une cité dortoir mais bien un lieu de vie, pour tous. Dans ce sens, nous allons lancer la construction d'une salle culturelle de 900 places, en réhabilitant une ancienne fonderie. D'ici 2021, Longwy disposera d'un tout nouveau pole aquatique. Nous souhaitons améliorer les services type crèches aussi pour les mettre en adéquation avec les attentes nouvelles des familles salariées travaillant de l'autre côté de la frontière. Améliorer l'offre scolaire ou de soins participera aussi à conforter le choix de jeunes ménages à s'installer chez nous. 

Longwy a aussi un projet en lien avec l'essor du télétravail. Quel est-il?

«Cette crise sanitaire a révélé que le télétravail était une formule viable pour les entreprises et appréciée de beaucoup de salariés. Mais ce mode d'organisation, pour certains, peut être freiné par des problèmes d'infrastructures, je dirais. Une connexion internet défaillante, manque de matériels de bureau à la maison, environnement familial pesant durant les heures d'activité... L'idée serait d'offrir le cadre et les outils pour celles et ceux qui veulent être aussi efficaces à distance qu'au bureau. Et ce lieu, nous l'avons : il s'agit des anciens thermes, juste à côté de l'Hôtel de ville.

Et si les anciens thermes devenaient un site de travail à distance, notamment pour les frontaliers? L'idée fait son chemin.
Et si les anciens thermes devenaient un site de travail à distance, notamment pour les frontaliers? L'idée fait son chemin.
Photo : Anouk Antony

L'endroit a la surface pour accueillir non seulement des espaces de coworking, des bureaux, un point de restauration mais aussi -pourquoi pas- un site de développement de start-up en lien avec les nouvelles technologies, l'intelligence artificielle. Le propriétaire des lieux est luxembourgeois, Guy Rollinger, et il est aussi d'accord pour avancer dans ce sens. 

Si, aux portes du Grand-Duché, les entreprises peuvent trouver de quoi mettre un certain nombre de leurs salariés en télétravail dans un cadre adapté, sécurisé, professionnel, cela sera bon pour tout le pays (moins de bouchons, de pollution, de stress et donc des personnels plus épanouis). En cela, voilà un projet qui pourrait bénéficier aussi d'une participation du gouvernement luxembourgeois. Le dossier est accompagné par la Banque des territoires, côté français, c'est du sérieux.


Metz, Bürgermeister, François Grosdidier, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
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Alors, quand venez-vous à la capitale défendre vos dossiers?

Chaque maire ne peut pas venir toquer à la porte du pays, c'est irrespectueux. Tout notre territoire doit être représenté et parler d'une seule voix. Un Premier ministre ou un ministre luxembourgeois doit pouvoir s'adresser à des niveaux de décision équivalents à son statut. L'Etat français doit donc être plus présent auprès de son homologue pour faire avancer certaines initiatives (comme la hausse du nombre de jours dédiés au télétravail ou le développement d'infrastructures de circulation plus performantes). 

Mais, il existe aussi un outil (le Pôle métropolitain frontalier, ndlr) qui doit lui aussi prendre sa part dans les échanges. Les cofinancements stratégiques que pourrait apporter le Luxembourg seront plus facilement débloqués, j'en suis convaincu, si l'on arrive à en démontrer la pertinence gagnant-gagnant et surtout en prouvant à notre interlocuteur qu'en Lorraine chacun ne tire pas la couverture à soi mais que c'est bien dans l'intérêt régional et entre nos deux pays que l'on soumet des dossiers.

La dernière fois que vous vous êtes rendu au Grand-Duché, c'était pour y faire quoi?

«Faire le plein, comme beaucoup. Mais aussi acheter les cigares dont je suis amateur. Au-delà de l'anecdote, je connais bien le pays pour y avoir vécu plus de dix ans. Longwy est aussi jumelée avec Differdange, même si je dois reconnaître que ce n'est pas le jumelage le plus actif. Mais nous partageons les mêmes racines industrielles, le même attachement à ce territoire et surtout savons que les frontières ne sont que des traits sur les cartes, rien d'autre.»

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