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Liaison Sarrebruck-Luxembourg : une étude va être lancée
Grande Région 6 min. 22.06.2022
Mobilité transfrontalière

Liaison Sarrebruck-Luxembourg : une étude va être lancée

La SNCF a annoncé une légère amélioration du trafic en ce milieu de semaine.
Mobilité transfrontalière

Liaison Sarrebruck-Luxembourg : une étude va être lancée

La SNCF a annoncé une légère amélioration du trafic en ce milieu de semaine.
Photo: Chris Karaba
Grande Région 6 min. 22.06.2022
Mobilité transfrontalière

Liaison Sarrebruck-Luxembourg : une étude va être lancée

Pascal MITTELBERGER
Pascal MITTELBERGER
Une liaison ferroviaire Sarrebruck-Luxembourg par la Sarre étant impossible, le Land allemand souhaiterait proposer une alternative via la Moselle. Une ligne existe, utilisée uniquement pour du fret. Mais sa mise en service pour les voyageurs paraît compliquée.

1h15 : c'est, sur le papier, le temps qu'il faut à l'autocar CFL Express pour relier les gares centrales de Sarrebruck et Luxembourg. Le trajet, direct, s'effectue plusieurs fois par jour, mais sa durée est évidemment tributaire des conditions de circulation et du trafic autoroutier. Alors, comme alternative à cette ligne de bus, le Land de Sarre aimerait mettre un train sur les rails. Problème : cette liaison ferroviaire ne peut pas se faire par l'Allemagne: urbanisme, emprise foncière, relief en sont les principales raisons.


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Le Land de Sarre pousse donc, depuis plusieurs années, pour une solution via la Moselle, en empruntant notamment une ligne existante, utilisée uniquement pour du fret aujourd'hui, qui relie la gare de Béning, près de Forbach, à Thionville en passant par Creutzwald et Bouzonville. Et en évitant donc le crochet, et la correspondance, par Metz. Certes, cette ligne est sinueuse, mais les Sarrois y voient un autre avantage: y greffer une liaison entre Bouzonville et Dillingen.

«Une étude globale de mobilité pour l'espace frontalier Moselle-Est/Sarre doit clarifier, avec les partenaires français, les questions des coûts de remise en état, de la technique de sécurisation ainsi que de l'intégration et de l'exploitation à la gare de Bouzonville. En outre, du point de vue sarrois, la ligne Béning - Bouzonville - Thionville (-Luxembourg) devrait également être examinée plus en détail dans le cadre de cette étude», confirme le ministère sarrois de l'Environnement et de la Mobilité, contacté à ce sujet. « La Sarre a proposé à la Région Grand Est un soutien technique et financier pour une telle étude globale de mobilité», précise-t-on encore.

  «Juste à mettre des trains de voyageurs dessus»  

La dernière fois que ce dossier, qui mêle plusieurs acteurs institutionnels et ferroviaires, a été évoqué publiquement, c'était à l'automne 2020. Patrick Weiten, président du département de la Moselle, disait alors qu'il y a «juste à mettre des trains de voyageurs dessus et à relancer les gares». C'est évidemment un peu plus compliqué que cela. Mais Jean Rottner, son homologue de la région Grand Est, collectivité qui a en charge le financement et la circulation des TER, n'était pas fermé à cette idée et se disait même prêt à lancer une étude de viabilité, voulue aussi par les Sarrois.

L'objectif de cette étude est de voir s'il y a un potentiel de voyageurs, voir les coûts.

Gilbert Schuh, président de l'Eurodistrict et vice-président du département de la Moselle

Qu'en est-il, presque deux ans plus tard ? Et bien, cette étude n'est pas encore lancée qu'elle est déjà passée de main en main. «On a proposé d'accompagner une étude menée par un acteur tiers», indique Brigitte Torloting, vice-présidente de la région en charge du transfrontalier. Elle pense à l'Eurodistrict Saar-Moselle, qui réunit des intercommunalités de Moselle-Est et le Regionalverband Saarbrücken.


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Le président de la région Grand Est a annoncé la suspension des paiements à destination de la compagnie ferroviaire française. Jean Rottner estime notamment que la qualité du service n'est pas au rendez-vous.

Gilbert Schuh préside cette structure de coopération, et confirme: «La région souhaite que nous faisions cette étude en arguant que c'est de la mobilité locale. Mais le département de la Moselle estime que ce sujet concerne une grande partie de son territoire, et nous a donc proposé de la porter», détaille celui qui est aussi... vice-président du département. Au final, Gilbert Schuh est formel: «Cette étude va être lancée, c'est imminent. L'objectif est de voir s'il y a un potentiel de voyageurs, voir les coûts.»

Le tronçon Thionville-Luxembourg déjà saturé

L'aspect financier est évidemment central dans ce dossier. «Cela correspondrait à une réouverture de ligne, avec des coûts importants aussi bien en investissements de matériels qu'en exploitation», souligne Brigitte Torloting, rappelant que «les actions prioritaires entre France et Allemagne sont, à l'horizon 2024, le renforcement des liaisons Metz-Sarrebruck et Metz-Trèves.» Surtout, au niveau de la mobilité transfrontalière entre Moselle et Luxembourg, le paquet est mis actuellement sur le sillon lorrain Nancy-Metz-Thionville-Luxembourg. Et, en l'état actuel, «le développement de la liaison Sarrebruck-Luxembourg serait incompatible avec le renforcement de la liaison Metz-Luxembourg», indique la vice-présidente de la région.

Cette ligne ne présente pas d'intérêt pour nous.

François Bausch, ministre des Transports, en octobre 2020

Au Luxembourg, du côté du ministère des Transports, on suit le sujet car «on est pro-rails. Le transfert modal de la route vers le rail est toujours quelque chose de positif.» Mais Raphaël Zumsteeg, responsable des chemins de fer, garde aussi une certaine distance, rappelant qu'il s'agit d'un dossier 100% français. Il faut dire que le ministre François Bausch (déi Gréng) ne partage pas la même vision que Patrick Weiten. En 2020, quelques jours après la sortie médiatique du président du département de la Moselle, François Bausch lâchait qu'une ligne Sarrebruck-Luxembourg n'avait «aucun intérêt».

A la région Grand Est de trancher

Pour justifier ce scepticisme, Raphaël Zumsteeg rappelle le contexte, et fait ainsi écho aux propos de Brigitte Torloting. «On a un sillon lorrain vital, une des lignes les plus fréquentées de France. Des travaux y sont planifiés sur plusieurs années, pour arriver à 10 trains par heure dont un TGV et un convoi de fret, et donc 8 TER. (...) Pour l'instant, d'après les données que nous avons, le sillon lorrain a besoin de ces 8 TER», explique-t-il. En résumé, si la viabilité et surtout la rentabilité d'une ligne Béning-Thionville restent encore à prouver, le problème majeur se situerait ensuite sur le tronçon Thionville-Luxembourg, déjà saturé. 


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Dans l'hypothèse où la nouvelle ligne Béning-Thionville serait mise en service, il y aurait alors deux solutions: soit une correspondance à Thionville pour embarquer à bord d'un TER Metz-Luxembourg déjà bondé ; soit une liaison directe avec pour conséquence la suppression d'un TER Metz-Luxembourg puisqu'on ne peut pas rajouter de nouveaux créneaux entre Thionville et Luxembourg... «C'est à la région Grand Est de décider de cela, de savoir ce qu'elle veut et ensuite de venir négocier avec les CFL», précise Raphaël Zumsteeg.

Si une étude va donc bien être lancée, les obstacles semblent, d'emblée, être nombreux pour imposer cette idée d'une liaison Sarrebruck-Luxembourg qui profiterait aux Sarrois, mais aussi à des habitants de l'Est de la Moselle. Le sillon lorrain, avec les travaux en vue d'augmenter le cadencement, la capacité des rames et la longueur des quais, sont, à juste titre, la priorité, financière comme politique.

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