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Les Lorrains votent bien timidement
Grande Région 8 min. 15.03.2020

Les Lorrains votent bien timidement

Les Lorrains votent bien timidement

Photo : AFP
Grande Région 8 min. 15.03.2020

Les Lorrains votent bien timidement

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Moins de la moitié des électeurs lorrains ont pris part au premier tour des élections devant désigner les futurs maires des 2.339 communes des quatre départements.

Et si le grand gagnant du 1er tour des municipales en Lorraine était... la peur? Ou le doute? En tout cas, certainement pas le civisme. En effet, dans «la région de France la plus infectée par le covid-19», il fallait un peu d'audace pour se déplacer vers les isoloirs. Et la participation a ainsi souffert de la crainte des adultes à se retrouver contaminés à l'heure de glisser leur bulletin dans l'urne. Un phénomène envisageable au niveau national également.

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Ainsi, en Moselle, la participation globale franchit tout juste la barre des 42,5% (alors qu'elle dépassait les 49% en 2014). En Meurthe-et-Moselle, le même phénomène a été noté avec 39,22% d'électeurs participant au vote (contre 41,9%, voilà six ans).

» Cliquez sur les points de la carte pour connaître les scores du 1er tour des 15 communes comptant le plus de frontaliers en Lorraine

• Thionville l'indécise

Décidément, Patrick Luxembourger a l'art de perturber l'ordre des choses. Après avoir remis en selle Terville, «commune la plus endettée de France», il avait choisi de se mettre en retrait de la vie politique. Sauf que quelques semaines plus tard, il n'a pu résister à l'envie de se présenter aux municipales de Thionville. Une opération commando menée sur deux semaines, une réunion publique et quelques tracts et voilà l'homme de droite à la seconde place du 1er tour dans la deuxième ville de Moselle.

Patrick Luxembourger avait annoncé qu'il se retirerait s'il n'arrivait pas premier ce dimanche soir. A voir...

Pierre Cuny (Centre droit) arrive néanmoins en tête, avec un tiers des bulletins. Le maire sortant devance aussi ses opposants «de gauche» Guy Harau (Verts) et Bertrand Mertz (PS). Ce dernier ne semble plus en mesure de conquérir un siège qu'il avait perdu en 2014 à la suite d'une élection litigieuse et qui avait donné l'écharpe tricolore à Anne Grommerch. 
Deux autres faits marquants de ce dimanche à Thionville : l'effondrement de l'extrême droite avec un Stéphane Reichling (6,7% des votes) et surtout la très faible participation qui dépasse à peine le tiers des électeurs attendus.

• Metz surprend

Richard Lioger ne sera pas au second tour de l'élection municipale messine. L'ancien premier adjoint de Dominique Gros (PS), passé sous la casaque du parti du président Macron La République en marche, rate le coche avec moins de 10% des votes. Ils ne sont que deux à caracoler en tête désormais François Grosdidier (Les Républicains) devançant l'écologiste Xavier Bouvet: 29,76% des suffrages exprimés pour l'un, 24,97% pour l'autre. La capitale de la Moselle hésite encore. Derrière avec 11,7% des voix, le Rassemblement national de Françoise Grolet ne fait ni peur, ni d'ombre à quelqu'un. Les sept listes suivantes encore moins...

Mais c'est dans ce réservoir, à droite comme à gauche, que les deux postulants au siège de maire de Metz vont devoir piocher pour l'emporter. La course aux alliances a commencé. Et à ce jeu-là même le petit 5% du socialiste Thomas Scudéri vaut de l'or, par exemple.

• Hayange à droite toute

Fabien Engelmann empoche ce 15 mars une victoire pas si évidente. Le jeune maire Rassemblement national de Hayange a vécu un mandat chaotique, chahuté par les siens autant que par son opposition. Il n'empêche: le voilà réélu largement avec 63,4% des bulletins à son nom. Face à lui, plusieurs candidats (pourtant tous farouchement opposés à l'élu d'extrême droite) lui ont fait un boulevard. Faute d'avoir su se rassembler.

Fabien Engelman est le seul maire RN de France à être réélu au 1er tour.

Photo : AFP

• Fameck sans surprise

En lâchant son siège de député voilà quelques années, il avait prévenu: Michel Liebgott n'entendait se consacrer qu'à sa commune, Fameck. Celle-ci lui a bien rendu cet engagement en le reconduisant au poste de maire avec 76% des voix. Le voilà parti pour un sixième mandat.

• Florange mise sur la jeunesse

En 2016 quand il avait été poussé par ses mentors dans le fauteuil de maire de Florange, peu auraient parié sur le devenir de Remy Dick. Pensez donc étudiant, 22 ans, novice en politique locale : pas le profil habituel. Et pourtant, quatre ans plus tard, le voilà (très) largement réélu avec 64,6% des suffrages portés sur son nom. De quoi faire taire sa principale concurrente, la socialiste Michèle Bey et le deuxième opposant Baka Seyyd Mohamed. 

• Terville trouve un successeur

Alors que le maire Patrick Luxembourger a choisi de quitter son fauteuil tervillois pour conquérir la place dans la ville voisine de Thionville, qui allait lui succéder? Eh bien, son bras droit dans l'administration communale ces dernières années. Malgré l'absence du "patron", Olivier Postal l'a largement emporté dans le cœur des électeurs qui se sont mobilisés. 62,7% des suffrages: joli score pour cet ancien journaliste.

Photo : AFP

• Woippy dans la continuité

Comme Terville, Woippy se cherchait un nouveau maire. François Grosdidier tentant l'aventure électorale à Metz après avoir dirigé Woippy pendant 16 ans, qui mieux que son ancien adjoint pour prendre la suite. Cédric Gouth n'a pas laissé une chance à ses deux concurrents du jour en remportant la mairie de près de 15.000 habitants avec 74% des voix.

• Surprise à Yutz

L'abstention massive a joué un sale tour à Bruno Sapin, le maire sortant. Non seulement, il n'arrive pas en tête du premier tour mais se voit même en situation peu favorable pour l'emporter au second tour... A la surprise générale d'ailleurs. Celui qui avait été adoubé par le président du département de la Moselle, Patrick Weiten (lui-même ancien maire yussois) se voit dépassé dans les urnes par la liste conduite par une ancienne proche de centre droit, Clémence Pouget (38%). Bruno Sapin se voit aussi talonné par la liste de son opposant vert Pascal Landragin (24,1%). Yutz gardera sans doute le cœur à droite, vers qui penchera-t-il?

• 5/5 à Mont-saint-Martin

La vie de Serge de Carli ne sort pas bouleversée de cette journée électorale. Il était maire, il le reste. 65% des électeurs ont renouvelé le bail à l'élu qui se verrait bien, maintenant, conquérir la communauté d'agglomération. A noter que dans sa ville, de Carli l'a emporté dans la totalité des cinq bureaux.

• Audun rime avec féminin

Femme en tête à Audun-le-Tiche. La divers gauche Viviane Fatorelli s'attendait-elle à se retrouver à la première place pour succéder à Lucien Piovano ? Mais avec à peine 36% de votants, la donne a quelque peu été bouleversée dans la cité voisine d'Esch-sur-Alzette. Reste qu'à 41,4% des suffrages, l'ancienne tête de file de l'opposition a pris une longueur d'avance pour accéder au fauteuil de maire audunois. Bouzid Djebar (35,01%) et Eric Jacquin (23,5%) sont-ils suffisamment compatibles pour faire front commun pour battre Viviane Fatorelli ? Pas certain.

• Val de Briey rate le coche

François Dietsch doit enrager ce soir. Sans doute que si une poignée d'électeurs s'étaient déplacés dimanche, il serait confortablement en train de savourer sa réélection comme maire. Mais avec 40,22% des voix, il lui manque encore quelques votes et le voilà contraint à un second tour. Ses adversaires Dino Barucci (32%) et Jean-Paul Daul (17,5%) peuvent mathématiquement faire basculer la couleur de la ville en se rassemblant, mais tous deux peuvent aussi se présenter au second tour. Mais la mathématique vaut bien peu dans ce scrutin local qui aura vu moins d'un électeur sur trois se déplacer...

• Hettange-Grande absente

Roland Balcerzack seul candidat à sa succession, un vilain virus, un beau soleil : inutile de dire que ces trois conditions n'ont guère permis à l'électorat d'Hettange-Grande de se motiver. Avec 77% d'abstention, le maire sortant se voit donc reconduit dans ses fonctions sans gloire. Mais seule la victoire compte, en sports comme en politique.

• Longwy dans le flou

Le socialiste Jean-Marc Fournel sera-t-il toujours en position de diriger la ville de Longwy au terme du 2e tour? Délicat à dire tant le résultat de ce dimanche marque un éparpillement des (rares) votes qui ont été exprimés. Avec seulement 2.235 électeurs ayant franchi la porte des bureaux de vote, la participation parvient à peine à 27%. Un gros quart de votants à peine qui ont choisi de répartir leurs voix diversement. Certes Jean-Marc Fournel s'en tire au mieux dans cette course, avec 34% des votes. Mais derrière trois listes figurent à plus de 10% dont celle de l'ancien maire, Edouard Jacque. Incertitude donc. 

• Serré mais gagné à Villerupt

Pierre Spizak a notamment 27 électeurs à remercier. Ce sont eux qui ont fait la différence pour que le successeur attendu du maire communiste Alain Casoni l'emporte. Grace à eux, non seulement il franchit la barre décisive des 50% d'électeurs lui octroyant la victoire au 1er tour mais surtout 22 sièges sur 29 dans le prochain conseil municipal. Villerupt, aux portes de Belval, n'aura guère brillé par son sens du civisme ce 15 mars avec une abstention à hauteur de 60% des inscrits sur les listes électorales.


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