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Le spectre d'un «jeudi noir» en France le 5 décembre
Grande Région 5 min. 29.11.2019

Le spectre d'un «jeudi noir» en France le 5 décembre

Le gouvernement s'attend à une forte mobilisation dans divers secteurs d'activité.

Le spectre d'un «jeudi noir» en France le 5 décembre

Le gouvernement s'attend à une forte mobilisation dans divers secteurs d'activité.
Photo : REUTERS
Grande Région 5 min. 29.11.2019

Le spectre d'un «jeudi noir» en France le 5 décembre

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Le gouvernement français craint la mobilisation syndicale contre sa réforme des retraites, annoncée pour jeudi et qui s'annonce massive. Face à une fronde interprofessionnelle, le président Emmanuel Macron reste ferme.

Deux ans de discussions et de consultations n'ont pas suffi à paver la voie vers une réforme des retraites en France, l'un des grands «chantiers» voulus par Emmanuel Macron. Inachevé dans ses dispositions, contesté de toutes parts, le projet présenté par le gouvernement Philippe provoque des levées de boucliers qui pourraient culminer dans une mobilisation générale le 5 décembre prochain, redouté comme un «jeudi noir».

Un jeudi qui pourrait assombrir plus encore un climat social orageux : une partie de la France s'est d'ores et déjà exprimée dans la rue. Les agriculteurs avant-hier, précédés par les personnels hospitaliers, les enseignants ou les pompiers, alors que les gilets jaunes pour leur part bougent encore.

Le mouvement des gilets jaunes se poursuit dans le pays, bien qu'à plus faible intensité.
Le mouvement des gilets jaunes se poursuit dans le pays, bien qu'à plus faible intensité.
Photo : AFP

C'est le Premier ministre Edouard Philippe qui depuis quelques jours apparaît en première ligne face aux détracteurs du projet, s'employant à clarifier ses dispositions les plus exposées, tels le principe d'un «système universel» visant à unifier les 42 régimes actuels ou la question de la durée de travail, les syndicats s'étant cabrés contre toute perspective d'allongement de celui-ci. 

Mais, derrière Philippe, c'est bien Emmanuel Macron qui se retrouve à l'épreuve de la grogne sociale. Le chef de l'Etat a érigé la réforme des retraites en affaire quasi personnelle, et fait monter la température avec l'emphase et l'obstination qui le caractérisent: «Je porte un projet d'ambition pour notre pays et je n'y renoncerai pas», a affirmé le président.

Le temps presse

La concertation, avec les syndicats et le patronat notamment, devrait s'achever le 10 décembre, le projet sera présenté dans les jours suivants. Le Premier ministre, en attendant, endosse en son nom la détermination affichée par Macron. Philippe «entend» les critiques, affirme «les comprendre parfois» mais clame sa ferme volonté de faire aboutir le projet.

Principale pierre d'achoppement : la durée du travail. Edouard Philippe répète que les Français devront «progressivement travailler plus longtemps» pour «remettre le système actuel à l'équilibre». L'âge légal de départ restera fixé à 62 ans, mais deux options sont sur la table. Allonger la durée de cotisation ou créer une nouvelle borne d'âge pour une retraite à taux plein, avec par exemple une décote avant 64 ans. Or, les syndicats sont unanimement hostiles à un allongement de la durée de travail.


Macron sans effet «waouh», ni «table renversée»
La première conférence de presse du président de la République ce jeudi, à l'issue du grand débat national et en réponse à la crise des «gilets jaunes», n'a pas eu l'effet escompté par les équipes élyséennes, selon les médias nationaux et régionaux français de ce vendredi.

La réforme devrait s'appliquer à partir de 2025. Les Français de la génération née en 1963 seraient âgés alors de 62 ans et les premiers concernés par le changement. Mais pour redresser les comptes, leurs aînés pourraient être mis à contribution, dès la génération 1959, qui aura 62 ans en 2021.

Quant au montant des retraites, le gouvernement propose un système qu'il considère comme plus compréhensible et plus équitable, tel que «un euro cotisé donnerait les mêmes droits à tous». Les 42 régimes de retraites, où les pensions sont calculées en fonction du nombre de trimestres cotisés, doivent ainsi être remplacés par un «système universel» où chacun accumulera des points tout au long de sa carrière et pour chaque jour travaillé. 

Ce changement mettrait un terme à la démarche actuelle qui consiste à fonder la retraite sur les 25 «meilleures» années pour les salariés du privé et des six derniers mois pour les fonctionnaires et les régimes spéciaux.

Des droits nouveaux

Or, plusieurs syndicats font valoir que les pensions seront moins élevées avec intégration dans le calcul des «moins bonnes» années, tandis que les professions libérales craignent une hausse substantielle des cotisations.

Face à l'hostilité des uns et aux appréhensions des autres, le gouvernement Philippe fait valoir des droits nouveaux. Ainsi, une pension d'un minimum de 1.000 euros sera octroyée en cas de carrière de retraite complète. Autre nouveauté : l'extension aux fonctionnaires des critères de «pénibilité» en usage dans le secteur privé, qui permet une retraite dès l'âge de 60 ans. Les interruptions de carrière (maladie, maternité, invalidité ou chômage) resteraient prises en compte, mais pas les périodes de chômage non indemnisées.

Les violences qui ont émaillé les manifestations des gilets jaunes depuis un an inquiètent le gouvernement, à la veille d'un nouveau mouvement.
Les violences qui ont émaillé les manifestations des gilets jaunes depuis un an inquiètent le gouvernement, à la veille d'un nouveau mouvement.
Photo : AFP

Le projet de réforme entend conserver à un niveau constant – actuellement 13,8 % du PIB – la part des dépenses consacrée au financement du système de retraites.

En attendant, «tout est réuni pour avoir un 5 décembre puissant», prédit Fabrice Angei, un haut dirigeant de la CGT (Confédération générale du travail). «Il y aura des occupations d'entreprises et d'usines, plus de 150 manifestations partout en France. Ce sera plus fort que la loi travail 2016 et plus fort même que 95» – Fabrice Angei fait allusion à la crise sociale d'il y a 24 ans, déjà provoquée par un projet de réforme de la retraite et de la Sécurité sociale.

La CGT-Cheminots, l'UNSA ferroviaire et SUD-Rail ont lancé un appel à une grève reconductible à la SNCF à partir du 5 décembre. Les syndicats de la RATP (Régie autonome des transports parisiens) annoncent une mobilisation «aussi forte que le 13 septembre», qui avait mis Paris quasiment à l'arrêt, mais cette fois ils appellent à une grève illimitée. 

Les soignants de même ont prévu de se rallier aux manifestations. 70.000 avocats ont voté une journée «Justice morte» le 5 décembre pour défendre le principe des régimes autonomes de retraite. Les syndicats de policiers seront également présents, de même que les enseignants ou les professionnels du secteur aérien. 


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French Prime Minister Edouard Philippe a citizens' consultation on pensions on November 14 2019, Southwestern France. (Photo by GAIZKA IROZ / AFP)