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Le logement, enjeu pour le Luxembourg et pour le Nord lorrain
Grande Région 6 min. 06.08.2022
Perspectives transfrontalières

Le logement, enjeu pour le Luxembourg et pour le Nord lorrain

Dans plusieurs communes des agglomérations de Longwy ou Villerupt, les élus ont la volonté de stopper le développement urbanistique car ils n'ont plus les capacités pour accueillir de nouvelles populations.
Perspectives transfrontalières

Le logement, enjeu pour le Luxembourg et pour le Nord lorrain

Dans plusieurs communes des agglomérations de Longwy ou Villerupt, les élus ont la volonté de stopper le développement urbanistique car ils n'ont plus les capacités pour accueillir de nouvelles populations.
Photo: Gerry Huberty
Grande Région 6 min. 06.08.2022
Perspectives transfrontalières

Le logement, enjeu pour le Luxembourg et pour le Nord lorrain

Pascal MITTELBERGER
Pascal MITTELBERGER
L'agence d'urbanisme et de développement durable Agape Lorraine Nord a publié une étude sur les limites que pourrait rencontrer le développement du Luxembourg au regard de l'aménagement du territoire.

La dernière étude transfrontalière en date d'Agape Lorraine Nord interpelle de par son titre : elle s'intéresse aux «angles morts» du développement luxembourgeois. Il ne s'agit là que du premier de trois épisodes, et il est principalement consacré à la démographie et à la question du logement.  


Travailler ici mais pour vivre où?
Et si la solution à la crise du logement au Luxembourg était à rechercher en France, en Belgique ou en Allemagne? Les députés veulent en avoir le cœur net en créant le premier Observatoire transfrontalier de l'habitat.

 «Ce premier épisode est plutôt à destination des élus du Nord lorrain, pour montrer que le Luxembourg fait des prospectives, des projections, pour voir s'il a les capacités de les tenir, et pour dire que s'il n'y arrive pas, cela aura des retombées importantes pour le Nord lorrain, qui représente 50 % du flux des frontaliers vers le Luxembourg», explique Julien Schmitz ,directeur. 

Que dit cette étude ?

Les 16 pages de l'étude livrent une foule de données chiffrées et de prévisions, en lien avec les travaux du Statec, pour dresser le bilan de l'aménagement du territoire au Luxembourg sur les 15 dernières années et évoquer les perspectives sur les deux prochaines décennies. 

Nos investigations montrent qu’en l’état, les besoins en logements projetés ne répondraient que partiellement à l’accroissement de la main-d’œuvre.

Etude sur "Les angles morts du développement du Luxembourg" par l'Agape Lorraine Nord

On y parle notamment de la construction de logements au Grand-Duché, en deçà des objectifs initiaux, et des besoins futurs, encore plus élevés pour les années à venir au regard de l'évolution démographique du pays. Et donc des obstacles qui pourraient se dresser et des conséquences sur les territoires frontaliers, qui doivent absorber une partie de cette population recrutée pour poursuivre le développement économique du Luxembourg.


Wirtschaft, Immobilienmarkt, Mieten, Residenz, Sozialalmanach, Wohnung, Wohnungsbau, Wohnungsmarkt, Immobilien, Immobilienmarkt, A louer, A vendre, Immobilier, Zu vermieten, Zu verkaufen, Location, Land zum Bauen, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
Henri Kox justifie les longs délais de construction
D'ici 2026, les promoteurs publics doivent achever 4.420 logements abordables. C'est ce qui ressort du rapport 2021 du Fonds spécial pour le logement.

«Nos investigations montrent qu’en l’état, les besoins en logements projetés ne répondraient que partiellement à l’accroissement de la main-d’œuvre, qui pourrait compter 60% de frontaliers sur les 20 prochaines années. Dès lors, une partie de l’avenir du Nord lorrain se joue au Luxembourg. Alors qu’il compterait environ 70.000 frontaliers supplémentaires d’ici 20 ans, ce flux pourrait être majoré en cas de ralentissement de la construction au Luxembourg», conclut notamment l'Agape Lorraine Nord.

Des communes frontalières déjà saturées

Au-delà de cette étude, Julien Schmitz rappelle que la situation actuelle doit déjà nourrir la réflexion. «On a l'impression que dans plusieurs communes des agglomérations de Longwy ou Villerupt, les élus ont la volonté de stopper le développement urbanistique car ils n'ont plus les capacités pour accueillir de nouvelles populations.» Pourtant, la demande est forte, et elle est même accentuée par le flux de résidents luxembourgeois qui souhaitent s'installer côté français car l'immobilier y est moins cher (faisant, par là, monter les prix en France...). 

Photo: Gerry Huberty

Autre exemple de ce phénomène de saturation et de cet effet boule de neige : dans le secteur d'Audun-le-Roman et Piennes, que Julien Schmitz définit comme «la deuxième couronne» car plus éloigné du Luxembourg, la consommation foncière des deux dernières années équivaut à celle de la décennie 2010-2019.


Close-up Of Person Hand Holding House Key In Hand
Flambée des prix de l'immobilier aux frontières
Les coûts élevés de l'immobilier au Luxembourg entraînent vers le haut les prix dans les régions frontalières belges, françaises et allemandes.

Quelles suites ?

A la suite de ce premier épisode sur les «angles morts du développement du Luxembourg», le deuxième tome devrait être publié d'ici la fin de l'année 2022. S'il vise d'abord à informer les élus du Nord lorrain, il pourrait aussi intéresser ceux du Luxembourg car il montrera notamment que du côté français, «des lois sont tombées et vont fortement impacter et orienter les documents de planification. Par exemple le »zéro artificialisation nette« qui va signifier pour le Nord lorrain un changement total de modèle de développement et d'aménagement du territoire, car la consommation foncière va être conditionnée à la désartificialisation de friches et d'espaces publics. » Autrement dit, si le Luxembourg compte sur la France pour accueillir une partie de ses travailleurs, il doit être au courant de cette nouvelle donne et contrainte.

S'il n'y a pas d'approche métropolitaine, chacun va faire sa stratégie dans son coin et personne ne va en sortir gagnant.

Julien Schmitz, directeur de l'Agape Lorraine Nord

Le troisième épisode, lui, essayera d'apporter des solutions pour les élus du Nord lorrain. Le travail de l'Agape est loin d'être terminé sur le sujet. Julien Schmitz avance une piste «pour se coordonner avec la stratégie du Luxembourg : nous sommes convaincus qu'il faut diversifier l'offre de logements pour encaisser le coup. (...) Il faut sortir du modèle pavillonaire pour offrir des choses qui répondent à des besoins qui ont complètement changé.»

L'intérêt commun des territoires

Le but de tous ces constats, travaux et projections n'est pas de critiquer le Luxembourg, assure Julien Schmitz. «On est parfois vu comme une agence qui tape sur le Luxembourg, mais nous n'avons aucun intérêt à le faire. Nous voulons seulement montrer aux élus Nord lorrains, qui sont notre cible, qu'ils doivent travailler avec le Luxembourg dans une logique de relation gagnant-gagnant. Ce qui nous inquiète au regard de ce travail sur les angles morts, c'est que personne n'a à gagner de cette situation-là. La Lorraine Nord a tout intérêt à ce que le Luxembourg aille bien, et inversement. Cette interdépendance est présente dans tous les domaines. S'il n'y a pas d'approche métropolitaine, si on ne réfléchit pas au Grand Luxembourg, chacun va faire sa stratégie dans son coin et personne ne va en sortir gagnant. »

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