Changer d'édition

Le cimetière archéologique de la mer du Nord
Grande Région 5 min. 10.11.2022
Belgique

Le cimetière archéologique de la mer du Nord

Une vraie épave...
Belgique

Le cimetière archéologique de la mer du Nord

Une vraie épave...
Photo: Shutterstock
Grande Région 5 min. 10.11.2022
Belgique

Le cimetière archéologique de la mer du Nord

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Des centaines d’épaves des deux guerres mondiales reposent au large de la côte belge, composant un trésor historique mais aussi un risque de pollution.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles)

L'Institut flamand de la mer (Vliz) a publié récemment une étude dans la revue «Frontiers in Marine Science» qui donne à réfléchir sur les épaves jonchant le fond de nos océans. Car il n'est pas ici question de vanter la valeur historique des navires et des gréements engloutis par la mer ou de faire l'inventaire de la biodiversité qui s'y développe, mais bien d'en signaler la pollution.

Nickel, cuivre, arsenic...

Le 12 février 1942, un navire allemand nommé V-1302 John Mahn chargé de charbon et de munitions fait route en mer du Nord lorsqu'il est attaqué par six avions Hawker Hurricane de la Royal Air Force. Deux bombes l'envoient par le fond. Onze marins meurent dans le naufrage. La cargaison est perdue.

Mais elle n'est pas inerte pour autant. Car depuis 80 ans, le V-1302 John Mahn relâche en profondeur des polluants qui altèrent la microbiologie marine. Les analyses des échantillons prélevés sur la coque d'acier du navire ainsi que sur les sédiments environnants ont révélé la présence de métaux - nickel et cuivre -  mais aussi de l'arsenic et des composés explosifs. Des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)  présents dans l'essence, le charbon et le pétrole brut, ont également été décelés.


Belgium's Prime Minister Alexander De Croo delivers a speech at the leaders summit of the COP27 climate conference at the Sharm el-Sheikh International Convention Centre, in Egypt's Red Sea resort city of the same name, on November 8, 2022. (Photo by AHMAD GHARABLI / AFP)
Alexander De Croo en VRP à la Cop
La Belgique vante à Charm el-Cheikh ses solutions technologiques en faveur du climat.

Les avertissements que lance le Vliz ne se limitent pas au V-1302 John Mahn. «Les recherches effectuées dans le cadre de ce projet serviront à mettre au point un outil de prise de décision permettant d’évaluer le risque environnemental potentiel que représente une épave de navire de guerre pour l'environnement, ce qui contribuera, nous l'espérons, à un environnement marin plus sûr et plus sain», écrivent les auteurs de l'étude. Les épaves marines des deux guerres mondiales contiendraient entre 2,5 millions et 20,4 millions de tonnes métriques de produits pétroliers.

290 épaves dans les eaux belges

La mer du Nord est un gigantesque cimetière archéologique marin. En 2017, l'annonce de la présence de l'épave d'un sous-marin allemand au large d'Ostende a remis cette thématique sous les projecteurs des médias. L'UB-29 avait coulé en décembre 1916, par 30 mètres de fond. Il avait probablement sauté sur une mine. Aucun de ses 22 marins n'avait survécu. Mais il présente aujourd'hui pour les archéologues l'avantage d'être presque complet, alors que bien d'autres épaves se sont éparpillées en touchant le fond ou ont été maintes fois pillées au bénéfice de collectionneurs clandestins. On estime à 290 le nombre d'épaves présentes dans les eaux belges. 228 ont été identifiées. 90% d'entre elles proviennent sans surprise des deux guerres mondiales.

La mer du Nord a été l'une des plaques tournantes de la guerre sous-marine durant le premier conflit mondial. En 1915, l'Unterseeboot Flottille Flandern I a été créée à Zeebruges, avant qu'une Flottille Flandern II ne soit constituée. Dans un premier temps, les U-Boot ont eu pour mission de détruire les bâtiments militaires ennemis. Mais très vite, la guerre s'est envenimée. Elle a perdu son code d'honneur. Des navires civils et marchands alliés ont été pris pour cible par les «requins d'acier» allemands.

Le 7 mai 1915 ainsi, le paquebot britannique Lusitania est coulé par l’U-20 au large de l'Irlande, faisant 1.200 morts dont 128 Américains. Ce qui passe à l'époque pour un acte de lâcheté totale contribuera à faire entrer en guerre les Etats-Unis en 1917. La même année, les U-Boot enverront près de 6 millions de tonnes par le fond.

Archéologues VS pilleurs d'épaves

Durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs épisodes restés célèbres vont contribuer à agrandir le cimetière marin de la mer du Nord. 250 navires sont ainsi coulés lors de l'Opération Dynamo (26 mai-4 juin 1940) qui permet d'évacuer vers l'Angleterre 330.000 soldats alliés pris dans la nasse de Dunkerque. On peut encore voir les restes de quelques épaves sur la plage de Zuydcoote, à quelques kilomètres de la frontière franco-belge. La bataille d'Angleterre jettera quant à elle dans les flots plusieurs milliers d'avions essentiellement anglais et allemands. Une signalisation indique aujourd’hui l'emplacement de leurs carcasses dans les polders néerlandais, là où la terre a fait reculer la mer au cours des dernières décennies.

Le pari consiste aujourd'hui à répertorier et à étudier ce matériau archéologique, avec toutes les difficultés inhérentes au milieu marin. Corrosion, électrolyse, courants, bancs de sable, etc. : les archéologues ont fort à faire pour maîtriser leur sujet. Ils sont de surcroît concurrencés par les pilleurs d'épaves qui ont bien souvent plusieurs longueurs d’avance.

En 2001, la Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique de l'Unesco a créé un instrument juridique destiné à lutter au niveau international contre le pillage. Résultat : toute épave de plus de 100 ans est désormais versée au patrimoine culturel de l’humanité. En avril dernier, 18 nouvelles unités ont été ajoutées au « palmarès » belge. Elles seront ainsi mieux protégées. Parmi elles, un U-Boot non identifié, un torpilleur français (le T 319) et le patrouilleur allemand Senator Sthamer, ces deux derniers ayant été coulés par une mine durant la Grande Guerre.

Des épaves visibles à marée basse

Toute la difficulté pour l'amateur est de visualiser la richesse de ce patrimoine sous-marin – mais aussi les problèmes écologiques qu'il peut poser comme le révèle la récente étude de l'Institut flamand de la mer. Certaines estimations fixent au plan mondial à 6.300 le nombre d'épaves datant de 1940-1945. Elles sont toujours chargées en carburant et représentent une possible source de pollution. 

On ne trouve pas d'épaves visibles sur le littoral belge. En revanche, à la Côte d'Opale, côté français donc, on peut voir les restes d'un sous-marin allemand ayant appartenu à la Flottille Flandern. Ils apparaissent à marée basse sur la plage qui s'étend de Wissant à Escalles. Le commandant de l'UC-61, qui n'avait pu éviter l'échouement de son navire pour des raisons qui restent méconnues, a préféré le saborder après avoir fait évacuer ses hommes. Pour la petite histoire, tous furent arrêtés par des lanciers belges. Casernés dans la région en raison de l’avancée allemande, ceux-ci n'avaient jamais rêvé prendre un aussi gros poisson.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet