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Le cercueil en carton creuse son sillon
Grande Région 4 min. 31.10.2022
Ecologique et économique

Le cercueil en carton creuse son sillon

Le cercueil en carton peut être décoré, avec des illustrations prédéfinies, voire personnalisé "à la carte".
Ecologique et économique

Le cercueil en carton creuse son sillon

Le cercueil en carton peut être décoré, avec des illustrations prédéfinies, voire personnalisé "à la carte".
Photo: Pascal Mittelberger
Grande Région 4 min. 31.10.2022
Ecologique et économique

Le cercueil en carton creuse son sillon

Pascal MITTELBERGER
Pascal MITTELBERGER
Depuis cinq ans, Stéphane Baldi, gérant d'une entreprise de pompes funèbres en Moselle, propose des cercueils en carton. Un tiers des familles de défunts qui font appel à lui optent pour ce produit, par choix esthétique, économique ou écologique.

Le décor des pyramides de Gizeh, des chiens et des chats tous plus mignons les uns que les autres, ou encore la photo d'une belle composition fleurie : dans à peu près n'importe quel magasin, ces images attireraient à peine l'œil. Mais dans cette vitrine de la rue Eugène-Kloster de Freyming-Merlebach, en Moselle, la scène interpelle. Surtout, le support (d)étonne : ces illustrations ornent... des cercueils en carton.


06.10.2022 Planung eines Waldfriedhofs Bëschkierfecht Howald, Wald Friedhof,  , Foto: Marc Wilwert / Luxemburger Wort
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Nous sommes chez Stéphane Baldi, gérant des pompes funèbres «Au service des défunts». Il a repris cet établissement en 2017 et a, d'emblée, proposé ce type de cercueil pour le moins original. L'homme a démarré sa carrière professionnelle dans le secteur funéraire, travaillant dans plusieurs lieux en France. «J'ai connu différents modèles de gestion d'entreprise, découvert différents us et coutumes régionales», explique-t-il.

Stéphane Baldi propose des cercueils en carton depuis 2017.
Stéphane Baldi propose des cercueils en carton depuis 2017.
Photo: Pascal Mittelberger

Un tiers des familles font le choix du carton

Il a ensuite embrassé d'autres métiers, développé d'autres compétences : pêle-mêle, Stéphane Baldi a été courtier en assurances, a tenu un bureau de tabac, a enseigné la gestion et le webmarketing, a dirigé une agence de communication. Avant, donc, de revenir vers le secteur funéraire, mais en s'y servant de ses expériences passées.

Soit j'arrivais sur le marché sans me démarquer, soit je proposais quelque chose pour être clairement identifié.

Stéphane Baldi, gérant de pompes funèbres

Il n'a toutefois rien inventé. «Le cercueil en carton, cela fait plus de 20 ans que cela existe.» Simplement, il a osé. «En 2017, je suis arrivé dans une ville de 13.000 habitants où il y a quatre commerces de pompes funèbres. Logiquement, les gens vont ceux qui ont le plus d'expérience, qui sont là depuis deux ou trois générations. Pour moi, l'équation était simple : soit j'arrivais sur le marché sans me démarquer, soit je proposais quelque chose pour être clairement identifié.» Ce sera donc le cercueil en carton.


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Évidemment, cela peut heurter les familles les plus «traditionnelles», qui n'y viendront jamais. Surtout dans des régions comme la Moselle où la religion est encore bien présente. Néanmoins, en cinq ans, le produit a trouvé sa place et sa clientèle, si l'on peut parler ainsi. «Aujourd'hui, sur l'ensemble des décès dont je m'occupe, le cercueil en carton est choisi dans 30% des cas», affirme Stéphane Baldi. Une décision prise par les familles des défunts, ou parfois même par une personne avant sa mort et écrite noir sur blanc dans un contrat d'assurance obsèques. 

Moins d'arbres et moins d'euros

Si, à l'heure actuelle, en France, rien n'interdit une inhumation dans un cercueil en carton, ce dernier est le plus souvent choisi pour une crémation. Deux arguments reviennent en priorité. «Des personnes ont la fibre écologique et trouvent stupide d'utiliser un cercueil en bois. D'autres regardent aussi le prix», énumère le gérant de pompes funèbres.

Il est possible de choisir un modèle parmi 120 références ou bien de faire personnaliser le cercueil.
Il est possible de choisir un modèle parmi 120 références ou bien de faire personnaliser le cercueil.
Photo: Pascal Mittelberger

«Les modèles en bois coûtent, en moyenne, entre 1.700 et 2.400 euros, indique-t-il. Pour le carton, tout compris, avec l'urne et une plaque de souvenir, c'est 1.000 euros en moyenne.» Voilà pour l'aspect financier. Côté technique, le cercueil en carton pèse 6kg, peut supporter un poids de 200kg et est fabriqué dans une usine alsacienne qui propose une seule forme, dite «tombeau». C'est la plus courante dans l'est de la France.

Des prêtres m'ont dit que ça ne les dérangeait pas, et que ça ramenait même un peu de couleur.

Stéphane Baldi

Autre atout du modèle en carton: il peut être décoré, personnalisé à moindre coût. Stéphane Baldi propose un catalogue de 120 références, de la couleur unie aux animaux, aux fleurs, aux oiseaux, aux pyramides... Mais, selon la volonté des défunts ou des familles, le cercueil peut aussi être «hyperpersonnalisé», indique le gérant. Un modèle à la carte, qui peut être réalisé par un graphiste. Stéphane Baldi garde ainsi en mémoire le cercueil d'un chauffeur routier, sur lequel figurait un poids lourd et cette inscription sur la remorque : «Bonne route», suivie du nom du défunt.


Gräbersegnungen, Allerheiligen, Friedhof, Cimetiere, Grab, Foto Lex Kleren
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En cinq ans, le patron de pompes funèbres n'a pas rencontré de réticence vis-à-vis du produit qu'il propose. Au contraire. «J'ai même des appels de Metz, de Reims, de Lyon...» Pas de critique formelle non plus de la part d'ecclésiastiques par exemple, quand le cercueil passe par des obsèques dans une église avant la crémation. «J'ai rarement un contact direct avec le prêtre. Mais certains m'ont dit que ça ne les dérangeait pas, et que ça ramenait même un peu de couleur.»

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