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La Wallonie veut mieux se protéger des cyberattaques
Grande Région 7 min. 18.05.2022
Sécurité informatique

La Wallonie veut mieux se protéger des cyberattaques

Le nombre de cyberattaques est exponentiel au Luxembourg et en Belgique.
Sécurité informatique

La Wallonie veut mieux se protéger des cyberattaques

Le nombre de cyberattaques est exponentiel au Luxembourg et en Belgique.
Photo: Getty Images/iStockphoto
Grande Région 7 min. 18.05.2022
Sécurité informatique

La Wallonie veut mieux se protéger des cyberattaques

Mélodie MOUZON
Mélodie MOUZON
Une plateforme interuniversitaire réunissant les acteurs actifs dans le domaine vient d'être lancée. La région souhaite profiter de l'expertise de son voisin luxembourgeois.

«Une cyberattaque, c'est insidieux. Ce n'est pas comme une bombe qui tombe sur un immeuble. On ne la voit pas arriver mais ça peut avoir des conséquences pendant des années...». Axel Legay est professeur à l'Ecole polytechnique de l'UCLouvain en Belgique et spécialiste en cybersécurité. Il y a quelques jours, il a présenté, devant un parterres de professionnels belges du secteur, CyberWal, une nouvelle plateforme interuniversitaire dédiée à la cybersécurité.


anonymous hacker with no face in the darkness, breaks the access to steal information and infect computers and systems. the concept of hacking and cyber war
Le Grand-Duché ciblé par les cybercriminels
Le passage massif au télétravail a fragilisé la protection des données informatiques des entreprises. Une faille dans laquelle "les bandits du web" se sont vite et massivement infiltrés.

Avec ce projet, la Wallonie espère fédérer l’ensemble des acteurs wallons actifs dans le domaine de la cybersécurité et répondre aux besoins de recherche, d’innovation et de formation en la matière. Le consortium regroupe des chercheurs, des universités et hautes écoles, une centaine d'entreprises mais aussi l'armée et la Sûreté de l'Etat. 

Un véritable business

La sécurité digitale est devenue plus importante que jamais car en cas d'attaque informatique, les conséquences, notamment financières, peuvent être dramatiques. Un exemple récent est encore venu le démontrer. Les hôpitaux de l'intercommunale Vivalia en province de Luxembourg en Belgique ont été victimes le week-end dernier d'une importante cyberattaque qui a provoqué de très nombreux embarras, dont l'annulation de différentes opérations.  

Chaque année, la cybercriminalité coûte six mille milliards de dollars à l'économie mondiale. Le phénomène ne cesse de prendre de l'ampleur et est devenu un véritable business, encore amplifié avec la pandémie. 

Le professeur Axel Legay est l'un des spécialistes belges de la cybersécurité.
Le professeur Axel Legay est l'un des spécialistes belges de la cybersécurité.
Photo: UCLouvain

Le Luxembourg n'est d'ailleurs pas épargné. 180.000 tickets ont ainsi été ouverts en 2020 auprès du CIRCL  (The Computer Incident Response Center Luxembourg) pour des incidents liés à des attaques informatiques, contre 100.000 l'année d'avant. Le phishing occupe une place de plus en plus importante dans ces cyberattaques. Cette pratique, qui consiste à voler des données, la plupart du temps sous forme de mails frauduleux, représentait 83% des incidents rapportés au CIRCL en 2020, contre 16% en 2017.

Plus de 370 acteurs 

Au Luxembourg, qui abrite de nombreux acteurs du secteur bancaire et des institutions européennes traitant de données sensibles, cela fait de nombreuses années déjà que la cybersécurité est considérée comme la «colonne vertébrale» de l'économie numérique. Aujourd'hui, l'écosystème de la cybersécurité luxembourgeois est composé de plus de 370 acteurs, qui collaborent activement afin de sensibiliser, protéger et réagir auprès des entreprises du pays en cas d’attaques. Le pays s'est de plus doté d'une stratégie nationale en la matière dont la dernière mouture court jusqu'en 2025.

La réactivité luxembourgeoise dans le domaine de la sécurité informatique fait que le pays se place aujourd'hui dans les exemples à suivre au niveau européen. Et est devenu une source d'inspiration pour les régions voisines, comme la Wallonie.

Les instigateurs de la plateforme CyberWal espèrent, avec ce nouveau projet, pouvoir placer la Wallonie dans le top européen de la cybersécurité.  Petit à petit, la province de Luxembourg voisine devient d'ailleurs un épicentre du développement de la sécurité informatique. Fin avril, le groupe belge Rhea a ainsi annoncé investir 20 millions d'euros à Transinne, à une centaine de kilomètres de Luxembourg-Ville, pour créer un centre d'excellence européen en cybersécurité.   

Créer un écosystème

CyberWal devrait aussi permettre de répondre aux besoins grandissants des entreprises en la matière. «Bien souvent, les sociétés ne savent pas vers qui se tourner pour recruter et vont chercher des talents à l'étranger. C'est dommage», souligne Axel Legay. Les nouvelles directives européennes contraignent aussi les entreprises à adapter leurs activités aux nouvelles normes digitales. Et dans la plupart des cas, elles ont besoin d'être accompagnées.

«L'objectif avec ce consortium est véritablement de créer un écosystème de la cybersécurité et de collaborer ensemble pour construire des projets. Car s'il existe actuellement un engouement autour du spatial et de la cybersécurité en Europe, tout est morcelé. Pour avoir plus de poids, il faut se rassembler et communiquer.»

Pour grandir, le nouveau consortium CyberWal lorgne déjà bien au-delà des frontières wallonnes. Et notamment vers le Luxembourg. «En matière de cybersécurité, il n'y avait rien au Grand-Duché il y a quelques années. Mais de gros investissements ont été réalisés depuis, ce qui fait que le Luxembourg, comme l'Estonie ou la Lituanie, est aujourd'hui un des acteurs qui comptent dans le domaine», affirme Axel Legay, en citant par exemple le LIST (Luxembourg Institute of Science and Technology). 

 En matière de cybersécurité, il est tout à fait possible pour des petits pays d'en concurrencer de plus grands.

Axel Legay, spécialiste en cybersécurité

«Pour des petits pays comme les nôtres, il est important de collaborer. En matière de cybersécurité, la notion de territoire n'est pas importante puisqu'on ne s'arrête pas aux frontières. Il est donc tout à fait possible pour des plus petits pays d'en concurrencer de plus grands.»

Différentes collaborations avec les voisins luxembourgeois sont prévues dans les prochains mois, dont une visite à l'université de Luxembourg, où est organisé un master en information system security management, et un événement axé sur la cybersécurité sur le territoire grand-ducal. «Ce sera notre premier événement international. C'était important pour nous qu'il se tienne au Grand-Duché».


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