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La grande lessive des socialistes wallons
Grande Région 4 min. 07.10.2019

La grande lessive des socialistes wallons

Elio Di Rupo et le gouvernement wallon ont annoncé avoir pris trois arrêtés cassant les ventes, par Nethys, de ses parts dans plusieurs sociétés.

La grande lessive des socialistes wallons

Elio Di Rupo et le gouvernement wallon ont annoncé avoir pris trois arrêtés cassant les ventes, par Nethys, de ses parts dans plusieurs sociétés.
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Grande Région 4 min. 07.10.2019

La grande lessive des socialistes wallons

Pour éviter un nouveau scandale «Publifin», le gouvernement Di Rupo met au pas les milieux d’affaires liégeois.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) «Game Over» pour Le Soir. «Le bras de fer commence»  pour La Meuse. «Le gouvernement wallon force le conseil d’administration de Nethys à la démission», titre encore L'Avenir lundi matin. Toutes ces unes résonnent comme le début d'une guerre, celle que l'exécutif wallon s'apprête à faire à Nethys, le bras opérationnel de l’intercommunale liégeoise Enodia.

Dimanche en journée, le gouvernement wallon a annoncé avoir pris trois arrêtés cassant les ventes, par Nethys, de ses parts dans plusieurs sociétés. Soit dans le câblodistributeur Voo (que rachèterait sous conditions un fonds de placement américain nommé Providence), dans la société d’énergie éolienne Elicio et dans la firme de services informatiques Win.

Démissions en série

La décision a été annoncée par le ministre de tutelle, le socialiste Pierre-Yves Dermagne, flanqué d’

Elio Di Rupo

, président du PS sortant et nouveau ministre-président wallon.

Cette annonce a conduit aussitôt à la démission des administrateurs d’Enodia.

Les socialistes pris la main dans le sac

Pour comprendre cette affaire et son poids politique, il faut revenir en décembre 2016 lorsqu'éclate le scandale Publifin. Publifin est une intercommunale liégeoise dont on découvre alors qu’elle rémunère grassement et en toute opacité des mandataires politiques en échange d’une présence minimale – voire inexistante - à son conseil d’administration. Ces mandataires sont essentiellement issus du PS.

Les socialistes sont pris une fois encore la main dans le sac, en dépit des promesses d’Elio Di Rupo d’assainir le parti, d’en finir avec les «parvenus». Dans la foulée, les «rouges» perdent le pouvoir en Région wallonne. Les humanistes du CDH, qui craignent à leur tour d’être emportés par le scandale, s’allient aux libéraux de Willy Borsus

 


En attendant Paul Magnette
Sauf surprise, le «héros du Ceta» sera le prochain président du Parti socialiste belge francophone.L’actuel bourgmestre de Charleroi a déposé officiellement sa candidature.

Cependant, le 26 mai dernier, les socialistes remportent vaille que vaille les élections et reprennent les commandes à Namur. Tout semble rentrer dans l’ordre…

Mais en septembre, la presse révèle que Nethys, le bras opérationnel de l’intercommunale Enodia, a vendu quelques mois auparavant trois de ses filiales (Voo, Win, Elicio) dans une discrétion totale. Sans en informer apparemment les administrateurs de l’intercommunale.

Or Enodia n’est autre que Publifin, rebaptisée après avoir été prétendument «nettoyée». L’affaire revient comme un boomerang à la une de l’actualité.

Décisions cassées

Le monde politique wallon accuse le coup. Il s’aperçoit que Stéphane Moreau, un homme d’affaires membre du Parti socialiste qu’il a fini par quitter contraint et forcé, est passé outre les consignes en orchestrant la vente de ces filiales sans en référer au représentant de l’autorité publique.

Dimanche, le ministre Pierre-Yves Dermagne a assuré que le Code de la démocratie locale n’avait pas été respecté et qu’il n’avait d’autre choix que de casser ces décisions, «prises en violation de la loi et contraires à l’intérêt communal». Stéphane Moreau est en outre accusé d’avoir cherché à vendre deux filiales de Nethys, la société qu’il dirige, à une autre société… dans laquelle il comptait investir.

Risque d’«une ou plusieurs infractions pénales»

Le gouvernement wallon va plus loin, explique Le Soir lundi matin: «Il reproche à Nethys de ne pas avoir mis les actifs Win (services informatiques) et Elicio (éolien) en concurrence pour en tirer le meilleur prix, en n’examinant qu’un seul scénario de vente: celui d’un rachat de ces deux sociétés par l’homme d’affaires François Fornieri, via sa société fraîchement créée Ardentia.»

François Fornieri est aussi le CEO de Mithra, une entreprise liégeoise versée dans la biotechnologie. Celle-ci vient de réaliser le plus important contrat de son histoire avec la société australienne Mayne Pharma pour la commercialisation de son contraceptif oral Estelle aux États-Unis. Chiffre d’affaires estimé: 4,5 milliards d’euros.

Risque d'infractions

Cette fois, la grande lessive semble bien avoir commencé. Le nouveau gouvernement wallon, coalition rassemblant les socialistes, les libéraux et les écologistes, veut s’éviter toute accusation de collusions. Le PS a pris les commandes, peu disposé à s’entendre faire la leçon par Ecolo qui a fait de la bonne gouvernance l’un de ses mantras.

Dimanche, Elio Di Rupo a précisé que les «éléments sont tels qu’un dossier a été transmis au parquet fédéral». Il  y voit un risque d’«une ou plusieurs infractions pénales».


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