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La fin de vie contrariée des centrales nucléaires belges
Grande Région 3 min. 25.09.2020

La fin de vie contrariée des centrales nucléaires belges

La Belgique doit pouvoir se passer de ses centrales nucléaires à l'horizon 2025 mais les solutions de rechange sont peu nombreuses.

La fin de vie contrariée des centrales nucléaires belges

La Belgique doit pouvoir se passer de ses centrales nucléaires à l'horizon 2025 mais les solutions de rechange sont peu nombreuses.
Photo: Reuters
Grande Région 3 min. 25.09.2020

La fin de vie contrariée des centrales nucléaires belges

Le prochain gouvernement s’engagerait à fermer Doel et Tihange en 2025, sous certaines conditions. Un dossier qui risque de faire débat.

De notre correspondant, Max Hellef (Bruxelles) - Les sept partis composant le futur gouvernement Vivaldi se sont remis autour de la table de négociations jeudi, avec la volonté affichée d'oublier les tensions du week-end dernier. Si tout se passe bien, la Belgique devrait avoir une nouvelle coalition à sa tête le 1er octobre. Les deux formateurs – le socialiste Paul Magnette et le libéral Alexander de Croo – se rendront chez le roi lundi pour faire rapport. Le nom du Premier ministre devrait alors être connu. Et tout sera dit. Ou, plutôt, tout commencera vraiment.


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A lire le brouillon du programme de la Vivaldi, il y a lieu notamment de se demander comment la Belgique pourra se passer de ses centrales nucléaires à l’horizon 2025.

Les Verts (Ecolo/Groen) ont en effet arraché à leurs partenaires de coalition la promesse que la loi prévoyant la fin de l’atome en 2025 serait effectivement appliquée – avec le bémol que « l’impact éventuel sur la facture des citoyens et des entreprises sera neutralisé ». Cela malgré les tensions qui ont longuement agité l'ex-gouvernement Michel autour du dossier énergétique et qui devraient se répéter sous l'impulsion de partis au pouvoir sous l'ancienne législature. Et malgré la rénovation récente de vieilles centrales pourtant atteintes par la limite d’âge. La loi de 2003 avait alors été amendée pour en encadrer la prolongation.

Toutefois, on voit mal quelle alternative pourrait permettre de remplacer à court terme la puissance cumulée de 6 GW fournie par les centrales nucléaires d'Engie, soit la moitié de l’électricité belge. Si des progrès ont été accomplis en matière d’énergies renouvelables via le photovoltaïque aux particuliers et la création de parcs éoliens (notamment off shore),  il devrait manquer au pays 3,9 GW pour couvrir ses besoins. L'importation d'électricité ne suffira pas à combler ce manque. La construction de centrales au gaz pourrait y suppléer.

Vers un bras de fer région-fédéral

Le problème est que ces centrales polluent. Or, le nouveau gouvernement s’engagerait sous la pression des Verts à une diminution de 55% des gaz à effet de serre d'ici 2030 et à la liaison au Green Deal européen. Autre impératif: le temps. Un premier réacteur devrait être fermé en octobre 2022, selon le calendrier fixé. D'où un plaidoyer venus de différents milieux – Engie, des patrons, des intellectuels -  pour que deux réacteurs (Doel 4 et Tihange 3) soient prolongés pour dix ou vingt ans, afin de ne pas priver complètement le pays d'une électricité décarbonée.

A toutes ces contingences, il faut ajouter la guerre en préparation dans les travées de la Chambre où une empoignade permanente entre la nouvelle majorité et une opposition particulièrement féroce est annoncée. La N-VA de Bart De Wever a déjà averti qu'elle n'adaptera pas le plan climat flamand si la Vivaldi vient à planifier la fermeture des centrales nucléaires. 


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«Ils doivent nous prendre en compte. Si le gouvernement fédéral veut construire des centrales au gaz, il doit demander des autorisations à la Flandre», a lancé la ministre régionale de l’Energie Zuhal Demir (NV-A). Et ce dernier d'ajouter: «Nous avons dit que la facture énergétique n'augmentera pas et je m'y tiendrai».

Cette vieille promesse nationaliste flamande devrait tenir lieu d'axe central du dossier énergétique dans les années à venir. En Belgique, la mise en place des plans «climat» passe par les Régions. Or, la N-VA est à la tête du gouvernement flamand. Elle ne fera pas de cadeau au nouvel exécutif fédéral dont elle sera absente. Les centrales ont sans doute encore de beaux jours devant elles...

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