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La Belgique épinglée par l’ONU
Grande Région 3 min. 19.08.2019

La Belgique épinglée par l’ONU

La Belgique épinglée par l’ONU

Photo: Shutterstock
Grande Région 3 min. 19.08.2019

La Belgique épinglée par l’ONU

Les Nations unies reprochent au royaume d’avoir privé des roms de leur droit au logement au terme d’une opération policière.

Max HELLEFF (Bruxelles) - En mai dernier, une vaste opération policière avait été menée à travers toute la Belgique afin de démanteler une organisation criminelle suspectée d’escroquerie en lien avec la vente de voitures sur le web. Des roms et plusieurs bandes itinérantes avaient été visés. Dans un premier temps, ce sont surtout les moyens mis en place qui avaient surpris : près de 1.200 agents sur le pied de guerre. 

Immédiatement, les roms avaient dénoncé l’opération. Une trentaine de suspects avaient été mis sous les verrous pour des faits relatifs à l’escroquerie et au blanchiment d’argent. Mais c’est davantage le fait qu’une cinquantaine de personnes se retrouvent sans domicile qui avait mobilisé les manifestants rassemblés le 8 mai devant le palais de Justice de Bruxelles.

Du racisme anti-rom

Magistrats et policiers n’y étaient en effet pas allés de main morte: 90 véhicules avaient été saisis. Bien plus encore, autant de caravanes avaient été emportées, laissant des dizaines de personnes sans domicile, adultes comme enfants. De nombreux comptes en banque avaient aussi été bloqués.

La communauté rom n’en a pas démordu au cours des trois derniers mois: la Belgique n’a pas visé à travers cette opération policière une organisation criminelle pour ses agissements délictueux, mais une communauté tout entière. Des accusations de racisme anti-rom ont resurgi ici et là, notamment dans la presse.

Une action disproportionnée

Les Nations unies viennent de donner raison à la communauté rom. Les rapporteurs de l’ONU s'inquiètent en particulier des conséquences des saisies de 90 caravanes, équivalent « à une expulsion forcée, une grave violation du droit à un logement convenable et à d'autres droits de l'homme, interdite par le droit international».

Ils suivent ainsi l’avocat des roms, Alexis Deswaef, ancien président de la Ligue des droits de l’Homme, qui avait dénoncé une disproportion entre les faits reprochés et les mesures prises par la justice belge. «En effet dans le cadre de l’opération policière et de l’enquête, il n’y aurait pas eu de prise en considération de l’utilisation des caravanes en tant que logement principal par la minorité des gens du voyage», continue l’ONU.

  L’opération ne visait pas une minorité 

L’Etat belge se serait bien passé de cette publicité. Toutefois, plutôt que de jouer la montre et de répondre par la langue de bois, il a choisi cette fois de répliquer immédiatement. En insistant sur la gravité des délits commis et le fait qu’ils ne concernent pas la seule communauté rom.

« L’opération (policière et judiciaire) ne visait pas une minorité des gens du voyage mais bien une organisation criminelle structurée internationalement», peut-on lire dans une lettre adressée par la Belgique à l’ONU. La Belgique souligne ainsi que «la corruption publique et privée» engendrée par l’organisation criminelle «a nécessité des perquisitions dans un ministère fédéral, dans plusieurs commissariats de police, dans une étude notariale  et enfin dans une banque».  

Des biens déjà vendus

Une fonctionnaire du ministère de la Mobilité aurait avoué avoir été rémunérée pour fournir des plaques d’immatriculation frauduleusement.  Un notaire bruxellois a par ailleurs été arrêté. Il est soupçonné d’avoir blanchi l’argent obtenu lors de «malversations présumées liées à la vente de véhicules sur Internet». 

L’avocat des gens du voyage accuse pour sa part la justice belge d’avoir vendu une partie des biens saisis, avant même l’issue de l’enquête judiciaire.