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La Belgique en eaux stagnantes
Grande Région 3 min. 06.09.2019

La Belgique en eaux stagnantes

Charles Michel en compagnie du président lituanien Gitanas Nauseda.

La Belgique en eaux stagnantes

Charles Michel en compagnie du président lituanien Gitanas Nauseda.
Photo: AFP
Grande Région 3 min. 06.09.2019

La Belgique en eaux stagnantes

A défaut d'avoir un nouveau gouvernement, le pays s’apprête à faire face à une situation budgétaire difficile.

Par Max Helleff

Cette fois, le caricaturiste Pierre Kroll a choisi de traiter l’actualité en mode surprise. «Quoi déjà?», s’étonne un Charles Michel vite croqué. «Ils ont fait ça en 15 jours?», renchérit à ses côtés Elio Di Rupo. «Ça», c’est le nouveau gouvernement italien de Giuseppe Conte qui, après un mois de crise politique «seulement», a prêté serment jeudi.

Giuseppe Conte a annoncé la formation de son gouvernement mercredi 4 septembre dernier.
Giuseppe Conte a annoncé la formation de son gouvernement mercredi 4 septembre dernier.
Photo: AFP

Mais en Belgique, rien de tout cela. Le cap des cent jours après les élections du 26 mai vient d’être passé sans que la moindre coalition fédérale n’ait été esquissée. Le pays est toujours dirigé par le gouvernement Michel II, en affaires courantes et en minorité à la Chambre (38 députés sur 150). Au plan régional, la Flandre et la Wallonie n’ont pas davantage d’exécutif.

«Il faut que les partis se parlent»

Le royaume semble flotter en eaux stagnantes. Le risque d’une tempête n’est pourtant pas moindre. La Commission européenne regarde le budget belge – en plein dérapage – avec appréhension. Selon des indiscrétions relayées par la presse, elle attend de pied ferme la formation d’un gouvernement, non seulement pour les questions budgétaires, mais aussi pour respecter ses autres recommandations en matière d’emploi, d’investissements et de compétitivité.


Belgium's Asylum and Migration State Secretary Theo Francken speaks during an interview with Reuters in Brussels, Belgium, May 11, 2017. REUTERS/Francois Lenoir
La frénésie anti-immigration du gouvernement Michel
La coalition belge au pouvoir ces derniers mois, dite « suédoise », a beaucoup légiféré en matière migratoire, sans trop s’embarrasser de l’avis de la société civile.

Pour la ministre du Budget, la libérale Sophie Wilmès, «seul un gouvernement de plein exercice peut prendre en charge la situation budgétaire de manière efficace (…) Il faut que les partis se parlent. Je ne parlerais pas de crise au niveau budgétaire, mais qu’il y ait urgence, c’est certain».

Gouvernement «bourguignon»

Le nœud du problème, rappelons-le, réside dans l’incapacité des deux principaux partis à trouver un terrain d’entente. La N-VA nationaliste flamande de Bart De Wever a toujours considéré les socialistes francophones comme infréquentables, responsables de tous les maux de la Wallonie et de la Belgique fédérale. Pour le PS d’Elio Di Rupo, le confédéralisme de la N-VA est synonyme à terme de destruction du pays au profit des intérêts de la Flandre.

Si un certain assouplissement dans les relations entre les deux partis a pu être perçu, sur le terrain rien n’est fait. Lundi, les deux informateurs royaux rendront à nouveau rapport. La piste privilégiée par le socialiste flamand Johan Vande Lanotte et le libéral francophone Didier Reynders resterait la formation d’un gouvernement «bourguignon».

Un gouvernement avant novembre?

«Bourguignon», car les couleurs des partis qui pourraient diriger demain la Belgique composent le drapeau de la Bourgogne. Soit la N-VA de De Wever, le PS de Di Rupo, les libéraux flamands et francophones. Avec en appui, les chrétiens-démocrates ou les socialistes flamands. Un tel gouvernement aurait le mérite d’intégrer la dimension nationaliste flamande et son électorat, tout en laissant les ultranationalistes du Vlaams Belang (extrême droite) dans l’opposition.


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Rien n’est donc perdu. Le Premier ministre sortant Charles Michel ne désespère pas d’avoir un gouvernement «avant novembre». Les oracles qui prédisent à la Belgique un délai de formation gouvernementale supérieur à 541 jours - le «record» établi en 2011 par Elio Di Rupo - en seraient ainsi pour leurs frais.

Mais avant, nationalistes flamands et socialistes wallons tiennent visiblement à former les exécutifs régionaux. Un nouveau gouvernement flamand serait annoncé le 23 septembre. En Wallonie, le PS d’Elio Di Rupo et le MR de Charles Michel s’attellent à renouer le dialogue, le premier devant faire comprendre à sa base qu’il est encore possible de gouverner avec le second en dépit des coups de canifs portés à l’Etat providence.

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