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«Ici, il existe un certain potentiel de criminalité»
Grande Région 8 min. 08.11.2022
Bus supprimés vers Mont-Saint-Martin

«Ici, il existe un certain potentiel de criminalité»

Pour le responsable du réseau RGTR, «cette situation est tout simplement inacceptable»
Bus supprimés vers Mont-Saint-Martin

«Ici, il existe un certain potentiel de criminalité»

Pour le responsable du réseau RGTR, «cette situation est tout simplement inacceptable»
Photo: Guy Jallay
Grande Région 8 min. 08.11.2022
Bus supprimés vers Mont-Saint-Martin

«Ici, il existe un certain potentiel de criminalité»

Thomas BERTHOL
Thomas BERTHOL
Caillassage, agressions et menaces répétées envers les chauffeurs ont poussé le ministère des Transports à supprimer le 19 septembre les lignes transfrontalières 703 et 732 en direction de Mont-Saint-Martin.

«Des chauffeurs de bus ont été agressés, il y a eu également des tirs sur les bus. Nous ne pouvions plus assurer la sécurité des conducteurs et des passagers.» Pour Alex Kies, directeur de l'administration des transports publics, la suspension des lignes transfrontalières des bus RGTR 703 et 732 vers Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle) devenait nécessaire suite aux incidents constatés en août et en septembre dernier dans cette commune française proche de Pétange.

Les lignes vers cette destination posent problème depuis des années

Alex Kies, directeur de l'administration des transports publics

Depuis le 19 septembre, tous les départs de ces lignes fixés après 18h30 ont été supprimés. À la demande du réseau RGTR, une rencontre devrait avoir lieu dans les prochains jours entre ses représentants et la mairie de Mont-Saint-Martin mais pour l'heure, aucune date n'a encore été fixée.

«Les lignes vers cette destination posent problème depuis des années, mais c'est devenu plus grave, explique Alex Kies. Les incidents se sont multipliés. Les chauffeurs ne s'y sentent plus en sécurité et ne veulent plus y conduire. Nous avons donc décidé de ne plus y circuler le soir.» S'il reconnaît que cette décision perturbe le trajet des passagers, notamment des frontaliers, il estime que la commune doit prendre des mesures. «Dans la situation actuelle la sécurité prime sur l'offre proposée...»

Agressions, pavés et pistolets... 

Quelles solutions pourraient être mises en place selon lui? «Je ne sais pas vraiment ce qu'ils peuvent faire, c'est très difficile. Il y a plusieurs possibilités comme de ne plus desservir certains arrêts.»

Les cabines de bus seraient-elles une solution pour protéger les chauffeurs dans ce dossier? Le réseau RGTR prévoit d'installer à l'avenir ces habitacles sur  les nouvelles lignes. «Je ne sais pas si ça peut résoudre le problème dans ce cas-ci, parce qu'il y a aussi des agressions envers les passagers et c'est aussi important de les protéger. Il y a également eu des tirs sur les cars avec des pistolets à air comprimé. Récemment, un tel incident s'est encore produit brisant la fenêtre du chauffeur», déplore Alex Kies. «Des pavés ont même été lancés», renchérit Paul Gloutchitski, secrétaire transports au LCGB.

Ce n'est pas une zone de non-droit. C'est le fait de sept ou huit gosses, c'est ça le problème et à cause de ça on arrête une ligne d'autobus!

Serge De Carli (maire de Mont-Saint-Martin)

Pour le responsable du réseau RGTR, «cette situation est tout simplement inacceptable». Il ne manque pas de rappeler qu'il est déjà difficile de recruter actuellement des chauffeurs de bus: «S'il faut conduire sur de telles lignes, ça n'encourage pas non plus le recrutement de candidats.»

Alex Kies souligne que «ces problèmes d'agression ne sont rencontrés que sur la ligne de Mont-Saint-Martin» et cela «depuis des années» et «pas sur les autres lignes RGTR à destination d'autres communes françaises». «À Mont-Saint-Martin, il existe un certain potentiel de criminalité. Et ça ne concerne pas seulement les transports.»


Diana Santos tinha 40 anos e era natural do Porto.
Le corps de Diana sera autopsié au Luxembourg
Ce n'est qu'après l'expertise médico-légale au Grand-Duché que le corps sera transféré à la famille au Portugal, selon nos confrères de Contacto.

Un problème de criminalité à Mont-Saint-Martin? Serge De Carli, maire de la commune, réfute ce terme: «Ce n'est pas une zone de non-droit. C'est le fait de sept ou huit gosses, c'est ça le problème et à cause de ça on arrête une ligne d'autobus!» Il répond également que les problèmes de criminalité n'existent pas que dans sa commune. À ce sujet, Serge De Carli revient également sur le traitement de l'affaire Diana par certains médias: «Il y a quelque temps, on nous a collé sur le dos le décès d'une femme dépecée. Elle n'a pas été assassinée à Mont-Saint-Martin, mais ailleurs, sauf que son corps y a été déposé et ça fait un mal énorme à notre commune.»

Quelles solutions alternatives avant de résoudre le problème?

Serge De Carli, membre du parti communiste français, défend sa ville «jeune et  dynamique qui crée de l'emploi». «On tient cette ville, c'est une commune populaire avec 45 nationalités d'origines diverses qui vivent en paix. Tout cela, ça génère de temps en temps des soucis, oui», concède l'intéressé.

«Il n'y a pas de quartiers de non-droit», souligne le maire Serge de Carli.
«Il n'y a pas de quartiers de non-droit», souligne le maire Serge de Carli.
Photo: D. R.

Ce dernier reconnaît que le quartier du Val Saint-Martin, où réside une population défavorisée, pose notamment problème: «Nous avons des médecins, des travailleurs, mais il y a aussi des difficultés que l'on ne nie pas et pour lesquelles on a toute une panoplie de services sociaux, éducatifs, culturels et d'accompagnement depuis très longtemps. Je souhaite qu'on maintienne les services dans le quartier parce qu'il n'y a pas de quartiers de non-droit. Les 95% de la population n'ont pas à subir les conséquences d'actes d'incivilité commis par quelques mineurs. On s'occupe de tout ça, les services de l'Etat sont informés.» 

Le maire propose comme solution alternative de déplacer les arrêts de bus, en l'occurrence de ne plus faire rentrer les cars dans le quartier concerné, mais qu'ils s'arrêtent à quelques centaines de mètres de là, boulevard de Metz.

«J'appelle de mes vœux une discussion pour qu'on avance à la fois sur la problématique des incivilités, mais qu'en attendant on ne tire pas un trait directement sur la ligne et qu'on continue à assurer le service, car les gens n'y sont absolument pour rien.» 

Serge De Carli regrette avoir appris la suppression des lignes RGTR vers sa commune dans un courrier envoyé par le ministre de la Mobilité François Bausch (déi gréng): «J'étais mis devant le fait accompli, ce n'est pas comme ça que je travaille. Sur de tels sujets, cela passe par le dialogue. On aurait pu assurer la sécurité des chauffeurs en détournant la ligne» Le politicien français fait remarquer que le Luxembourg se tire en réalité lui-même «une balle dans le pied»: «Je pense que les entreprises qui accueillent le personnel ne sont pas satisfaites, donc tout le monde se tourne vers moi. Mais je ne suis pas à la source du problème.»

«Un pansement sur une jambe de bois»

Alex Kies assure de son côté qu'il était nécessaire d'interrompre la ligne vers Mont-Saint-Martin compte tenu de la situation actuelle, mais qu'il n'est pas question d'y mettre définitivement fin: «Il ne s'agit pas de faire des économies, mais de garantir la sécurité, ce que nous sommes pas en mesure de faire et ça pose un grand problème. Nous ne sommes pas responsable dans ce coin, en cas d'agression sur le sol luxembourgeois nous pouvons travailler avec nos autorités. Ici, nous avons besoin des mesures françaises.» Une piste envisagée par Serge De Carli pour régler cette situation serait notamment de mettre en place des agents de sécurité à bord des bus qui pourraient identifier les agresseurs.

S'il y a un problème à midi, on va supprimer cette ligne complètement à midi?

Paul Gloutchitski (secrétaire transport LCGB)

Le LCGB, syndicat majoritaire dans les transports luxembourgeois, réclame une telle option depuis plusieurs mois. «On connaît les lignes qui sont plus ou moins sensibles. On connaît aussi les jours ou c'est un peu plus compliqué», souligne Paul Glouchitski. Pour ce dernier, un tel dispositif doit être mis en place sur les lignes sensibles en attendant «le déploiement définitif des cabines de bus». «C'est un problème qui aurait pu être traité vraiment en profondeur et qui aurait rassuré et protégé aussi bien les chauffeurs que les usagers».

La décision du ministère d'interrompre les lignes RGTR après 18h30 vers Mont-Saint-Martin «ne fait que contourner le problème» selon le syndicaliste. «C'est comme si vous mettez un pansement sur une jambe de bois. S'il y a un problème à midi, on va supprimer cette ligne complètement à midi? Mais que fera-t-on de ces lignes au Luxembourg, si ça arrive? Plus aucun bus ne circulerait alors!»

Contrairement au directeur du réseau RGTR, Paul Glouchitski ne considère pas que Mont-Saint-Martin soit une exception. Pour preuve selon lui, «il y a près de trois mois, un chauffeur s'est fait agresser à Yutz». Et cette problématique ne concerne pas uniquement la France. «Il ne faut pas qu'on se cache derrière les lignes transfrontalières, ce phénomène existe aussi au Luxembourg. Il y a quelques semaines, un chauffeur s'était fait agresser au couteau...»  

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