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«En santé, la Grande Région doit devenir exemplaire»
Grande Région 8 min. 04.05.2022
Coopération transfrontalière

«En santé, la Grande Région doit devenir exemplaire»

Le projet COSAN ambitionne de voir naître une libre circulation des patients, sans obstacle administratif ni financier, au sein de la Grande Région.
Coopération transfrontalière

«En santé, la Grande Région doit devenir exemplaire»

Le projet COSAN ambitionne de voir naître une libre circulation des patients, sans obstacle administratif ni financier, au sein de la Grande Région.
Photo: Lex Kleren
Grande Région 8 min. 04.05.2022
Coopération transfrontalière

«En santé, la Grande Région doit devenir exemplaire»

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Améliorer l'accès aux soins tout en renforçant l'attractivité du territoire pour les soignants, c'est ce que permettrait davantage de coopération autour de la santé entre le Luxembourg, la France, l'Allemagne et la Belgique.

Côté santé, les habitants de la Grande Région sont loin d'être tous logés à la même enseigne. Les disparités qui existent entre les territoires ruraux et urbains se retrouvent également de part et d'autre des frontières, où les délais d'attente et les offres de soins peuvent différer. Et si ces inégalités territoriales pouvaient être lissées, afin d'offrir la meilleure offre possible à l'ensemble de la population?


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C'est le pari défendu par le projet COSAN, qui vise à développer la coopération transfrontalière en santé dans la Grande Région. Une coopération sanitaire qui a connu un véritable coup d'accélérateur malgré elle durant la pandémie de covid-19, avec les transferts de patients entre les différents hôpitaux, par exemple. «La santé est devenue importante, préoccupante, notamment pour la population, mais également pour les systèmes de santé de chaque pays ainsi que les professionnels», appuie Henri Lewalle, coordinateur du projet COSAN.

Pour souligner cette avancée en matière de coopération, mais également construire l'après-crise sanitaire, docteurs, élus, spécialistes, chercheurs ou encore fonctionnaires se sont donné rendez-vous le jeudi 28 avril à Metz, dans le cadre d'un séminaire. Son objectif: réfléchir autour des axes de résilience des systèmes de santé dans la Grande Région.

Une série de recommandations

Et sur le sujet, les idées ne manquent pas. Il faut dire qu'Henri Lewalle a fait de la coopération sanitaire transfrontalière son combat depuis maintenant 30 ans. «Nous souhaitons faire un pas un avant, pour faire de la Grande Région une région modèle en matière d'accès aux soins», explique l'intéressé.


La réforme du système de santé se prépare
Initiée quelques mois avant le début de la pandémie pour tenter de pallier les lacunes actuelles, la table ronde Santé a initié à ce jour 13 projets, tous voués à réformer le système actuel. Tour d'horizon des changements à venir.

Au fil de la journée, les invités se sont succédé pour présenter leurs travaux, qu'il s'agisse de résultats de recherches, de comptes-rendus sur la gestion de la crise sanitaire, ou de témoignages par rapport à des opérations menées sur le terrain. Un partage de connaissances ayant pour but d'aboutir à une série de recommandations à l'attention des dirigeants politiques.

Parmi les expériences évoquées, se trouve notamment le territoire de santé transfrontalier créé en 2008 entre le nord de la Meurthe-et-Moselle et la province de Luxembourg en Belgique. Sur cette zone géographique définie, le SMUR (Service mobile d'urgence et de réanimation) de l'hôpital de Mont-Saint-Martin traverse la frontière pour sauver des vies depuis bientôt 15 ans. 

«Pour mettre en place ce système, nous avons réfléchi aux bénéfices pour le patient, mais pas seulement. Il a également fallu établir le niveau de collaboration souhaité entre les deux pays, et évaluer l'impact de cette implication opérationnelle sur les structures hospitalières», explique le docteur Bruno Maire, président d'Est-Rescue. Ce dispositif permet des gains de temps d'intervention de plusieurs minutes. Un atout non négligeable lors d'urgences comme les arrêts cardiaques, lors desquelles chaque minute compte.

Jusqu'à 20 minutes de gain

Et si le dispositif s'étendait tout au long des frontières que comportent les quatre pays de la Grande Région? A force de cartes et de tableaux fournis, le docteur Bruno Maire démontre que ces gains de temps pourraient être considérables dans certaines localités particulièrement rurales, ou tout simplement plus proches d'un hôpital situé au-delà des frontières de son propre pays. 

Au Luxembourg, le SMUR de Mont-Saint-Martin interviendrait ainsi à Rodange avec plus de sept minutes d'avance sur le SAMU d'Esch-sur-Alzette. Au nord-est du pays, les habitants des communes de Harlange, Doncols, ou encore de Tarchamps gagneraient toutes à être prises en charge par le service médical d'urgences de Bastogne, résolument plus proche géographiquement que celui d'Ettelbruck, avec parfois, jusqu'à 20 minutes de gain de temps.

La déclinaison de ce dispositif fait donc partie des recommandations adressées par le projet COSAN à l'intention des politiques. Mais dans cette liste détaillée, on retrouve également la création d'un observatoire grand-régional de santé. En cette institution seraient centralisées les données sur l'état de santé des populations, l'offre de soins disponible, mais également des flux de patients. Son objectif: permettre de mener des travaux d'aide à la décision des autorités sanitaires de la Grande Région.

Plus largement, le projet COSAN ambitionne de voir naître une libre circulation des patients, sans obstacle administratif ni financier, au sein de la Grande Région. Concrètement, les habitants du territoire pourraient ainsi se rendre, sans autorisation médicale préalable, dans un établissement hospitalier ou chez un professionnel de santé afin de recevoir ses soins. Ces derniers seraient facturés au tarif du pays où sont dispensées les prestations, tandis que la sécurité sociale du pays d'affiliation du patient sera chargée du remboursement des soins.

Sans créer de nouveaux lits, nous pouvons articuler l'offre existante sur le territoire, et le rendre ainsi plus attractif pour les médecins.

Henri Lewalle, coordinateur du projet COSAN

Ce fonctionnement est déjà permis dans le cadre des Zones organisées d'accès aux soins transfrontaliers (ZOAST), dont la version LuxLor réunit déjà les structures hospitalières d'Arlon, Virton, Mont-Saint-Martin, et plus récemment le Centre Hospitalier Emile Mayrisch d'Esch-sur-Alzette. «L'objectif est de construire une offre de soin de proximité pour les patients du territoire, entre ces hôpitaux qui sont à 20 kilomètres les uns des autres. Sans créer de nouveaux lits, nous pouvons articuler l'offre existante sur le territoire, et le rendre ainsi plus attractif pour les médecins», résume Henri Lewalle.


«Nous sommes presque à la fin de l'épidémie de grippe»
Epidémiologiste au sein de la direction de la Santé, Joël Mossong est spécialiste de la propagation des virus. Il explique pourquoi cette année l'épidémie a été aussi tardive au Grand-Duché et sur l'importance générale de la vaccination.

Mais pour appliquer l'ensemble de ces idées, la Grande Région doit avant tout se doter d'une base juridique. Ce point figure également dans la liste de recommandations formulées par les membres du projet. Afin de développer les collaborations sanitaires entre les différents versants frontaliers, les accords-cadres sont indispensables. Le premier, entre la Belgique et le Luxembourg, devrait bientôt voir le jour, alors que les ministres de la Santé des deux pays en avaient déclaré leur intention commune le 31 août 2021, lors d'une réunion intergouvernementale.

Des intérêts multiples

«La balle est désormais dans le camp politique», estime Henri Lewalle. «Nous avons fait notre travail de réflexion, de créer un mécanisme d'opportunités qui est utile pour les patients, les hôpitaux, et les soignants. Il est désormais temps de passer au stade de la décision.» 


Hors programme de dépistage, les délais s'allongent avant d'avoir rendez-vous.
Jusqu'à un an et demi d'attente pour une mammographie
Si les temps d'attente pour une mammographie se sont considérablement réduits dans certains hôpitaux, ce n'est pas le cas partout au Luxembourg.

Alors, cette décision à l'échelle de la Grande Région, c'est pour bientôt? «Cela reste encore une grande inconnue», répond Henri Lewalle. Mais aux yeux du coordinateur du projet COSAN, les intérêts des Etats à se pencher sur le sujet sont multiples. Prenons l'exemple des mammographies au Luxembourg, pour lesquelles le temps d'attente pour obtenir un rendez-vous peut aller jusqu'à un an et demi. «Le Grand-Duché, comme tout autre pays, a tout intérêt à donner la possibilité aux patientes de passer cet examen dans un pays voisin où les temps d'attente sont moindres.»

Parmi les intérêts cités par Henri Lewalle: l'économie réalisée sur l'achat du matériel, la possibilité de soigner davantage de patientes, ainsi que l'augmentation du taux de dépistage rapide de cancers. «Au-delà de sauver des vies, cela coûte beaucoup moins cher au système de santé qu'un traitement lourd. Maintenant, c'est une question de conviction et d'agenda. Est-ce que la coopération transfrontalière en matière de santé est dans les priorités des gouvernements?» 

Une question à laquelle le projet COSAN espère apporter une réponse différente dès la fin de l'année 2022, qui signe la fin de la présidence française de la Grande Région. A l'occasion, un point d'étape sera organisé pour témoigner l'état d'avancement de ces multiples travaux, mais également dégager les orientations à poursuivre lors de la présidence de la Grande Région par la Rhénanie-Palatinat, en 2023 et 2024.

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