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Elles s'engagent pour plus d'égalité dans la Grande Région

  • Isabelle Schmoetten: «On vit encore dans une société qui est remplie d'inégalités et d'injustices»
  • Elise Louppe: «Cette société n’est égalitaire nulle part»
  • Servane Diaferia-Acevedo Reyes: «Apporter sa petite pierre à l'édifice des luttes»
  • Vanessa Perez: «Le Luxembourg doit faire un effort dans le domaine de la diversité»
  • Christine Collard: «Il n'était pas concevable pour moi de ne pas m'engager»
  • Isabelle Schmoetten: «On vit encore dans une société qui est remplie d'inégalités et d'injustices» 1/5
  • Elise Louppe: «Cette société n’est égalitaire nulle part» 2/5
  • Servane Diaferia-Acevedo Reyes: «Apporter sa petite pierre à l'édifice des luttes» 3/5
  • Vanessa Perez: «Le Luxembourg doit faire un effort dans le domaine de la diversité» 4/5
  • Christine Collard: «Il n'était pas concevable pour moi de ne pas m'engager» 5/5

Elles s'engagent pour plus d'égalité dans la Grande Région

Elles s'engagent pour plus d'égalité dans la Grande Région
Féminisme

Elles s'engagent pour plus d'égalité dans la Grande Région


par Laura BANNIER/ 10.03.2022

Le droit des femmes est au cœur du combat de ces cinq militantes, chacune à leur manière.Photo: Shutterstock

Que ce soit au sein d'associations, de collectifs ou au travers de leur travail, de nombreuses femmes se battent quotidiennement pour leurs droits, et ceux de leurs pairs. Zoom sur cinq parcours inspirants.

«Féministes, tant qu'il le faudra.» Souvent scandé lors des manifestations et rassemblements féministes, ce chant pourrait parfaitement décrire l'engagement des cinq femmes qui ont accepté de se livrer sur leur parcours de militantes. Fières, dévouées, puissantes, les qualificatifs ne manquent pas pour désigner leur combat. Certaines en ont fait leur métier, tandis que d'autres y consacrent quelques heures par semaine au sein d'associations et de collectifs.


Les femmes, premières victimes sociales de la pandémie
Surreprésentées dans les professions de première ligne, sursollicitées à la maison pour les tâches ménagères ou la garde des enfants, les femmes ont été davantage impactées socialement que les hommes par la pandémie.

A Luxembourg-ville, Arlon, Metz et Bastogne, ces femmes font partie du paysage militant local, et luttent, chacune à leur manière, pour plus d'égalité entre les femmes et les hommes. Collages, manifestations, versement d'aides à des associations, activités en non-mixité, ou encore exposition, tout est permis pour soutenir et donner de la visibilité à la cause féministe qui leur est chère.

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Isabelle Schmoetten: «On vit encore dans une société qui est remplie d'inégalités et d'injustices»
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Son engagement féministe, Isabelle le tient avant tout de sa mère. «J'ai toujours appris à voir les inégalités, les injustices depuis mon enfance», révèle la Luxembourgeoise de 31 ans. Une ouverture d'esprit qu'elle a commencé à transmettre dès son plus jeune âge, au sein des scouts. Cheftaine des louveteaux, Isabelle Schmoetten a fait passer aux plus jeunes ses valeurs d'égalité. «Le scoutisme n'est pas un mouvement qui se revendique comme féministe à proprement parler, mais on apprend tout de même aux enfants que les garçons doivent faire les mêmes choses, les mêmes activités.»

Si elle n'a pas rejoint de mouvement féministe, Isabelle Schmoetten a concrétisé son combat au sein de son travail. Responsable des projets politiques au CID femmes et genres, elle participe à travers sa mission «à une société plus égalitaire». La bibliothèque spécialisée sur les questions de genres, qui regorge d'ouvrages sur les mouvements de femmes, permet à Isabelle de vivre, depuis 2018, ce qu'elle aimerait voir dans la société: «Une ambiance chaleureuse avec beaucoup de solidarité, sans hiérarchie ni structure de dominance malsaine».

La maternité, vecteur d'inégalités

Car dans la société, qu'elle soit luxembourgeoise ou mondiale, un important travail en matière d'égalité de genres reste à abattre, pour la féministe. «Je crois qu'au Luxembourg, on n'est pas encore très cohérents dans les politiques. Ce qu'il manque, c'est le courage de dire qu'il faut remettre en question le système complet, et tant que la croissance restera l'objectif de notre système, on ne changera rien», estime Isabelle Schmoetten.

Pour Isabelle, le 8 mars est un jour de commémoration, «en souvenir de toutes les luttes que les femmes ont déjà menées».
Pour Isabelle, le 8 mars est un jour de commémoration, «en souvenir de toutes les luttes que les femmes ont déjà menées».
Photo: DR

Ce changement auquel aspire la militante passe selon elle par plusieurs mesures concrètes, comme la réduction du temps de travail rémunéré, le droit à un logement décent pour toutes et tous, la gestion des héritages, ou encore l'instauration d'un congé maternité pour le coparent. «C'est souvent à la naissance de l'enfant que les problèmes d'inégalité reviennent au galop. Dans un couple hétérosexuel, l'homme retourne au travail pendant que la femme se retrouve seule et doit s'occuper de tout», appuie la jeune maman.

De telles mesures sont prônées par la plateforme Journée internationale des femmes (JIF), dont fait partie Isabelle de par son emploi. Fondée au début des années 2000, la plateforme regroupe une vingtaine d'organisations, d'associations, de partis politiques et de syndicats qui œuvrent à l'égalité femmes-hommes. L'un de ses rendez-vous importants s'est tenu il y a quelques jours, à l'occasion du 8 mars. 


Les agressions sexuelles concernent une femme sur cinq
Les violences faites aux femmes sont loin d'être un phénomène marginal au Luxembourg, comme le prouve une enquête révélée ce mardi par le Statec. Selon ce document, 20% des femmes de 16 à 74 ans ont subi une forme de violence sexuelle, physique ou psychologique.

La journée internationale des droits des femmes, est avant tout une journée de commémoration «en souvenir de toutes les luttes que les femmes ont déjà menées». Mais c'est également un jour «où on exprime le plus fort possible que l'on n'est pas encore là où on veut être, car on vit dans une société qui est remplie d'inégalités et d'injustices». Pour autant, la Luxembourgeoise a conscience de sa position privilégiée. «Mon féminisme est avant tout intersectionnel, car il y a des femmes beaucoup moins privilégiées que moi.»

Si d'incommensurables efforts restent à faire dans les domaines des inégalités salariales, des violences, et de la place des femmes, Isabelle note avec satisfaction un intérêt grandissant de la population pour ces questions de société. «Les mentalités ont changé, les sensibilités ont augmenté. J'ai beaucoup d'espoir pour le futur en voyant le nombre de jeunes qui nous rejoignent.»

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Elise Louppe: «Cette société n’est égalitaire nulle part»
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«Je ne suis qu'un rouage d'un mouvement beaucoup plus large», répond timidement Elise Louppe quand on l'interroge sur son engagement féminisme. Depuis six ans, la Wallonne est coordinatrice de l'association Vie féminine pour la province de Luxembourg, en Belgique, dont le siège est situé à Arlon. Ce mouvement, qui a fêté ses 100 ans d'activité l'année dernière, a pris un véritable engagement féministe dans les années 2000.

Cette association se construit avant tout sur le terrain, au contact de femmes en difficulté. «On cherche à aller vers des femmes qui n'ont pas vraiment de temps à consacrer à la réflexion féministe, des femmes qui vivent dans une réalité sociale difficile», explique la coordinatrice. Pour leur venir en aide, tous les moyens sont bons.

La Belgique fait des efforts en matière de lutte contre les violences, mais il va falloir être vigilants pour que ça marche sur le long terme,

Elise Louppe, coordinatrice de Vie féminine Luxembourg

Ainsi, Vie féminine leur propose des ateliers, allant du tricot à la relaxation en passant par les ateliers de renforcement visant à leur faire reprendre confiance en elles. Plus que de simples activités, ces ateliers proposés en non-mixité, c'est-à-dire sans hommes, sont un véritable moyen de libérer la parole. «Cela leur permet de se sentir en confiance pour aborder des vécus, des situations délicates. Par exemple, lors d'un atelier couture, on a abordé le sujet des violences conjugales et celui de la sexualité au féminin, ce qui n'aurait pas été possible en présence d'hommes.»

Un travail d'éducation  

Reconnue pour travailler avec un public adulte, l'association multiplie les initiatives: mise en place d'une permanence juridique, formations, manifestations, expositions... Mais Elise Louppe reconnaît qu'un grand travail d'éducation doit être mené dans le milieu scolaire, pour détruire les stéréotypes sexistes à la racine. «Pour moi, ce sont tous les encadrants aux jeunes qu'il faut former à ces thématiques, afin que les jeunes comprennent que la priorité, c'est qu'il n'y ait pas de sexisme dans leurs écoles.»

A l'occasion du 8 mars, les femmes de Vie féminine Luxembourg ont investi les vitrines vides du centre piétonnier d'Arlon.
A l'occasion du 8 mars, les femmes de Vie féminine Luxembourg ont investi les vitrines vides du centre piétonnier d'Arlon.
Photo: Vie féminine Luxembourg

Pour autant, la coordinatrice de Vie féminine Luxembourg observe des signaux encourageants. «La Belgique fait des efforts en matière de lutte contre les violences, mais il va falloir être vigilants pour que ça marche sur le long terme, et il ne faut pas oublier les gros points noirs comme la justice qui est dans un état de délabrement catastrophique. Il est important de se conscientiser les unes les autres sur le fait que cette société n’est égalitaire nulle part», alerte Elise Louppe.

La Wallonne, dont la conscience féministe s'est éveillée dès la maternelle, pointe également du doigt les lourdes inégalités sociales qui ont découlé de la pandémie. «Le travail gratuit, comme les tâches ménagères et la garde des enfants, et les violences faites aux femmes, on s'est bien rendu compte que tout ce qu'on dénonçait déjà s'est aggravé puissance 1.000 avec le confinement.»


ACHTUNG: SPERRFRIST 7. MÄRZ 11:00 UHR. ACHTUNG: BITTE BEACHTEN SIE DIE SPERRFRIST: 07.03.2022 UM 11:00 UHR !! - ARCHIV - 13.07.2021, Berlin: ILLUSTRATION - Eine Frau steht in ihrer Wohnung an einem Fenster. (gestellte Szene - zu dpa: «Die Corona-Pandemie macht Frauen unglücklicher als Männer») Foto: Fabian Sommer/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
La pandémie a détérioré les conditions de vie des femmes
Selon une enquête de l'ONU Femmes publié en novembre 2021, quelque 45% de ces femmes dans 13 pays étudiés disent avoir été victimes, ou connaître une femme, qui a été victime de violences depuis le début de la pandémie.

Pour le 8 mars 2022, les membres de Vie féminine ont donc continué de dénoncer ces inégalités. Cette année, cet acte a pris la forme d'un atelier artistique lors duquel les femmes ont réalisé des œuvres pour dénoncer ce qui les oppresse. «On a ensuite investi les vitrines vides du centre piétonnier d'Arlon pour que ces créations soient visibles de tous». 

Si Elise Louppe est sûre de ne pas assister à la fin du sexisme à l'échelle de sa vie, elle «espère sincèrement que d'ici 100 ans, au prochain congrès de Vie féminine, les femmes pourront dire qu'elles ont avancé». Cette émulsion collective lui donne de la force et de l'espoir. «Ce qui est chouette dans un mouvement qui dure dans le temps, c'est qu'on ne porte pas cet engagement toute seule, et quand ça avance, c'est un vrai bulldozer.»

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Servane Diaferia-Acevedo Reyes: «Apporter sa petite pierre à l'édifice des luttes»
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Depuis toute petite, la révolte gronde dans son for intérieur. Servane Diaferia-Acevedo Reyes se décrit comme surempathique, un trop-plein de souffrances presque handicapant qui l'a toujours forcée à être revendicative. «Dès l'école primaire, j'ai réussi à motiver toute une classe d'enfants de mon âge pour qu'on se batte pour nos droits», rigole la militante.

Les violences sexistes, la féministe, qui vit à Metz aujourd'hui, les a vues de très près, de trop près, même. Une fois qu'elle eut fini de se battre pour ses droits et ceux de ses enfants au tribunal, Servane a entrepris de militer autrement que dans sa vie personnelle. C'est sous cette impulsion qu'est né La Grenade, un collectif féministe en mixité choisie (sans hommes, donc), à Metz, fin 2020, sa créatrice ne trouvant pas de structure militante féministe correspondant à ses valeurs. «On a révélé notre existence au grand public par une salve de collages au moment du 8 mars 2021, on fête donc notre première année d'actions.»

La Grenade effectue régulièrement des salves de collages féministes à Metz.
La Grenade effectue régulièrement des salves de collages féministes à Metz.
Photo: Laura Bannier

Les collages. S'il y a bien une action dont Servane Diaferia-Acevedo Reyes est la plus fière, c'est bien celle-là. En affichant sur les murs de la ville de Metz des messages féministes qui touchent, bousculent, sensibilisent ou interpellent les passants, le collectif «reprend possession de l'espace public». «Quand on colle, on a ce shoot d'adrénaline. C'est aussi une forme de lien qui se fait avec les femmes, on sait que les gens vont voir nos messages, qu'on va avoir des retours», explique la militante.

Mais La Grenade ne se limite pas aux collages. Des conférences avec Valérie Bacot (victime de violences perpétuées pendant plus de 20 ans par son mari et proxénète), à l'organisation de manifestations et de rassemblements, en passant par le relai local d'une campagne nationale contre le harcèlement de rue, le collectif n'a pas chômé lors de sa première année d'activité. «On est très fières de La Grenade, de ce qu'elle arrive à être, même en étant quelques-unes. Notre objectif n'est pas d'être les plus nombreuses, mais d'être intègres, de militer en correspondance à nos valeurs qui sont l'intersectionnalité, l'inclusivité, le respect, l'honnêteté, la bienveillance et la réelle sororité.»

«J'aimerais que le 8 mars n'existe plus»

Des valeurs que Servane s'attache à transmettre à ses quatre enfants, en pratiquant l'école à la maison. «Le monde dans lequel on vit manque cruellement d'empathie, et rien ne changera tant qu'on ne prendra pas en compte le ressenti de l'autre en face, c'est ce que je leur apprends depuis leur plus jeune âge», indique la féministe, qui note tout de même que l'éducation reste une des priorités pour faire changer les mentalités. «Il est urgent de s'y atteler tout de suite, mais Dieu sait qu'il y a encore du boulot dans d'autres domaines comme le fait de croire la parole des victimes de violences, les inégalités dans le monde du travail, ou le harcèlement.»

Des inégalités que le collectif dénonçait dans ses pancartes qui ont défilé dans les rues de Metz, samedi 5 mars dernier. La Grenade y organisait une manifestation à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes. «Bien sûr, on a acquis des droits, mais il en reste tellement à acquérir, dont le droit d'être traité avec respect. J'aimerais beaucoup que ça n'existe plus, le 8 mars, et que ce soit un jour comme les autres dans une société post-patriarcale», soupire la militante.

En attendant, Servane continuera de coller des affiches, de crier des slogans, et de dénoncer les oppressions dont toutes les femmes font l'expérience. A travers la création de son collectif, la féministe sent l'accomplissement de son devoir de survivante aux violences sexistes. «C'est important d'apporter sa petite pierre à l'édifice des luttes. Je me dois de faire quelque chose pour essayer de faire en sorte que ces choses-là n'arrivent plus. Je ne peux pas laisser faire le sexisme sous mes yeux sans agir.»

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Vanessa Perez: «Le Luxembourg doit faire un effort dans le domaine de la diversité»
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Originaire de Las Vegas, Vanessa Perez a commencé son voyage féministe en même temps que son voyage vers le Luxembourg. Arrivée au Grand-Duché en 2016, c'est à cette date que l'Américaine a commencé à lire et à s'informer sur les luttes féministes. «J'ai débuté par des ouvrages qui portaient plus particulièrement sur le féminisme intersectionnel, car les femmes ne se font pas seulement discriminer en fonction de leur genre, mais également en raison de leurs origines ou de leur orientation sexuelle par exemple», indique la militante.

Celle qui travaille dans le secteur financier a rejoint l'association féministe et antiraciste Lëtz rise up en 2020. «C'était au moment de la mort de George Floyd, qui m'a beaucoup affectée personnellement. Je voulais faire quelque chose ici au Luxembourg, et Lëtz rise up a organisé une manifestation devant l'ambassade des Etats-Unis au Luxembourg», se remémore Vanessa. Lors de ce rendez-vous, environ 1.000 personnes ont répondu à l'appel de l'association.


Les stéréotypes ont la peau dure au Luxembourg
La matinée du 8 mars a été l’occasion pour le ministère de la Famille de convier la presse pour lui présenter les résultats de l’étude «Le racisme et les discriminations ethno-raciales au Luxembourg» en présence de représentants du LISER et du CEFIS.

Depuis, l'Américaine en est devenue la présidente. «Notre objectif est de promouvoir et de défendre les femmes marginalisées», résume la militante. Un but que la quinzaine de membres de Lëtz rise up cherche à atteindre à travers l'organisation de plusieurs projets, dont le Peanut Project. «Il s'agit d'une initiative qui soutient les femmes entrepreneures à la recherche de financement.» Cette dernière a permis à 12 femmes issues de l'immigration de partager leurs expériences avec le public à travers trois masterclass en 2020 et 2021. «On espère renouveler ce projet!»

Au Peanut Project s'ajoutent des ateliers visant à lutter contre le racisme dans le monde du travail, les ''anti racism workshops''. Ces derniers s'adressent à des entreprises pour aider les personnes à lutter contre les discriminations raciales. Vanessa invite les sociétés intéressées à ne pas hésiter à rentrer en contact avec l'association. «Cet été, nous organisons également au mois de juin le Youth Rising Festival, un festival qui comportera divers ateliers artistiques et musicaux», dévoile la militante.

Des visites décoloniales

Parmi les initiatives phares de l'association se trouvent également les visites décoloniales du centre de Luxembourg-ville. «Il s'agit d'attirer l'attention sur l'histoire coloniale du Luxembourg, en visitant divers points d'intérêts liés à cette dernière. La communauté luxembourgeoise a été associée à la politique coloniale du Congo belge, et nous essayons de mettre en lumière ce fait», détaille Vanessa Perez. Des visites qui devraient reprendre cet été.

Vanessa Perez est arrivée au Luxembourg en 2016.
Vanessa Perez est arrivée au Luxembourg en 2016.
Photo: DR

Interrogée sur les efforts qui restent à accomplir en matière d'égalité au Luxembourg, la féministe répond immédiatement «la diversité». Pour Vanessa, la route reste longue dans ce domaine. «Le Luxembourg est si diversifié, et ce n'est pas toujours reflété dans les entreprises et les médias», regrette la jeune femme, qui note tout de même de légères améliorations sur le sujet ces dernières années.

Lëtz rise up porte également une attention particulière au 8 mars. «Je pense que c'est une journée importante car elle permet à tout le monde de s'arrêter et de penser aux femmes qui sont importantes dans leurs vies, cela permet aux gens de réfléchir de différentes manières», estime Vanessa Perez. Pour l'occasion, l'association féministe a collaboré, lundi 7 mars, avec le Festival Cri de Femme «Grito de Mujer», qui, pour sa douzième édition, et en soutien aux initiatives du Forum Génération Égalité de ONU Femmes, rend un hommage à la mémoire des femmes autochtones, qui subissent encore des abus en l'absence de loi qui favorisent la validation de leurs droits.

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Christine Collard: «Il n'était pas concevable pour moi de ne pas m'engager»
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L'engagement de Christine a débuté en 2005. A l'époque, avec trois de ses amies, la Wallonne a voulu lancer un service-club. C'est finalement une asbl qui a vu le jour à Bastogne: les Z'elles. «On l'a appelée comme ça, car notre but est de donner de l'aide aux femmes», explique la présidente et fondatrice du mouvement.

Si un autre service-club féminin existait déjà dans la commune, cela n'a pas empêché Christine Collard de lancer son mouvement. «Il y a tellement à faire dans le domaine de l'égalité entre les femmes et les hommes, qu'on ne sera jamais assez nombreuses», motive la militante féministe. Pour elle, l'initiative devait avant tout servir à apporter de l'aide localement. «C'est bien de regarder ce qui se passe à côté de chez soi.»


WO fr , ITV Berthe Lutgen , Künstlerin u. Gründerin MLF , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Berthe Lutgen, toujours engagée contre les injustices
Pionnière dans la lutte pour le droit des femmes au Luxembourg, Berthe Lutgen continue de s'exprimer à travers ses tableaux. Elle reste vigilante sur les injustices et violences que subissent encore aujourd'hui les femmes.

Pour soutenir les femmes de la région, les Z'elles organisent des événements visant à récupérer des fonds. «On organise par exemple notre brunch annuel à l'automne, on vend des bouquets sur le marché de Noël, on réalise également le Noël solidaire des enfants», énumère la présidente. Des actions qui permettent ensuite à l'asbl de financer à son tour des associations œuvrant à la défense des femmes et des enfants situées «dans un rayon de 30km autour de Bastogne», Christine y tient.

Un combat qui sera long

Chaque année, ce sont ainsi quatre à cinq chèques de montants compris entre 800 et 1.000 euros qui permettent de financer des initiatives solidaires. «Les Z'elles ont par exemple permis à une trentaine d'enfants de Bastogne qui n'avaient pas de repas chaud à midi de pouvoir accéder à la cantine. Nous avons également financé un foyer pour les femmes victimes de violences conjugales à Libramont, ainsi qu'une maison qui accueille les enfants en difficulté.»

Les Z'elles se sont investies auprès des enfants défavorisés dans le cadre du Noël solidaire 2021.
Les Z'elles se sont investies auprès des enfants défavorisés dans le cadre du Noël solidaire 2021.
Photo: Les Z'elles asbl

Ancienne entrepreneuse à la tête d'une bijouterie, Christine Collard décrit son engagement dans la cause féministe comme le moment où elle a ouvert les yeux. «Ensuite, il n'était pas concevable pour moi de ne pas m'engager. Quand on voit les difficultés auxquelles font face les femmes, on a seulement envie d'aider», confie la Bastognarde.

La presque sexagénaire, qui estime qu'«on ne fera jamais bouger des gens qui n'en ont pas envie», compte une quinzaine de femmes de 35 à 80 ans engagées à ses côtés. «Elles prennent sur leur temps, comme par exemple lors du mois de décembre lorsqu'elles ont préparé une centaine de cadeaux pour les enfants qui n'ont pas de Noël», souligne la présidente des Z'elles.

Ce combat pour l'égalité a encore – malheureusement - de beaux jours devant lui, selon la féministe. Parmi les batailles qui restent encore à mener, la Wallonne cite les inégalités salariales, les difficultés financières auxquelles font face les femmes, ou encore les problèmes liés à la garde des enfants. «On n'arrivera pas à tout faire, il y a énormément de boulot, mais si chacun aide à son échelle, c'est déjà ça de pris», estime Christine qui trouve «dommage qu'il faille encore une journée pour penser au respect des droits des femmes».

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