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Des fissures à Cattenom, le Luxembourg monte au créneau
Grande Région 5 min. 14.04.2022
Dans le réacteur n°3

Des fissures à Cattenom, le Luxembourg monte au créneau

Le site mosellan alimente à lui seul l'équivalent de trois millions de foyers en électricité.
Dans le réacteur n°3

Des fissures à Cattenom, le Luxembourg monte au créneau

Le site mosellan alimente à lui seul l'équivalent de trois millions de foyers en électricité.
Photo: António Pires
Grande Région 5 min. 14.04.2022
Dans le réacteur n°3

Des fissures à Cattenom, le Luxembourg monte au créneau

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Selon Greenpeace Luxembourg, le réacteur n°3 de la centrale nucléaire située à quelques kilomètres de la frontière luxembourgeoise présenterait des fissures.

Le cas de la centrale nucléaire de Cattenom (France), située à un peu plus d'une vingtaine de kilomètres du Luxembourg, inquiète, et ce, depuis des dizaines d'années. Les récentes actualités liées à l'installation nucléaire française, vieille de plus de 30 ans, n'ont en tout cas pas de quoi rassurer. Anomalies sur des circuits de refroidissement, contrôles à répétition, problèmes de corrosion ou encore fuite d'hydrocarbures, les galères s'accumulent depuis maintenant quelques mois.


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Et ce n'est pas près de s'arranger au regard de l'alerte lancée par Greenpeace Luxembourg. L'association de défense de l'environnement évoque ni plus ni moins que des présences de fissures dues à la corrosion ont été remarquées au sein du réacteur numéro 3 de Cattenom, sans doute le réacteur causant le plus de problèmes depuis des mois. 

L'ONG explique que cette découverte date de l'arrêt du réacteur numéro 3, fait entre la nuit du 25 au 26 mars dernier. Ces contrôles étaient réalisés à titre préventif selon EDF. «Durant cet arrêt, les équipes du site réaliseront également des opérations de maintenance, telles que le remplacement d'un moteur de pompe du circuit primaire», précisait EDF.

Un arrêt prolongé de trois mois et demi

Le producteur et fournisseur d'électricité français précisait également que le réacteur devait être stoppé pour vérifier si le circuit primaire était également concerné par des fissures dues à la corrosion. «Celles-ci ont été détectées dans d'autres réacteurs du palier 1450 MWe et 1300 MWe», ajoute Greenpeace Luxembourg, citant une information de Montelnews, site d'informations spécialisé dans la question des marchés énergétiques. 

Alors qu'il devait s'étaler sur cinq semaines seulement, il apparaît également que l'arrêt du réacteur a été prolongé de trois mois et demi, jusqu'au 14 août prochain donc. C'est le huitième réacteur français qui est concerné par des fissures. Ces galères qui s'enchaînent contraignent d'ailleurs EDF à revoir son objectif de production nucléaire pour 2022.

De son côté, Greenpeace Luxembourg confirme donc la présence de fissures en raison d'une corrosion dite «sous contrainte» à Cattenom. Autrement dit, des matériaux présents au sein du réacteur se détériorent en raison de l'agressivité du milieu. En l'occurrence, il s'agirait de fissures au niveau de «coudes» de la tuyauterie.


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L'ONG demande aux gouvernements luxembourgeois et allemand, dont la frontière se trouve à quelques kilomètres de la centrale de Cattenom, d’intervenir d'urgence auprès des autorités françaises concernant ces fissures, et de demander tous les détails sur les analyses d'EDF. «Greenpeace demande également une réunion urgente de la Commission locale d’information (CLI) de Cattenom pour informer les membres de la CLI sur les détails du problème et des mesures qu'EDF va entreprendre», insiste également l'association. 

De son côté, le gouvernement luxembourgeois avait déjà demandé, fin mars, des explications et clarifications à l'autorité de sûreté nucléaire (ASN) concernant les problèmes à Cattenom. EDF n'a de son côté pas encore communiqué officiellement sur la détection de ces fissures. Suite à ces révélations, le ministère de l'Environnement et de l'Energie ont réagi par voie de communiqué ce jeudi en fin d'après-midi. 

Dans celui-ci, nous apprenons que les ministres luxembourgeois Carole Dieschbourg (déi Gréng) et Claude Turmes (déi Gréng) ont adressé une lettre commune au directeur général de l'Autorité de sûreté nucléaire, Olivier Gupta. «Les deux ministres exigent au plus vite tous les détails et les résultats des analyses effectuées par EDF. Afin de pouvoir cerner l´impact de ces anomalies, les ministres souhaitent savoir s'il s´agit d´un défaut de matériel ou d'un défaut de conception et quelles sont les conséquences qui en découlent sur les autres réacteurs du site de Cattenom». 

70% des besoins du Grand Est

Étant donné les conséquences pour la population locale, Carole Dieschbourg et Claude Turmes insistent sur une réunion urgente de la Commission locale d’information (CLI) de Cattenom afin d´informer les membres de la CLI sur les détails du problème et des mesures que l´exploitant compte prendre.    


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Rappelons que le site mosellan alimente à lui seul l'équivalent de trois millions de foyers en électricité, soit 70% des besoins de la population de la région Grand Est. «Etant donné que la centrale de Cattenom pose un risque d'ordre systémique pour le Luxembourg, nous ne manquerons pas de suivre du plus près l’évolution de ces contrôles», avait notamment lancé le ministère de l'Energie luxembourgeois il y a quelques semaines. 

Notons qu'un nouvel arrêt du réacteur n°3 de Cattenom était prévu en septembre prochain. L'unité de production doit faire l'objet d'un rechargement du combustible pendant six semaines. Or, face au prolongement de l'arrêt actuel jusqu'en août prochain, difficile de savoir si cette maintenance sera toujours d'actualité à cette date.

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