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Controversées, les thérapies de conversion restent légales
Grande Région 4 min. 17.05.2022
En Belgique et au Luxembourg

Controversées, les thérapies de conversion restent légales

La Belgique pourrait être le quatrième pays européen à interdire les thérapies de conversion d'ici à la fin de l'année 2022, grâce à un nouveau projet de loi.
En Belgique et au Luxembourg

Controversées, les thérapies de conversion restent légales

La Belgique pourrait être le quatrième pays européen à interdire les thérapies de conversion d'ici à la fin de l'année 2022, grâce à un nouveau projet de loi.
Photo: Shutterstock
Grande Région 4 min. 17.05.2022
En Belgique et au Luxembourg

Controversées, les thérapies de conversion restent légales

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Elles prétendent «guérir» les personnes LGBT. Interdites en Allemagne et en France, les thérapies de conversion restent légales au Luxembourg et en Belgique.

Changer l'identité de genre ou l'orientation sexuelle des personnes lesbiennes, gays, bi, trans, ou personnes intersexes, c'est ce que promettent les «thérapies de conversion». Controversée, cette pratique peut être proposée par des organisations religieuses, sectaires, ou même par des professionnels de santé à des patients, visant à «corriger» leur identité, à coup de méditation, de périodes de jeûne, ou d'injection d'hormones.


15/05/2022 , {Event}, {location} ,Photo: {credit},
 , Tilly Metz Portrait, EU Députée,  , BCEE ,Lëtzebuerg , Tilly Metz , © Laurent Blum
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Alors que son efficacité n'a jamais été prouvée scientifiquement, et qu'elle est même qualifiée de «dangereuse», cette pratique reste autorisée dans la majorité des pays de l'Union européenne. A noter qu'en 2018, dans son rapport annuel sur les droits fondamentaux, l'UE avait félicité les «initiatives interdisant les thérapies de conversion pour les personnes LGBTI et la pathologisation des identités transsexuelles».

Lors de la rédaction de ce texte, seul Malte avait pris la décision d'interdire ces thérapies par la loi. Ce même rapport poursuit en priant «instamment tous les États membres d'adopter des mesures similaires qui respectent et défendent le droit à l'identité de genre et l'expression de genre».

Exercées dans au moins 69 pays

Quatre ans plus tard, où en est-on? Pas beaucoup plus loin, si l'on jette un œil aux législations des différents pays européens. Seuls deux pays, l'Allemagne et la France, ont emboîté le pas à l'état insulaire. Le premier a interdit les thérapies de conversion sur son territoire à partir du 8 mai 2020. Le parlement allemand a plus précisément voté une loi visant à prohiber cette pratique à destination des personnes mineures, ainsi que pour les adultes contraints, menacés ou manipulés à subir ces «thérapies».


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La France s'est de son côté décidée à suivre une résolution adoptée en mars 2021 par le Parlement européen. Cette dernière appelait les États membres «à ériger les pratiques de ''thérapies de conversion'' en infractions pénales», rappelant que le rapport de mai 2020 de l'expert indépendant des Nations unies sur la protection contre la violence et la discrimination fondées sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre «invite les États membres à interdire ces thérapies». Ce texte rappelle qu'au moment de sa rédaction, ces pratiques étaient encore exercées dans au moins 69 pays à travers le monde, y compris dans l'Union européenne.

C'est donc conformément à cette résolution que la France a adopté, en janvier 2022, un texte de loi créant un nouveau délit, visant à punir les thérapies de conversion. Ces pratiques sont de ce fait prohibées dans l'Hexagone depuis le 1er février dernier.

La Belgique pourrait bien être le troisième pays européen à imiter Malte. Jeudi 12 mai, la secrétaire d'État à l'Égalité des genres, Sarah Schlitz, a ainsi annoncé qu'un plan global pour «garantir pleinement la protection des droits des LGBTQI+ en Belgique» était sur la table du gouvernement belge.

Au sein de ce plan figure un projet de loi visant à l'interdiction des pratiques de conversion. «Ces pratiques vont de la psychothérapie et des électrochocs aux coups et même au viol correctif. Elles peuvent avoir lieu dans les domaines religieux, médicaux, sectaires, que ce soit par le biais de proches ou de pseudo-professionnels et avoir de terribles conséquences sur les personnes sur qui elles sont pratiquées», ont ainsi dénoncé les services de la secrétaire d'État écologiste auprès de l'AFP. 


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En préparation, ce texte doit être soumis au gouvernement en juin, afin de pouvoir être adopté par le Parlement d'ici à la fin de l'année 2022. Si elle est promulguée, le Luxembourg restera ainsi l'unique pays de la Grande Région à autoriser de telles pratiques sur son territoire.

En effet, le Grand-Duché ne dispose actuellement d'aucune loi visant à interdire les thérapies de conversion. Le Premier ministre, Xavier Bettel (DP), avait en effet estimé qu'en raison de l'inexistence de cette pratique au Luxembourg, une telle interdiction n'avait pas lieu d'être. Pour rappel, le chef du gouvernement luxembourgeois avait suscité une polémique à ce sujet en 2019, boycottant un dîner prévu avec l'ambassadeur d’Israël en Belgique et au Luxembourg, en réaction aux propos favorables aux «théories de la conversion» des homosexuels du ministre israélien de l'Education.

Pourtant, son absence de législation sur le sujet coûte cher au Luxembourg dans la dernière édition de l’indice Rainbow Europe. Ce classement, qui évalue 49 pays d'Europe sur le respect des droits de l'homme, place le Grand-Duché cinquième, avec un score de 68,03%, derrière Malte (92,02%), le Danemark (73,78%), la Belgique (71,51%) et la Norvège (68,30%).

L'absence d'interdiction de la thérapie de conversion n'est pas le seul sujet ayant coûté des points au Luxembourg. Selon l'indice, le Grand-Duché manque par ailleurs de politiques et de lois visant à lutter contre les appels à la haine des personnes intersexes. 

Enfin, s'il permet à ses citoyens de changer de genre aux yeux de la loi sur la base de l'autodétermination, le Luxembourg ne reconnaît pas, pour le moment, les identités de genre non binaires, c'est-à-dire ne s'identifiant ni comme homme, ni comme femme.

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