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«Ce serait bien d'avoir au moins 20.000 signatures»
Grande Région 7 min. 14.07.2022 Cet article est archivé
Frontaliers, une pétition à succès

«Ce serait bien d'avoir au moins 20.000 signatures»

Avec près de 10.000 signatures depuis mercredi, cette pétition n°2384 peut battre tous les records. Et ce d'autant qu'il vous reste encore 41 jours pour la signer...
Frontaliers, une pétition à succès

«Ce serait bien d'avoir au moins 20.000 signatures»

Avec près de 10.000 signatures depuis mercredi, cette pétition n°2384 peut battre tous les records. Et ce d'autant qu'il vous reste encore 41 jours pour la signer...
Photo: LW
Grande Région 7 min. 14.07.2022 Cet article est archivé
Frontaliers, une pétition à succès

«Ce serait bien d'avoir au moins 20.000 signatures»

Charles MICHEL
Charles MICHEL
Sabrina Litim est française, travaille au Grand-Duché et réside en Belgique. Auteure de la pétition n°2384 sur la question du télétravail, elle estime ne pas incarner ce combat, mais est prête à le porter devant la Chambre des députés.

Employée de banque au Grand-Duché, Sabrina Litim (35 ans) est entrée dans l'histoire ce mercredi du Grand-Duché en voyant sa pétition visant les deux jours de télétravail par semaine atteindre la barre des 4.500 signatures nécessaires en moins d'une journée. Un record qui permettra à cette Française qui réside en Belgique «du côté d'Arlon» de se présenter à l'automne devant la Chambre des députés. En attendant, elle revient sur cette journée un peu folle. 

Comment vous est venue l'idée de rédiger cette pétition?

Sabrina Litim: «Ça fait longtemps que je m'intéresse à cette question du télétravail. À chaque nouvelle négociation entre le Luxembourg et ses pays voisins, je m'y intéressais de plus en plus. Mais à l'approche du 30 juin et de la fin de cette période de télétravail illimité, il m'est apparu nécessaire de faire quelque chose. On a découvert, ou du moins on s'est rendu compte, qu'une autre manière de travailler était possible. Et vraiment, je pense que l'on ne peut pas revenir à l'ancien monde.

On fait passer l'aspect financier avant l'intérêt de la planète et celui des salariés

Dans votre pétition, vous évoquez à deux reprises cette notion d'ancien monde. Pour vous, cette pandémie a-t-elle marqué un avant et un après au niveau de la manière d'envisager le travail?

«Incontestablement. On s'est rendu compte qu'il était possible de travailler depuis chez soi sans que cela ne porte préjudice même à notre travail. Remettre tout le monde et tous les jours dans les embouteillages, polluer la planète et obliger chacun de nous à courir pour gérer sa vie personnelle et professionnelle, ce n'est pas acceptable. Le monde a changé. 


12.10. Stau / Autobahn A3 / Düdelinger Autobahn / Grenzgänger / Frontaliers / Foto: Guy Jallay
Un trafic routier plus dense qu'avant le Covid ?
Ce jeudi 30 juin marque la fin du télétravail "illimité" pour les travailleurs frontaliers qui pouvaient en profiter. Une circulation routière plus dense est donc à prévoir, alors même que le trafic est équivalent voire plus élevé qu'en 2019.

Sur le plan de l'environnement, on a tous vu les bénéfices de réduire nos déplacements. Rien que pour la question environnementale, on se doit d'autoriser tous les employés qui le peuvent à télétravailler. Et deux jours par semaine, c'est un minimum.

Vous évoquez la question environnementale. Êtes-vous militante?

«Oui, mais je ne fais pas partie d'une association. 

Derrière cette question d'écologie, n'est-ce pas aussi et peut-être avant tout une question d'un confort de vie?

«Mais les deux sujets sont étroitement liés! Qui dit moins de déplacements, dit moins de temps de perdu dans les embouteillages, donc moins d'essence utilisée, moins de pollution... Et à côté de ça, on a plus de temps à consacrer à sa famille, mais aussi à son travail. 

La moitié des frontaliers travaillant au Luxembourg sont des Français.
La moitié des frontaliers travaillant au Luxembourg sont des Français.
Crédit: Statec

Vous réfutez donc cette idée que le télétravail encouragerait l'oisiveté...

«Mais toutes les études l'ont démontré: en télétravail, l'employé est plus investi et passe plus de temps à travailler. 

C'est votre cas?

«Clairement oui. Rien que pour une question pratique. Le soir, pour pouvoir récupérer mes enfants à la crèche, je dois quitter le bureau vers 16h50. Quand je suis chez moi, je peux travailler jusque 18h... C'est également une question de confort dont on ne peut plus, aujourd'hui, faire l'économie. La nouvelle génération n'est plus disposée à tout sacrifier pour son travail. Elle veut concilier vie professionnelle et épanouissement personnel. Il ne faut pas décevoir de nombreux talents qui attendent plus de nous, de l'entreprise et du Luxembourg en 2022. 

Cet épanouissement personnel a-t-il eu, dans votre cas, un impact sur votre travail?

«Oui. J'en parlais encore récemment avec des collègues, mais depuis le 1er juillet, je suis vraiment fatiguée. Et cette fatigue a forcément un impact sur mon travail. Après, je suis bien consciente que le télétravail a ses limites et que 100% de télétravail n'est pas viable. Les interactions sociales sont indispensables à la vie d'une entreprise. 

Vers 8h30, j'ai reçu un mail m'informant que ma pétition était en ligne. Dix minutes plus tard, il y avait déjà 200 signataires. C'était fou!

Dans la banque où vous travaillez, l'iniquité des salariés face au télétravail en fonction de leur lieu de résidence suscite-t-elle des tensions?

«Pas de tension, mais plutôt un sentiment d'injustice... Cela étant, je connais des entreprises où des Luxembourgeois n'ont pas le droit au télétravail. Cette pétition les concerne aussi. Tout le monde devrait avoir deux jours de télétravail par semaine!

Le fait que cette question du télétravail bloque pour des raisons fiscales vous agace?

«Oui, car on fait passer l'aspect financier avant l'intérêt de la planète et celui des salariés. Il faut que nos députés et nos ministres, de chaque pays, prennent vraiment à bras le corps, de chaque pays, ce sujet et fassent en sorte d'aboutir à un accord. Et même au niveau européen afin d'augmenter ce seuil de 25%. Regardez, les Pays-Bas viennent de reconnaître le télétravail comme un droit légal (Ndlr: le 5 juillet la Chambre des députés a approuvé un projet de loi allant dans ce sens). 

À l'automne, vous serez sans doute amenée à vous exprimer devant la Chambre des députés...

«J'avoue ne pas savoir comment cela va se passer...

Plus nous serons nombreux, plus nos députés et ministres verront que leur engagement en première ligne sur ce sujet est attendu et essentiel

Vous serez amenée à vous exprimer devant les députés et sans doute devant le ministre du Travail...

«Bon, j'imagine qu'ils connaissent le sujet mieux que moi, mais ce sera avec plaisir que je me présenterai devant eux pour leur faire part de ce que ressentent des milliers de travailleurs. 

 

Votre pétition est entrée, mercredi, dans l'histoire en devenant la première à recueillir les 4.500 signatures nécessaires en une seule journée. Que faisiez-vous mercredi?

«J'étais au bureau. Vers 8h30, j'ai reçu un mail m'informant que ma pétition était en ligne. Dix minutes plus tard, il y avait déjà 200 signataires. C'était fou! Je me demandais comment c'était possible alors que je n'en avais quasiment pas parlé autour de moi... De toute évidence, c'est un sujet porteur qui parle à beaucoup de monde. D'ailleurs, même si les 4.500 signatures sont atteintes, j'invite tous ceux et toutes celles qui peuvent à signer cette pétition. Le Luxembourg a une situation particulièrement unique en Europe et a besoin de ses salariés frontaliers. Ils doivent être en première ligne sur ces discussions afin d'obtenir des accords qui sont en ligne avec ce monde post-Covid.


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Vous n'avez pas souhaité apparaître à visage découvert. Pour quelle raison?

«Je ne recherche pas de la visibilité. Je n'incarne pas cette revendication. Je suis juste une voix parmi ces 200.000 frontaliers qui, en grande majorité, sont concernés par cette question. D'ailleurs, je les incite à signer cette pétition pour démontrer que le télétravail est le combat de tous. Ce serait bien d'atteindre au moins les 20.000 signatures. Plus nous serons nombreux, plus nos députés et ministres verront que leur engagement en première ligne sur ce sujet est attendu et essentiel, au Luxembourg mais aussi avec les pays voisins et au sein de l'union européenne. En tout cas, j'espère que des décisions fortes en résulteront.»

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