Au cœur de la ZAD d'Arlon
par Jean-Michel HENNEBERT/ 03.02.2020
Installé depuis fin octobre 2019 sur le site d'une ancienne sablière aux portes de la capitale de la province de Luxembourg, un collectif vit depuis 100 jours sur un lieu «répertorié de grand intérêt biologique protégé». Visite d'un espace voulu comme «hors du temps et de la société».
En sommeil depuis une cinquantaine d'années, l'ancienne sablière de Schoppach connaît un regain d'activité. Non pas sous la forme d'une zone d'activité artisanale comme le souhaitaient initialement les responsables de la province de Luxembourg, mais comme une ZAD, une «zone à défendre». Occupé depuis fin octobre 2019, ce site «répertorié de grand intérêt biologique protégé» par le gouvernement wallon se trouve désormais être le lieu de vie de quelques dizaines de personnes, déterminées à promouvoir «une autre société».
Un camp fortifié
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En ce début février, ils sont une trentaine à s'activer en journée pour mener à bien ce qu'ils nomment «l'aménagement des lieux». Car pour empêcher l'arrivée des engins de chantier voués à bétonner les 31 hectares du site et toute action de délogement, le collectif n'a pas ménagé ses efforts. Au point de transformer peu à peu le site «en petit village d'irréductibles Gaulois», avec son organisation spatiale rationalisée.
Si les différentes constructions réalisées au fil des mois l'ont été à l'aide de matériaux de récupération, leur fonction répond à une logique très précise. Qu'il s'agisse d'équipements destinés à permettre la vie en collectivité mais aussi de constructions vouées à la surveillance ou la défense du site. Autant d'éléments jugés «indispensables» par les résidents qui estiment que leur démarche relève «non seulement du besoin de protection écologique de ce site, que du respect de la démocratie».
Dans ce sens, la tranchée creusée sur le nord du site, doublée d'une palissade de pieux, représente à leurs yeux le meilleur symbole de leur démarche. A savoir la volonté de créer et faire vivre «une bulle» située «hors du temps et de la société».
Réseau et collectivité
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Présentée comme une entité unique, la ZAD d'Arlon se compose pourtant d'une multitude de personnes. Que ce soit celles qui sont présentes sur le site, mais aussi celles qui les soutiennent. Si la première catégorie peut varier au fil du temps, comprise «entre une poignée certains jours de la semaine à près de 150 certains week-ends», la seconde apparaît comme plus constante.
Pour assurer la subsistance d'une population «zadiste» composée notamment d'étudiants, de militantes féministes ou d'un ancien salarié du Grand-Duché, un réseau s'est mis en place. Qu'il s'agisse d'agriculteurs ou de commerçants locaux, mais aussi de soutiens plus lointains, issus de la Grande Région ou de plus loin. Ce vendredi, par exemple, le repas de midi avait été confectionné par un sympathisant sexagénaire ayant notamment travaillé pour Idélux, propriétaire du site occupé.
En plus de cette aide extérieure, le bon fonctionnement de la ZAD repose également sur un ensemble de règles internes non écrites. Des règles qui trouvent une retranscription dans l'organisation interne du camp. Plusieurs zones existent ainsi: celle où sont regroupés les différents abris destinés à accueillir les activités collectives et celle dédiée aux individus. Qu'il s'agisse de la toute récente douche d'eau chaude installée un peu à l'écart des lieux de passage ou de la présence d'«une structure non mixte».
Baptisé «La chaussette», cet abri se veut être une zone de calme sur le site où l'alcool, les fêtes et les hommes sont interdits. Car comme c'est le cas dans les autres ZAD en place en Europe, celle d'Arlon se trouve être majoritairement masculine. Selon les propres calculs des occupants de l'ancienne sablière de Schoppach, cette dernière comptabiliserait ainsi une femme pour cinq hommes.
Quel avenir?
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Déplorant «qu’aucun terrain d’entente n’ait pu être identifié», le conseil d'administration d'Idélux a entériné, début décembre, le lancement d'une procédure d'expulsion. Si le propriétaire du site souhaite «un départ spontané», force est de constater que près de deux mois plus tard, les choses en restent au point mort. Car, au final, ce sont deux visions qui s'opposent frontalement.
D'un côté, celle défendant «une nouvelle forme de mobilisation citoyenne, avec occupation de sites et désobéissance civile», de l'autre, la volonté de répondre «à la forte demande des PME», attirées dans les environs d'Arlon par la proximité avec le Grand-Duché. Pour Idélux, le projet de zoning à l'origine de l'occupation du site aura bien lieu, s'appuyant sur une décision de justice. Pour les opposants, «le combat se poursuivra, que ce soit ici ou ailleurs».
