Une usine 4.0

Goodyear à Dudelange: 77 millions d'euros investis

Première usine 4.0 construite en tant que telle au Luxembourg

Entouré par le nouveau patron de Goodyear Luxembourg à sa droite et par le grand patron du groupe, Etienne Schneider a donné le premier coup de pelle d'une usine innovante qui doit commencer à produire au second semestre 2019
Entouré par le nouveau patron de Goodyear Luxembourg à sa droite et par le grand patron du groupe, Etienne Schneider a donné le premier coup de pelle d'une usine innovante qui doit commencer à produire au second semestre 2019
Goodyear

Par Thierry Labro

La Maserati blanche attend au bord des pistes d'essais de Goodyear à Colmar-Berg. Equipé d'Eagle en 265/45R et en 20 pouces, le bolide italien est au coeur de la stratégie du leader mondial des pneumatiques au Luxembourg. Comme la Porsche 911 à ses côtés et tous les autres bolides disposés à l'extérieur et à l'intérieur du centre de recherches, transformé mardi matin en showroom.

Le marché est estimé à 30% des ventes annuelles mondiales et il posait jusque-là un problème au fabricant: les volumes sont nettement plus réduits que pour d'autres tailles de pneus qui équipent les voitures de Monsieur Tout le monde. Pour passer de la petite trentaine de composants au produit fini, il fallait tout modifier, perdre du temps, multiplier les opérations. Or c'est dans ces produits dits "de niche" que des parts de marché sont de plus en plus à prendre.

"Mercury", la future usine de Dudelange, une première au Luxembourg et une première mondiale, réglera ces problèmes. Sur 11.000 mètres carrés, soit jusqu'à trente fois moins de surface qu'une usine "classique" de l'Américain, un robot géant permettra de décider quel pneu produire en quelle quantité. Du sur-mesure pour des petits volumes. De quoi mieux s'adapter à la demande, la fournir dans de meilleurs délais et, surtout, faire face à la concurrence de fabricants asiatiques qui profitent d'une main-d'oeuvre à très bas coût, a commenté le directeur général du groupe, Richard J. Kramer.

C'est cela, l'industrie 4.0.

66 ans après que Goodyear a produit son premier pneu au Luxembourg, l'idée a trouvé une oreille attentive auprès des autorités luxembourgeoises: elle rentre parfaitement dans la stratégie défendue par Jérémy Riffkin. "J'aimerais d'ailleurs remercier les équipes de Goodyear d'avoir participé aussi activement aux différents groupes de travail de Rifkin", se félicite le ministre de l'Economie. 

Mardi matin, Etienne Schneider était allé poser dans la zone industrielle de Dudelange pour le premier coup de pelle, avant de prendre la direction de Colmar-Berg. "Goodyear a toujours été un partenaire fiable, un employeur important. Cette usine sera un nouvel exemple à l'échelle du Luxembourg mais aussi à l'échelle mondiale. Nous avons toujours soutenu les projets de Goodyear et Goodyear a toujours soutenu nos projets."

Le chantier de l'usine commencera avant la fin de l'année et les premiers pneus seront produits à partir du second semestre 2019. A terme, 500.000 pneus devraient sortir de production chaque année à coup de séries très petites, jusqu'à 500 pneus, par exemple, pour équiper des Rolls Royce. 

Sur le départ après avoir exercé dix-sept emplois dans six pays et quatre continents pour le fabricant de pneus, Jean-Claude Kihn, le manager de Goodyear au Luxembourg, expliquait que le choix s'était porté sur Dudelange, proposé par le gouvernement, parce qu'il fallait garder les ingénieurs à moins d'une demi-heure en cas de problème.

Pour le directeur général du groupe,  Richard J. Kramer, "Dudelange permet aussi de ne pas tout concentrer sur Colmar-Berg. Surtout que cette usine fonctionne sur des bases différentes de nos autres usines. Cela permet de leur laisser plus d'autonomie." Sur la scène, il évoquera "une révolution, afin de rendre les voitures plus sûres et de s'adapter aux évolutions des transports comme le partage de véhicules et le développement des voitures autonomes. Nous ne pouvons plus faire les choses comme d'habitude! Prenez la nouvelle classe S de Mercedes: nous avons 90 références de pneus!"

Le bourgmestre de Dudelange, lui, voyait évidemment d'un bon oeil arriver sur la zone industrielle une entreprise de cette réputation mondiale. "Après le déclin de la sidérurgie", a expliqué Dan Biancalana, "c'est un signe positif. La création de 70 emplois est une bonne chose".

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