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«Une convention de grande qualité»
Serge de Cillia se montre satisfait, mais ne crie pas victoire: «L'accord est le fruit de concessions réciproques.»

«Une convention de grande qualité»

(Photo: Guy Jallay)
Serge de Cillia se montre satisfait, mais ne crie pas victoire: «L'accord est le fruit de concessions réciproques.»
Économie 5 min. 17.05.2018

«Une convention de grande qualité»

Après s'être astreint à un silence médiatique le temps des discussions, le directeur de l'Association des Banques et Banquiers du Luxembourg (ABBL), Serge de Cillia, s'exprime pour la première fois sur les revendications patronales et l'accord de principe trouvé avec les syndicats.

L'Aleba a qualifié de «novateur» l'accord trouvé par les partenaires sociaux sur la future convention collective. Est-ce le début d'une nouvelle ère pour le secteur bancaire luxembourgeois?

Pour toutes les parties prenantes, il était clair dès le départ que rester sur l'ancien système n'était pas une solution viable et acceptable. L'ancienne convention collective n'est plus adaptée à notre époque, elle est difficilement praticable, quasiment illisible et contient des atrocités qui datent d'il y a plus de trente ans. Il y avait donc urgence à dépoussiérer le dispositif, à remettre tout à plat pour partir sur de nouvelles bases. Le point de départ de notre réflexion, il y a dix-huit mois, était donc d'innover, de simplifier et de garantir la transparence du système afin de permettre aux salariés de s'y retrouver. Par ailleurs, nous avons souhaité mettre l'accent sur différents enjeux et opportunités pour l'avenir de notre secteur.

Quels étaient pour vous les points absolument indispensables à mettre en place dans la future convention?

Pour les banques, il était important d'assurer, autant que possible, une certaine proportionnalité dans le nouveau dispositif. Actuellement, plus de 50 % des établissements bancaires au Luxembourg ont moins de 100 salariés. Ce qui veut dire que la convention collective ne peut s'appliquer de la même manière dans une grande banque de 3.000 salariés et dans un établissement de 50 personnes. A l'avenir chaque banque aura la possibilité de décider, en accord avec la délégation du personnel, de l'exécution pratique de certains dispositifs, conformément à ses exigences et ses contraintes.

La formation a également été au centre de vos préoccupations...

Un accent particulier a été mis sur les nouvelles compétences dont a besoin le secteur financier. Les banques évoluent de plus en plus vite et il faut savoir anticiper et s'adapter aux changements structurels qui s'opèrent dans toute l'Europe. L'ancienne convention collective ne tenait pas suffisamment compte de ces impératifs. Grâce à la nouvelle convention collective, nous serons à l'avenir mieux armés pour anticiper et préparer les salariés aux exigences du marché par la formation professionnelle. Les banques sont constamment à la recherche de nouveaux talents pour leurs différents domaines, que ce soit la fintech, la digitalisation, la clientèle internationale ou encore le cadre réglementaire. Il ne faut pas oublier non plus que nous sommes confrontés à la concurrence de la fonction publique sur le marché du travail luxembourgeois. Il était donc nécessaire d'apporter des modifications dans la structure des salaires en tant que telle ainsi que dans les salaires de début de carrière.

Vous empruntez donc de nouvelles voies dans le domaine de la rémunération.

Absolument, et dans ce contexte je tiens à rappeler que nous n'avons jamais dit que la nouvelle convention collective devait coûter moins cher que la précédente. Ce qu'on voulait dès le départ, c'était mettre en place un système de rémunération différent. Pour cela, nous avons procédé à une analyse critique de l'ensemble des critères existants. Nous avons pris en compte deux éléments: le salaire en tant que tel qui évolue avec les nouvelles compétences que les salariés peuvent acquérir, et les critères d'ancienneté et de fidélité à l'entreprise. Tous ces principes gardent leur importance mais ont été réorganisés et adaptés pour pouvoir atteindre les objectifs fixés.

En d'autres termes, c'est la fin du «principe de l'arrosoir», conformément à la demande du patronat?

C'était en effet un point crucial pour l'ABBL. Les dispositions qui se trouvaient dans les précédentes conventions collectives ne nous ont pas vraiment rendu service, dans le sens où les salariés les plus engagés, les plus productifs et ceux qui étaient engagés dans des projets de formation, n'étaient pas vraiment considérés à leur juste valeur. Nous avons donc redressé la situation afin d'être en mesure de mieux récompenser ces efforts. En même temps, il n'est pas question de retirer quoi que soit aux salariés qui sont dans l'entreprise depuis fort longtemps. C'est en fin de compte le mode de calcul du salaire et des différentes primes qui a changé.

Quelles autres revendications patronales avez-vous réussi à faire passer?

Un consensus a très vite émergé autour du bien-être au travail. Nous avons pris des mesures pour prévenir le burn out sur le lieu de travail; nous avons aussi beaucoup réfléchi sur les nouvelles manières de travailler en entreprise.

Un autre point d'achoppement fut le temps de travail. Et là aussi, nous avons réussi à faire valoir nos exigences. La flexibilité qui a existé dans certaines entreprises ne sera pas remise en cause du fait de l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le temps de travail de décembre 2016. Les banques bénéficieront d'une certaine dose de proportionnalité qui leur permettra de s'organiser en fonction de leurs métiers. Une banque retail a manifestement d'autres horaires qu'une banque privée ou une banque active sur les marchés. Il est clair que l'on ne va pas revenir aux horaires classiques de 8 à midi et puis de nouveau de 14 à 18 heures. Cela n'est d'ailleurs plus compatible avec nos modes de vie actuels et avec la vie familiale tout court.

Cette nouvelle convention collective va-t-elle rendre le secteur bancaire luxembourgeois plus attractif?

Nous avons éliminé un certain nombre d'obstacles superflus et inefficaces qui nous ont freinés pendant des années. Nous avons aussi pu aborder tous les sujets, ce qui est forcément une bonne chose. Les négociations ont de ce fait pris un certain temps, car nous avons toujours privilégié la qualité par rapport à la rapidité. Aujourd'hui, le résultat est clair: nous avons négocié une convention collective de grande qualité. Nous avons désormais les moyens pour progresser et avancer rapidement. En même temps, nous ne pouvons pas dire que nous sommes maintenant en bonne voie pour les dix prochaines années, car l'environnement et le cadre réglementaire évoluent très vite dans notre secteur. Il est donc nécessaire de faire le point tous les trois ans, pour voir si nous évoluons favorablement, ou si au contraire nous perdons des parts de marché en termes de compétitivité. Nous devons relever ce défi collectif, car ce qui est en jeu, c'est le maintien des emplois au cours des prochaines années.

Interview: Nadia Di Pillo


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