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"Un programme quinquennal ambitieux"
Économie 5 min. 05.10.2018 Cet article est archivé

"Un programme quinquennal ambitieux"

"Un programme quinquennal ambitieux"

AFP
Économie 5 min. 05.10.2018 Cet article est archivé

"Un programme quinquennal ambitieux"

Nadia DI PILLO
Nadia DI PILLO
La distribution des fonds d'investissement poursuit son développement en Asie. Comment se porte le marché et quelles sont les opportunités des fonds luxembourgeois dans cette région? Entretien avec Riccardo Millich, Sales Director chez Securities Services, HSBC Luxembourg.

Pouvez-vous présenter brièvement les activités de votre société dans le domaine des fonds d'investissement à Luxembourg?

L'activité de Securities Services fait partie de la division Global Banking & Markets d'HSBC. Nous fournissons des services complets de banque dépositaire, administration centrale et d'agent de transfert à des acteurs de la gestion collective situés aux quatre coins du globe et pour toutes les stratégies de gestion.

Pouvez-vous résumer la stratégie de HSBC Securities Services au Luxembourg?

HSBC Securities Services est actif sur le territoire luxembourgeois depuis plus de 30 ans. Notre stratégie est celle d'offrir aux grands acteurs internationaux de la gestion collective une gamme de services et une couverture géographique complètes permettant de garantir un service de grande qualité en ligne avec les attentes de nos clients.

Le Luxembourg a été identifié au niveau du groupe HSBC comme un pôle de croissance prioritaire pour l'activité de Securities Services, donnant lieu à des investissements très importants aussi bien au niveau des personnes que des solutions technologiques, car nous pensons que ceux-ci sont fondamentaux pour accroître nos parts de marché. Nous nous sommes donc lancés dans un programme quinquennal ambitieux d'investissements et de développements qui bénéficieront tout naturellement à nos clients sociétés de gestion d'actifs.

Que représente le marché asiatique pour votre activité de prestataire de service aux fonds d’investissement?

L'Asie est le marché domestique d'HSBC et l'un de nos marchés de croissance prioritaire. Nous avons une présence locale très importante dans la plupart des pays par le biais notamment de notre réseau de banques sous-dépositaires, nous donnant un accès direct à l'information, aux régulateurs et aux décideurs locaux.

Grâce à notre forte présence aussi bien en Asie qu'au Grand-Duché nous sommes idéalement placés pour comprendre les problématiques des gérants de fortune asiatiques qui souhaitent constituer des OPC (organismes de placements collectifs) au Luxembourg, et les accompagner dans leurs projets en leur faisant profiter de notre double expertise unique.

Comment a évolué votre activité sur ces différents marchés au cours des dernières années?

HSBC Luxembourg fournit aux sociétés de gestion asiatiques des services de banque dépositaire et d'administration centrale depuis la fin des années 90.

Aujourd'hui nous faisons bénéficier de nos services depuis Luxembourg ou l'Irlande à un nombre croissant de sociétés de gestion ou compagnies d'assurances basées dans les principaux marchés en Asie. Nous venons d'ailleurs de lancer tout début septembre un fonds d'investissement luxembourgeois RAIF (Reserved Alternative Investment Fund) pour un nouveau gestionnaire de renom, un client important du groupe HSBC basé à Hong Kong et en Chine.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées sur le marché asiatique?

Plusieurs facteurs ont entravé la croissance des fonds gérés par les gestionnaires asiatiques et ainsi découragé de nombreux acteurs de tenter l'aventure de l'OPCVM (organismes de placements collectifs en valeurs mobilières) luxembourgeois. Je vais en citer deux qui me paraissent très importants.

Le premier provient d'une méconnaissance de la part des gestionnaires asiatiques des techniques de distribution des fonds en Europe, et plus généralement de la typologie des marchés européens qui sont encore vus comme un marché unique, alors qu'il s’agit de marchés très différents les uns des autres. On ne vend en effet pas un fonds investissant en actions chinoises en Suède comme en Italie ou en Autriche. Il est primordial de faire une analyse de ces marchés, des canaux de distribution, de la typologie des investisseurs et de leur appétit pour les marchés asiatiques avant de se lancer.

Le second facteur est l'exposition encore très faible de la part des investisseurs européens aux marchés asiatiques. Cela pourrait changer avec l'inclusion progressive dans l'indice MSCI pour les marchés émergents des actions chinoises A qui pourrait avoir un impact sur les investisseurs passifs ainsi qu’actifs.

Comment voyez-vous l'avenir des fonds d'investissement luxembourgeois dans cette région?

Les OPCVM de droit luxembourgeois ont le mérite d'être acceptés dans le monde entier, puisqu'ils sont aujourd'hui distribués dans plus de 70 pays dont de nombreux pays asiatiques. Ils sont maintenant une marque internationale forte. Il n'est donc pas rare de voir des gestionnaires asiatiques constituer des fonds au Luxembourg pour les vendre à des investisseurs institutionnels basés en Asie ou en Amérique latine. Ceci permet d'attirer des premiers capitaux et de réaliser une bonne performance pendant les premières années d'existence du fonds, critères fondamentaux aux yeux des investisseurs institutionnels européens. La renommée des OPC de droit luxembourgeois dans le cadre de la distribution transfrontalière et le souhait de la part des acteurs asiatiques de se développer à l'international devrait garantir un futur radieux et de très belles opportunités de collaboration entre les deux continents.

De nombreuses initiatives y ont vu le jour, comme l'«Asean CIS» (Collective Investment Scheme) entre la Thaïlande, la Malaisie et Singapour, le «traité de reconnaissance mutuelle des fonds» entre la Chine et Hong Kong et l'«Asia Region Funds Passport» qui facilite l'offre transfrontalière dans six pays de la région. Est-ce que cela représente une difficulté additionnelle pour vos activités en Asie?

Il est assez naturel que des centre financiers importants tels que Hong Kong ou Singapour cherchent à développer leur industrie de la gestion collective. Je ne pense pas cependant que ces initiatives (y compris le dernier-né Singapore Variable Capital Company S-VACC) constituent une menace pour la popularité des fonds UCITS luxembourgeois, qui sont par ailleurs déjà très utilisés et très appréciés par les gestionnaires dans cette région du monde. D'ailleurs le succès de ces initiatives reste pour l'heure assez modeste. Je crois plutôt en une complémentarité entre les produits UCITS européens et les produits pan-asiatiques puisque ces derniers pourraient permettre d’accéder à des marchés encore relativement fermés, comme la Thaïlande ou la Malaisie.


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