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Un naufrage sans précédent
Économie 5 min. 02.10.2019

Un naufrage sans précédent

Immatriculé au Luxembourg, propriété d'un armateur français, le Bourbon Rhode a coulé le 26 septembre dernier.

Un naufrage sans précédent

Immatriculé au Luxembourg, propriété d'un armateur français, le Bourbon Rhode a coulé le 26 septembre dernier.
Photo: Bourbon
Économie 5 min. 02.10.2019

Un naufrage sans précédent

Marc AUXENFANTS
Marc AUXENFANTS
L'accident du Bourbon Rhode constitue une première pour un navire sous pavillon luxembourgeois.

Le 26 septembre dernier, le Bourbon Rhode, un remorqueur et ravitailleur du groupe français Bourbon, enregistré sous pavillon luxembourgeois, sombrait à environ 220 km des côtes martiniquaises, victime de l'ouragan «Lorenzo».  Les secours dépêchés à sa rencontre ont pu sauver trois des 14 membres de l’équipage. Depuis, le navire a coulé et deux autres marins ont été retrouvés sans vie. Le reste de l'équipe est encore porté disparu. 

Croates, Philippins, Russes, Sud-Africains, Ukrainiens: aucun personnel à bord du 100 tonnes n’était ressortissant luxembourgeois. Une information confirmée par Robert Biwer, le directeur du Commissariat aux affaires maritimes (CAM). L’autorité de surveillance du secteur est notamment chargée d’agréer les entreprises maritimes qui opèrent à partir du Luxembourg, d'accorder l'autorisation d’immatriculation à leurs navires, et de délivrer le livret de marin aux membres de leurs équipages. Selon son rapport d’activités 2018, 22 navires ont ainsi été immatriculés et 28 ont été radiés. Aujourd'hui, le registre maritime luxembourgeois compte 218 navires.

L'année dernière, 239 entreprises maritimes et 59 dirigeants ont été agréés. En outre, 2.691 nouveaux livrets de marin ont été délivrés aux gens de mer. «Un marin sur cinq, est philippin (21,55 %), suivent l’Ukraine (10 %), la Belgique (9 %), l’Inde (6,4 %) et la Croatie (5,8 %)», détaille le rapport d'activités. Récemment enregistré au Grand-Duché, le Bourbon Rhode est utilisé dans le combat anti-feu, le ravitaillement ou le déplacement des plates-formes en mer. Il était en route pour intervenir sur un nouveau chantier. Son propriétaire, le groupe Bourbon, est basé à Marseille. 

Créé en 1948, il revendique actuellement une flotte de 483 navires, et dispose de 31 filiales opérationnelles dans 47 pays. Il emploie 8.200 salariés de 84 nationalités. Selon le Commissaire aux affaires maritimes, l'armateur marseillais disposerait de personnel (trois salariés) au Grand-Duché, condition non négociable pour affréter un navire sous pavillon luxembourgeois. Selon la loi du 17 juin 1994 en effet, «peuvent bénéficier du statut d'entreprise maritime, les entités qui ont pour objet l'achat, la vente, l'affrètement, le frètement et la gestion de navires de mer, ainsi que les opérations financières et commerciales s'y rattachant directement ou indirectement». 

Pour Robert Biwer, les entreprises maritimes immatriculées au Luxembourg ne sont pas des boîtes aux lettres.
Pour Robert Biwer, les entreprises maritimes immatriculées au Luxembourg ne sont pas des boîtes aux lettres.
Photo: Christophe Olinger

«Ce ne sont donc pas des  boîtes à lettres. Nous exigeons un lien avec le Luxembourg», affirme Robert Biwer. «Celles-ci et leurs dirigeants doivent être agréés au Grand-Duché. Mais elles ne doivent pas nécessairement avoir toutes leurs activités chez nous». Autres conditions pour battre pavillon «Roude Léiw»: le navire doit être enregistré auprès du Conservateur aux hypothèques. Il doit en outre être en condition de naviguer. «Nous faisons contrôler l’état technique du navire», rappelle Robert Biwer. Le CAM dispose pour cela d'un réseau d'inspection des bateaux. Ainsi, en 2018, 140 navires ont fait l’objet d’un contrôle technique. 

Parmi les principales déficiences constatées: la documentation jugée insuffisante du navire et/ou des équipages (36,84 % des constats), ainsi que la sécurité incendie (9,84 %). À cela s'ajoutent d'autres «descentes» inopinées des autorités portuaires, dès l'amarrage à quai. Les défauts les plus souvent identifiés sont les mêmes que lors des contrôles techniques. Les conditions de travail des marins sont également scrutées. Aussi, les contrôles effectués par les services ou pour le compte du CAM en 2018, font état d'insuffisances en matière de protection de la santé, de soins médicaux, de bien-être et de protection sociale des gens de mer (7,55 % des cas identifiés en 2018), ainsi que de manquements aux conditions de travail à bord (6,18 % des cas).

Deuxième enquête à venir

Pour les dégâts et pertes causés, le Bourbon Rhode sera couvert: une mutuelle d’assurances de protection et d'indemnisation privée assure en effet les opérations des navires en mer, ainsi que les marins à bord. Le club d’assureurs internationaux prend en charge les risques illimités ainsi que les acteurs traditionnels hésitent à assurer. «Ceux-ci ont été audités et vérifiés par nos services», confirme le directeur du CAM. Quelles sont les attributions de ce dernier, en cas d’accidents, comme du navire luxembourgeois? «En tant qu’État de pavillon, nous sommes avertis du déroulement de la situation: nous recevons des messages, aussi bien de l’armateur, que du centre de recherches en mer, qui coordonne les opérations», répond Robert Biwer. 

Pour faire la lumière sur les circonstances du drame, l'Administration luxembourgeoise des enquêtes techniques (AET) a ouvert une enquête indépendante de sécurité. «Comme il y a eu mort d’homme, une seconde investigation sera engagée, en collaboration avec le Parquet cette fois, afin de comprendre ce qui s’est passé, et pour déterminer les responsabilités dans cette affaire», poursuit-il. «Pour le moment, nous suivons de loin l’évolution de la situation».

700.000 euros de recettes

Le cas est sans précédent pour le CAM. «C’est le premier naufrage d’un navire sous pavillon luxembourgeois », note son directeur. «Nous avons eu des collisions et quelques attaques de pirates». En février 2018, le «St-Marseille avait été attaqué au Bénin, par des pirates, qui avaient ensuite pris la fuite, n'ayant trouvé de cargaison à bord. Le cas n'est pas isolé. Selon le «Piracy Reporting Center», l'année 2018 a vu un rebond de la piraterie maritime dans le monde, avec 201 actes répertoriés, contre 180 en 2017, soit une hausse de près de 12 %. En juin 2019, 79 cas avaient été signalés.

Créé en 1990, le Commissariat aux affaires maritimes emploie 16 salariés payés par l'État. Il reçoit une dotation de ce dernier d'environ 300.000 euros. Par ailleurs, il perçoit quelque 700.000 euros émanant de recettes d'immatriculations, d'inspection, de délivrance de permis, selon les chiffres communiqués par son directeur. 


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