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«Un intérêt commun pour la Place d'attirer les meilleurs»
Économie 6 min. 23.01.2020

«Un intérêt commun pour la Place d'attirer les meilleurs»

Pour Roberto Mendolia, président de l'Aleba, la nouvelle convention collective «a été faite pour que les gens ne perdent rien».

«Un intérêt commun pour la Place d'attirer les meilleurs»

Pour Roberto Mendolia, président de l'Aleba, la nouvelle convention collective «a été faite pour que les gens ne perdent rien».
Photo: Chris Karaba
Économie 6 min. 23.01.2020

«Un intérêt commun pour la Place d'attirer les meilleurs»

Jean-Michel HENNEBERT
Jean-Michel HENNEBERT
Alors que le secteur financier reste le principal pilier de l'économie, la question de son attractivité reste au centre des discussions. Pour l'Aleba, principal syndicat de la Place, la nouvelle convention collective doit garantir cette situation, même si «certaines ambiguïtés» demeurent.

En poste depuis juin 2019 pour un mandat de cinq ans, Roberto Mendolia se retrouve à la tête du principal syndicat du secteur financier et des assurances. Un syndicat centenaire qui a conservé sa représentativité sectorielle lors des dernières élections sociales malgré quelques remous internes. Rencontre.

Monsieur Mendolia, comment se porte, selon vous, la Place en ce début 2020 ?

Roberto Mendolia: «Premièrement, il faut souligner qu'il n'existe aucun plan social en cours de négociation pour l'instant. Ceux qui ont été annoncés au cours des derniers mois sont en cours d’exécution (licenciement de 32 personnes chez HSBC Private Bank ou 200 salariés chez RBC Luxembourg, ndlr). Deux institutions pourraient prochainement faire de nouvelles annonces quant à une réduction de leur personnel, mais ce ne sont pas des acteurs spécialement gros. Sans oublier qu'il y a une liquidation qui est toujours en cours et pour laquelle je n'ai toujours pas satisfaction, raison pour laquelle j'envisage d'aller beaucoup plus loin.

Roberto Mendolia a été élu président de l'Aleba en juin 2019 et succède à Roberto Scolati.
Roberto Mendolia a été élu président de l'Aleba en juin 2019 et succède à Roberto Scolati.
Photo: Chris Karaba

 Vous faites référence ici au dossier ABLV dont la liquidation judiciaire a été actée depuis juillet 2019...

«Absolument. Nous attendions la date du 10 janvier, date finale pour que tous les créanciers se manifestent. Ce délai est passé, raison pour laquelle je veux une date pour la mise en place concrète d'un plan social pour les 15 personnes concernées. J'ai d'ores et déjà contacté un avocat spécialisé pour résoudre cette situation depuis trop longtemps, car certaines choses ne tournent pas rond. Même si je reste encore ouvert au dialogue avec les liquidateurs de la filiale luxembourgeoise, j'estime que les grandes lignes d'un plan social acceptable doivent être posées au plus tard fin janvier, tant qu'il y a encore des fonds pour pouvoir le réaliser. 

Au-delà de ce cas précis, la tendance à la réduction du nombre de filiales au profit des succursales observée ces dernières années sur la Place se poursuit-elle?

«Il faudrait que je me plonge dans le détail pour pouvoir l'affirmer, mais ce qui compte c'est la manière dont nous pouvons maintenir les emplois au Grand-Duché et donc éviter les outsourcings, autre tendance observée dans bon nombre d'acteurs du secteur.

Photo:Chris Karaba

 La nouvelle convention collective du secteur financier visait notamment à atteindre cet objectif. Cela sera réellement le cas?

«Ce nouveau texte est effectivement suffisamment attractif pour garder les personnels présents. Et ce, même si l'ABBL utilise cet état de fait de dire que nous sommes trop chers, ce qui pénaliserait notre attractivité. C'est pourquoi je leur réponds toujours que les talents, les cerveaux sont ici et que notre personnel est non seulement multilingue mais aussi extrêmement flexible. De mon point de vue, la Place reste donc extrêmement attractive, même par rapport à des pays où les banques ont l'habitude d'outsourcer, comme la République tchèque ou l'Irlande. Dans ces pays, les salaires augmentent de 10 ou 15% chaque année, idem pour l'immobilier alors que leur système de sécurité sociale, par exemple, est bien inférieur à ce qui existe ici. De ce point de vue, Luxembourg est l'endroit idéal pour une place financière, même devant Francfort.

Discutée pendant 18 mois, la nouvelle CCT est entièrement nouvelle et définit un nouveau cadre pour tous les salariés. Sa mise en oeuvre s'annonce-t-elle compliquée?

«Certaines ambiguïtés doivent encore être levées lors des prochaines négociations. Je parle d'ambiguïtés car l'application de cette convention doit être précisée. C'est notamment le cas, par exemple, pour les personnes embauchées en 2015 et qui se retrouvent dans le groupe D vont gagner le salaire minimum de ce groupe. Mais quid de leurs cinq années d'expérience? Ce n'est pas précisé, ce qui signifie que chaque banque pourra faire ce que bon lui semble, au risque de créer des discriminations. Selon mes estimations, ce genre de cas pourrait représenter entre 10 et 20% des personnels de la Place. 

Autre cas tendancieux, le 26e jour de congé légal pour lequel l'ABBL adopte une attitude totalement hypocrite. Dire que la convention collective est écrite de telle manière que cela ne donne pas droit à ce jour supplémentaire pour les salariés du secteur fait que nous sommes en conflit avec les représentants du patronat.


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Où en sont concrètement les discussions sur ce point, évoqué depuis avril 2019?

«J'ai relancé l'ABBL quasiment tous les mois et juste avant Noël, ils m'ont répondu négativement sur les quatre points litigieux. A savoir ce 26e jour bien évidemment, les changements de groupe où il existe des différences d'applicabilité, le paiement des heures travaillées les jours fériés légaux où là aussi il y a une lecture hypocrite de la convention et enfin la question de promotion des salariés qui devrait, selon nous, tomber sous le coup de la codécision de la délégation du personnel. Il a donc été décidé en intersyndicale que nous communiquerons prochainement sur le sujet pour évoquer les possibles actions que nous mènerons. 

La notion de performance individuelle, introduite dans la nouvelle CCT, semble encore et toujours poser problème...

L'ABBL a fait, lors des négociations de la nouvelle convention, des pieds et des mains pour retirer ce qu'ils appellent l'arrosoir, à savoir donner une augmentation automatique à 66% de gens. Nous avons eu des concessions en contrepartie dont la redistribution aux salariés de 1% de la masse salariale des établissements, sauf que pour le patronat, ce 1% pourrait être donné à une seule personne. Or, du point de vue syndical, les critères de redistribution de cet pourcentage doivent être négociés en codécision avec la délégation du personnel. Si nous savions dès les négociations que nous allions avoir un problème sur ce point précis, nous n'avions pas imaginé que nous aurions droit à tant d'hypocrisie de la part de l'ABBL.

Vous avez évoqué à plusieurs reprises le terme d'hypocrisie en parlant de l'ABBL. Cela signifie-t-il qu'ils n'auraient pas tenu leurs engagements?

Tout le monde a intérêt à ce que la convention collective soit attractive et que la Place attire ou garde les meilleurs talents. Avec un coût mesuré. Ce que nous demandons n'est pas démesuré, même s'il est vrai que pour chaque établissement, la mise en oeuvre de ce nouveau texte va être un peu plus onéreuse. Tout a été fait pour que les gens ne puissent pas perdre.


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