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Un emploi sur deux automatisable
Le télétravail, appelé à se développer. Pour le salarié et pour le trafic.

Un emploi sur deux automatisable

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Le télétravail, appelé à se développer. Pour le salarié et pour le trafic.
Économie 6 min. 19.06.2018

Un emploi sur deux automatisable

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Plus que le nombre d'emplois, la digitalisation a modifié la nature des emplois. Nouvelles compétences numériques et humaines sont nécessaires dans un environnement plus flou.

Malgré la crise économique de 2008-2009, le Luxembourg a créé près de 10.000 nouveaux emplois par an depuis 2006. C'est le chiffre que le ministre de l'Economie, Etienne Schneider, a rappelé à la mi-journée, lundi, lors de notre heure de rencontre avec nos lecteurs. 

«Quand j'ai pris mes fonctions, il y avait à peu près 44.000 emplois sur la place financière. On est aujourd'hui à 46.000. Si vous m'aviez dit il y a cinq ans qu'on serait à 46.000, j'aurais signé tout de suite», dira mercredi le ministre des Finances, Pierre Gramegna, dans notre supplément «Classement des banques». 

 «Les nouvelles technologies viennent bouleverser le marché de l'emploi: des suppressions d'emplois sont attendues, des compétences en informatique seront exigées à terme dans tous les métiers. Mais les indicateurs sur l'emploi au Luxembourg ne montrent pas à ce stade une destruction massive des emplois pour autant», assurait récemment le ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Economie sociale et solidaire, Nicolas Schmit, dans une autre interview. 

86 % des employeurs prévoient de recruter 

C'est aussi ce que dit une étude de Thor Berger et Carl Benedikt Frey pour l'OCDE. 

«D'une part, il semblerait que la portée potentielle de l'automatisation s'est développée au-delà du travail de routine, rendant les changements technologiques potentiellement de plus en plus générateurs d'économies de main-d'œuvre: au cours des prochaines décennies, selon des estimations récentes, 47 % des emplois américains pourront être automatisés. [54 % en Europe, de 47 % en Suède à 62 % en Roumanie, selon l'Institut Bruegel]. D'autre part, il existe des preuves suggérant que les technologies numériques n'ont pas créé beaucoup de nouveaux emplois pour remplacer les anciens et une estimation de la limite supérieure montre que la main-d'œuvre des Etats-Unis n’est utilisée qu’à hauteur de 0,5 % dans les industries numériques qui ont émergé au cours des années 2000. Néanmoins, à ce jour, sur la base d’une première estimation, il n'y a aucune preuve que la révolution informatique ait réduit la demande globale pour les emplois dans les secteurs de l'économie qui sont technologiquement en stagnation, y compris dans les soins de santé, l’administration et les services aux personnes, qui continuent à engager du personnel et à créer de larges possibilités d'emploi.» 

Selon les chiffres de 2013 des deux chercheurs, seules deux activités sur 900 passées en revue n'utilisent aucune technologie numérique et près de 50 % des travailleurs de l'OCDE avaient vu, à ce moment-là, leur routine de travail ou leurs connaissances bousculées par la technologie. 

D'une étude menée par Manpower auprès de 20.000 employeurs dans 42 pays, il ressort que 86 % des employeurs prévoient d'augmenter leurs effectifs face à l'automatisation. Seuls 10 % prédisent une réduction de leurs équipes. 

Aux Etats-Unis, 25 % des entreprises anticipent un recrutement en hausse contre à peine 3 % en Chine. L'Autriche est le plus pessimiste devant la Norvège, la Slovénie, la Roumanie, la Slovaquie, la Finlande, Hong-Kong et la Bulgarie. Les Etats-Unis, la France ou la Belgique sont parmi les plus optimistes derrière le Guatemala, Panama, et le Pérou. 

La formation tout au long de la vie, un élément clé 

C'est ce que Caroline Lamboley appelle la «destruction constructive». Cette spécialiste des ressources humaines qui a récemment quitté BDO pour créer Lamboley Executive Search, un cabinet de chasseurs de têtes, voit encore un fossé entre les paroles et les actes. 

«Les jeunes générations ont compris qu'ils devraient se former en permanence. Les autres en sont conscients mais doivent s'y mettre.» Pour elle, les responsables des ressources humaines auront surtout avec les technologies «un outil prédictif précieux. Au lieu d'être dans la réaction face à une situation, le traitement des données permet de mieux s'adapter à ces impératifs que sont la flexibilité et la mobilité. C'est là que la guerre des talents va se jouer au Luxembourg. A charge pour l'entreprise de trouver des moyens de créer un esprit d'équipe, des sentiments d'appartenance.» 

Les sociétés pérennes, assure-t-elle, «miseront davantage sur le delivrable que sur la présence de leurs salariés huit heures par jour. Quand les salariés travaillent de chez eux, ils savent qu'on va leur demander des comptes et souvent, ils en font plus pour ne pas être critiquables et pouvoir continuer à travailler dans ces conditions.» 

A la mi-journée, lundi, le ministre de l'Economie a répété quelques-unes des pistes en discussions, comme le télétravail ou l'installation aux frontières du pays de plate-forme de travail, par exemple pour les salariés des «Big Four» (PwC, KPMG, Deloitte et EY), qui comptent parmi les plus gros employeurs du pays mais n'ont pas forcément besoin d'installer tout le monde au centre-ville. 

Face aux problèmes de circulation, de plus en plus de frontaliers calculent leur taux horaire en y intégrant les deux à trois heures par jour passées sur la route. Ce qui rend leur salaire moins compétitif. 

Au-delà des pays, c'est en épluchant les métiers dans l'étude de Manpower que son propos s'illustre: les prévisions les plus négatives sont dans les domaines administratifs et comptables; les plus positifs dans la production, le front office (clientèle) et dans l'IT. Dans le domaine de l'immobilier ou de l'assurance, les recrutements seront cinq fois plus élevés dans l'IT que dans la comptabilité, alors que les ressources humaines deviendront les parents pauvres.

Savoir collaborer, compétence recherchée 

L'étude pointe aussi la recherche de nouveaux profils aux compétences humaines: la capacité à collaborer est citée dans 75 % des cas, suivi des compétences en matière de communication écrite et orale et de la recherche de solution. «L'usage intensif de l'e-mail peut engendrer de l'anxiété liée à l'infobésité et aux difficultés de se déconnecter», dit de son côté la chercheuse du Liser, Ludivine Martin, dans une étude sur la motivation des salariés parue fin février

«Parmi les technologies de l'information, l'usage du workflow augmente l'intérêt que le salarié porte à son travail et son investissement au travail pour donner le meilleur de lui-même et ne pas échouer. Toutefois certaines technologies de communication (web-conférences, logiciels de groupe) lorsqu'elles sont mal utilisées, peuvent, au-delà du bénéfice premier qu'elles apportent avoir des effets négatifs sur l'autonomie des salariés», les décisions sont alors plus souvent prises par les échelons hiérarchiques supérieurs. «L'usage combiné des différentes technologies incite les employés à quitter leur emploi.»

Sur tous les aspects, le monde du travail est appelé à être profondément bouleversé dans les années à venir.

Pour aller plus loin

Ce qu'en pense le Forum économique mondial.

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