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Travailler plus longtemps inquiète salariés et patrons
Économie 4 min. 13.06.2019

Travailler plus longtemps inquiète salariés et patrons

77% des salariés estiment que l'allongement de la vie professionnelle générera un «désintérêt» pour leur travail, selon une étude.

Travailler plus longtemps inquiète salariés et patrons

77% des salariés estiment que l'allongement de la vie professionnelle générera un «désintérêt» pour leur travail, selon une étude.
Photo: AFP
Économie 4 min. 13.06.2019

Travailler plus longtemps inquiète salariés et patrons

L'allongement de la vie professionnelle est un «sujet de préoccupation», en termes de «santé», «d'usure professionnelle» ou «d'employabilité», selon une étude publiée ce jeudi.

(AFP, Marc Auxenfants) - 88% des salariés estiment que travailler plus longtemps risque de générer «de la fatigue physique» et des «difficultés à tenir le rythme», selon une étude de Malakoff Médéric Humanis et Harris interactive publiée ce jeudi. 83% pensent aussi que l'allongement de leur vie professionnelle générera des «problèmes de santé pouvant interférer avec l'exercice professionnel». 80% indiquent par ailleurs qu'ils rencontreront des «difficultés pour changer de poste ou d'entreprise». 

Sur le sujet, Edouard Philippe a assuré cette semaine que la future réforme des retraites maintiendrait «la possibilité d'un départ à 62 ans», mais que l'exécutif définirait «un âge d'équilibre» afin de pousser les Français à «travailler plus longtemps». 

«Désintérêt» et «démotivation»

Selon l'étude, les salariés déclarent que l'allongement de la vie professionnelle générera (à 77%) un «désintérêt» pour leur travail ou une «démotivation», tandis que 75% pensent qu'ils risquent d'être «discriminés» en raison de leur âge en termes de promotion et de formation. 

Côté dirigeants, 63% se disent «préoccupés» par la probable hausse des «risques d'accidents et de maladies professionnelles», et 53% par celle des «arrêts maladie». 53% craignent aussi une hausse du «coût» du travail et de la «résistance aux changements dont les salariés seniors (45 ans et plus) pourraient faire preuve». 

48% craignent un «manque de capacité d'adaptation aux nouveaux outils et technologies» parmi les salariés les plus âgés. Côté motivation, 39% des dirigeants estiment que l'allongement de la vie professionnelle risque de créer un «moindre turnover et une trop grande séniorité» des équipes et même une «fracture générationnelle parmi les salariés». Ils sont 30% à se préoccuper du risque de «discrimination liée à l'âge» et 30% de la «difficulté» de diriger des salariés seniors.

Toutefois, seulement «un dirigeant sur cinq» déclare avoir mis en place des actions spécifiques au sein de son entreprise (tutorat/mentoring, changements de poste pour les métiers pénibles, aménagement des fins de carrière, du temps de travail...). 

Pour les auteurs de l'étude, les entreprises doivent  «opérer une révolution culturelle, pour passer à une approche holistique des carrières, davantage axée sur des parcours professionnels, des métiers ou des profils». 

Le Luxembourg tout aussi impacté

Selon eux, l'approche devrait reposer sur quatre axes: 

  • une action sur les conditions de travail (horaires rythmes, postes, compétences…), par un renforcement de la prévention santé et pénibilité via des changements et/ou des aménagements de postes;
  • le maintien de l’employabilité: «À travers des politiques de développement des compétences tout au long de la vie professionnelle et des politiques qui favorisent le partage d’expériences et de connaissances et permettent aux salariés d’évoluer vers des changements de poste, plus en phase avec leur expérience, leurs compétences et leur état de santé»;
  • le pari sur l’intergénérationnel: notamment au travers de la transmission des compétences des seniors vers les plus jeunes et du reverse mentoring. «En effet, 60 % des salariés de plus de 54 ans pensent pouvoir faire profiter l’entreprise de leurs compétences, notamment envers les salariés plus jeunes», précise l'enquête.

Celle-ci a été réalisée auprès de 400 dirigeants d'entreprise et de 1.003 salariés d'entreprises privées ou publiques (hors fonction publique) et par téléphone du 14 février au 4 mars 2019.

Au Grand-Duché également, la thématique des seniors actifs soulève de nombreuses questions: «Comment devront évoluer nos systèmes de retraite pour financer ces pyramides d'âges qui sont en train de s'inverser, quel est l'impact sur l'âge à la retraite, comment peut-on intégrer plus longtemps les personnes âgées dans la vie active», estime l'économiste Sylain Cottong.

«La formation professionnelle peut être une réponse au vieillissement des actifs», répond Muriel Bouchet, senior économiste à la Fondation Idea, qui constate que «dans certains secteurs comme le commerce ou les services administratifs, les formations destinées aux personnes de plus de 50 ans laissent encore beaucoup à désirer».


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