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«Tout reste à faire»
Économie 7 min. 13.12.2013

«Tout reste à faire»

Le président de l'Alfi se montre plutôt satisfait des engagements pris par le gouvernement dans le domaine des fonds d'investissement.

«Tout reste à faire»

Le président de l'Alfi se montre plutôt satisfait des engagements pris par le gouvernement dans le domaine des fonds d'investissement.
(Photo: Tania Feller)
Économie 7 min. 13.12.2013

«Tout reste à faire»

Marc Saluzzi, président de l'Alfi, continue à s'opposer à une taxe sur les transactions financières, même si cette dernière est appliquée au niveau mondial.

(ndp) - Le président de l'Alfi se montre plutôt satisfait des engagements pris par le gouvernement dans le domaine des fonds d'investissement. Mais deux sujets l'interpellent en particulier: la taxe sur les transactions financières et la promotion du secteur financier à l'étranger. Consolidation de la place du Luxembourg comme plate-forme mondiale des fonds, pas de hausse de la taxe d'abonnement...

  • A la lecture du programme gouvernemental, on imagine facilement que l'Alfi est plutôt satisfaite...

La plupart des idées que nous avions relayé auprès de l'ensemble des partis politiques avant l'élection du 20 octobre ont été reprises dans le programme de la nouvelle coalition. De ce point de vue-là, nous sommes globalement satisfaits. Maintenant, cela reste uniquement un programme et il nous reste à voir comment tout cela va être mis en œuvre.

  • Dans son programme, le gouvernement maintient malgré tout la référence à une taxe sur les transactions financières au niveau mondial. 

Cette référence, bien qu'elle concerne l'application d'une taxe sur les transactions financières au niveau mondial, nous gêne malgré tout. Si cette taxe venait à être appliquée au niveau global, cela sera très nuisible pour l'industrie des fonds d'investissement. La position de l'Alfi est donc de s'y opposer qu'elle soit appliquée au niveau européen ou mondial.

  • Le gouvernement souhaite dynamiser la promotion de la place financière à l'étranger. Cela répond à vos attentes...

Nous avions suggéré au gouvernement d'investir massivement dans la promotion du secteur financier et donc par ricochet dans le secteur des fonds d'investissement. Dans le programme du gouvernement, nous voyons qu'un accent est mis sur la promotion du secteur financier, mais il n'est pas quantifié en argent sonnant et trébuchant! Et donc nous restons encore un peu sur notre faim. Le fait de fusionner «Luxembourg for Finance» et «Luxembourg for Business» n'est pas vraiment le sujet le plus important. Les deux sujets les plus importants lorsqu'il s'agit de la promotion de la place financière c'est de savoir 1. de quels moyens on dispose et 2. comment s'assurer que, dans le cadre de cette promotion, le dialogue entre le secteur privé et le secteur public soit le meilleur possible. Sur ces deux points, nous n'avons pas forcément de réponses dans le texte du gouvernement.

  • Qu'attendez-vous de l'Etat concrètement?

Aujourd'hui le secteur privé porte clairement l'essentiel des efforts de promotion, notamment du côté de la place financière. Nos membres ont du mal à investir davantage dans cette promotion. Il faut donc qu'on ait un peu plus de support du gouvernement. Quand on voit ce que la place financière rapporte à l'Etat luxembourgeois, je pense que ce serait un investissement qui ferait beaucoup de sens.  Nous avons chiffré le montant investi par nos membres dans la promotion des fonds en dehors du Luxembourg, notamment dans le cadre de la vingtaine de roadshows que nous organisons chaque année. Ainsi, quand on totalise le temps passé par nos membres, l'argent investi pour sponsoriser ces roadshows et les dépenses pour se déplacer dans ces pays lointains, on arrive facilement à trois millions d'euros par an. L'Etat aujourd'hui n'investit pas trois millions dans la promotion de notre industrie! Je pense donc qu'il est temps de remédier à ce décalage.

  • Le gouvernement annonce dans son programme qu'il étudiera l'opportunité de réformer en profondeur le régime d'imposition des fonds d'investissement. Cela vous paraît-il pertinent?

Il est en tout cas important d'en discuter et de mettre toutes les options sur la table. Nos fonds d'investissement ne se trouvent pas dans le périmètre d'un certain nombre de traités de non double imposition aujourd'hui. Dans la mesure où il est très difficile de modifier ces conventions, une des idées serait de modifier le régime fiscal de nos fonds pour les faire entrer dans le champ d'application de ces conventions. Par rapport à un certain nombre de pays, cela pourrait être extrêmement avantageux pour l'industrie luxembourgeoise des fonds. J'étais en déplacement en Chine la semaine dernière. Lorsqu'un investisseur étranger investit sur le marché domestique chinois il paie une taxe sur les plus values de dix pour cent. Si nous avions une convention de non double imposition à laquelle nos sicavs étaient soumises, nous pourrions éviter cette taxe et être d'autant plus compétitifs. Cela vaut pour toute une série d'autres marchés. La réforme du régime d'imposition des fonds reste donc une piste intéressante à explorer.

  • Autre idée lancée par le gouvernement: celle d'un programme de promotion pour attirer les plus grands fonds «private equity».

L'industrie du «private equity» au niveau global a organisé la plupart de ses véhicules d'acquisition au départ de Luxembourg. Malgré tout, nous n'avons pas véritablement réussi à attirer dans le pays les fonds d'investissement «private equity» qui sont généralement au-dessus de ces véhicules d'acquisition. C'est clairement un des objectifs poursuivis avec la mise en œuvre d'AIFMD. La loi votée par la Chambre des députés en juillet dernier transpose non seulement la directive européenne en droit luxembourgeois, mais prévoit aussi la création d'un régime de «limited partnership», qui est le régime de prédilection des acteurs du «private equity», ainsi qu'un régime de taxation plus clair en ce qui concerne le «carried interest», à savoir le mécanisme de rémunération de ces fonds «private equity». Avec toutes ces nouveautés, nous avons peut-être trois arguments de plus pour attirer ces fonds d'investissement à Luxembourg et augmenter donc encore notre part de marché dans cette industrie.

  • Que pensez-vous de la nomination de Pierre Gramegna au poste de ministre des Finances?

Nous connaissons très bien Pierre Gramegna, puisqu'il était long-temps actif au sein de Luxembourg for Finance, l'organisme de promotion de la place financière. La deuxième chose qui nous paraît importante, c'est que M. Gramegna ayant œuvré dans le secteur privé pendant des années, il est particulièrement conscient de l'importance pour le secteur public de bien interagir avec le secteur privé pour développer notre place financière. Je pense que nous aurons donc de bonnes discussions avec lui sur la façon de travailler ensemble dans le cadre de ses nouvelles responsabilités.

  • La présence d'Alain Kinsch à la table des négociations a été beaucoup commentée, voire critiquée. Que pensez-vous de cette «méfiance» à l'égard de l'influence du secteur privé?

    Le fait de faire appel à des experts est de mon point de vue une bonne initiative. Alain Kinsch est un expert. On lui a demandé son avis et il l'a donné. Mais au-delà du cas «Kinsch», le point vraiment important c'est ce dialogue entre le secteur privé et le secteur public. Parfois, cela n'est pas très bien compris ou alors perçu comme étant un problème de gouvernance. Au Luxembourg, les décideurs politiques ont toujours eu l'intelligence de prendre l'avis du secteur privé et des meilleurs experts disponibles au sujet de la place financière du Luxembourg. Je crois que c'est une bonne chose de le faire. Si la place financière en est là aujourd'hui, c'est largement dû à l'ouverture d'esprit de la classe politique et des autorités de contrôle luxembourgeoises, qui ont toujours cherché à avoir l'avis du secteur privé avant de prendre une initiative. C'est un réflexe extrêmement louable.


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