Tourisme

Ne l'appelez pas «booking.lu»

La Mullerthal n'est plus la seule région touristique intéressée par la nouvelle plate-forme qui doit voir le jour en novembre
La Mullerthal n'est plus la seule région touristique intéressée par la nouvelle plate-forme qui doit voir le jour en novembre
Photo: Guy Jallay

par Thierry Labro

«Ceci n'est pas un ,Booking‘ luxembourgeois!» Arrêté quelque part dans le Mullerthal en ce 
vendredi après-midi ensoleil
lé de fin juin, Gregory Tugendhat n'a pas 
l'intention de créer une plate-forme de réservation de chambres d'hôtel en ligne, mais «d'assurer la promotion de la Petite Suisse luxembourgeoise». 

L'ex-cadre du groupe Accor (Sofitel, Novotel, Ibis, etc.), qu'il a quitté en février, est allé lui-même chercher un nouveau contrat auprès d'une hôtelière. Il y a quinze jours, la secrétaire d'Etat à l'Economie, Francine 
Closener, l'a assuré publiquement qu'il aurait un million d'euros 
à disposition – l'équivalent de 
la moitié du budget du Nation Branding, pris sur les fonds 
de soutien aux PME – pour 
qu'il aide les hôteliers de cette 
région à passer à l'ère digitale 
avec plus d'efficacité. 

Soit 35 
hôtels qui proposent 665 chambres. Huit hôtels ont déjà signé un accord de deux ans et quatre mois. En quatre mois, ce nouvel entrepreneur doit les mettre en capacité de toucher de nouveaux marchés. 

Une commission unique de 15%

«Cela peut me coûter de 21.000 à 25.000 euros par hôtel, financés par la société», explique-t-il. Et deux ans au cours desquels chaque réservation fera l'objet d'un soutien de l'Etat. 

En clair, la commission sur la réservation que l'hôtel paie aujourd'hui au site de réservation ou au tour opérateur, de 8 à 22 % du prix de la nuitée, sera remplacée par un pourcentage unique, 15 %, versé quel que soit le mode de réservation à Regiotels, du nom de la s.à r.l. qu'il a créée le 9 mai pour ce projet. 

A charge pour Regiotels de payer la commission si par exemple la chambre a été réservée sur une plate-forme internationale. «Je peux perdre de l'argent», dit-il du bout des lèvres. Cette nuance est importante. Son intérêt est de trouver rapidement les neuf commerciaux expérimentés qu'il va commencer à débaucher pour qu'ils traquent des clients sans perdre les frais intermédiaires. 

«Personne ne va sur booking.com pour chercher un hôtel dans le Mullerthal! Quand vous allez à Paris, oui, vous regardez les disponibilités dans les quartiers! Mais là, c'est autre chose.» Chez Accor, à Luxembourg, l'ancien directeur des ventes gérait les stratégies de treize hôtels appartenant à sept propriétaires différents, dans des gammes de prix et de qualité différentes. 

«Avec des informations confidentielles et des idées très différentes.» Autant dire qu'il connaît le paysage. Comme il connaît les technologies. Car même si un million d'euros, 500.000 euros pour les hôtels sur deux ans et 500.000 euros sur la même période pour sa société, semble beaucoup, cela doit couvrir les frais de fonctionnement, salaires compris, et la technologie. 

Fastbooking, un des leaders du marché racheté... par Accor dans le cadre de la mise en place d'un nouveau site de réservation en 
ligne qui sera lancé à l'été 2018, 
RateTag ou HDB Booster, par exemple, vendent tout ce qu'il faut pour connecter les hôtels à d'éventuels clients, à grands coups de licence à plusieurs milliers d'euros. 

Hécatombe dans le Mullerthal 

Au bout de deux ans, le soutien de l'Etat s'arrêtera. L'heure de vérité pour l'entrepreneur. «Au pire, les hôteliers auront bénéficié d'un programme d'accompagnement et d'un équipement qui leur permettra d'être mieux armés», glisse-
t-il prévoyant. 

Quelques minutes après avoir parlé trop vite. Et dit qu'il espérait bien convaincre d'autres hôteliers du pays de rejoindre le mouvement. Voire d'autres hôteliers indépendants en Europe. Le groupe Accor les a déjà ciblés aussi. 

A l'été 2018, les Français présenteront leur nouvelle plate-forme de réservation, ouverte à 10.000 de ces hôteliers «sans chaîne». Le leader français de l'hôtellerie a déjà dépensé une fortune et pris trois ans de retard pour cela. Autant dire que l'idée née au Luxembourg d'un déjeuner de M. Tugendhat avec un ami rencontré chez Paul Bocuse ne pèsera pas lourd face au bulldozer. 

Les hôteliers luxembourgeois, les 90 qui sont inscrits sur Booking, les 129 de Trivago ou les 139 sur Expedia et tous les autres, avaient besoin qu'il se passe quelque chose. Ceux du Mullerthal encore plus que les autres: alors qu'en vingt ans, le pays a perdu un tiers de ses hôtels mais seulement 2 % de ses chambres, la Petite Suisse a perdu la moitié de ses infrastructures et la même part de chambres.

Les autres régions intéressées

Moins de deux mois après le lancement, le succès semble au rendez-vous. L'entrepreneur  a été contacté par de nombreux professionnels et son action ne se limite déjà plus au secteur de la Mullerthal. 

Outre les neuf contrats dans la vallée qui représentent 247 chambres, 500 autres sont en voie de finalisation, principalement dans le Nord, mais aussi à la Moselle et dans le Sud. 

Le site internet, regiotels.lu devrait ouvrir aux premières réservations le 1er novembre. Le moment idéal pour l'entrepreneur, qui permettra de préparer les objectifs pour le début de la saison suivante.

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