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Greta, capitaine de l'US Air Force, experte en cybersécurité
Économie 7 min. 23.10.2017 Cet article est archivé
Stratus, prix de la start-up la plus prometteuse

Greta, capitaine de l'US Air Force, experte en cybersécurité

Greta Geankoplis a vu la start-up qu'elle dirige, Stratus, remporter le prix de la plus prometteuse
Stratus, prix de la start-up la plus prometteuse

Greta, capitaine de l'US Air Force, experte en cybersécurité

Greta Geankoplis a vu la start-up qu'elle dirige, Stratus, remporter le prix de la plus prometteuse
Lex Kleren
Économie 7 min. 23.10.2017 Cet article est archivé
Stratus, prix de la start-up la plus prometteuse

Greta, capitaine de l'US Air Force, experte en cybersécurité

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Directrice générale de Stratus, Greta Geankoplis a quitté le Luxembourg samedi matin avec le prix de start-up la plus prometteuse dans la cybersécurité. Pour cette ex-capitaine de l'US Air Force, le virage professionnel est serré. Mais réussi. Portrait.

par Thierry Labro

«J'espère que vous n'allez pas me prendre trop cher!» 

Téléphone portable collé à l'oreille, Greta Geankoplis règle dans un grand éclat de rire un cours express de valse avec le directeur de Security Made in Luxembourg. Dans une heure, à l'Exit07 de Bonnevoie, l'Américaine ouvrira le bal du dîner de gala de la semaine de la cybersécurité avec Pascal Steichen. 

Ce n'était pas prévu, une répétition s'impose. 

La directrice générale de Stratus Digital Systems (SDS) ne sait pas encore que sa start-up recevra le prix du public PWC à l'issue de la semaine de la cybersécurité. 

Accompagnée de son directeur technique et ami de trente ans, Cary Terkelson, cette cheffe d'entreprise a captivé l'audience de PwC, jeudi après-midi, et multiplié les rendez-vous pendant son court séjour au Luxembourg. 

Des serveurs éphémères plus durs à trouver

Les cybercriminels mettent en moyenne cinq jours à pénétrer un système informatique et il faut 180 jours pour s'en apercevoir: SDS a imaginé un logiciel qui permet de créer un serveur pour un usage unique et pour un temps limité. 

Mettons que vous deviez transférer de l'argent à une banque. A partir d'un mot de passe, le logiciel va créer un lien provisoire d'une heure sur un serveur non défini à l'avance où vont se retrouver les deux parties. Les cybercriminels n'auront pas le temps de le trouver et dès que la transaction sera effectuée, le lien pourra être détruit et effacé. 

Sa société n'a même pas deux ans, elle a trouvé un accord avec un hôpital pour un premier essai en live. Là, il s'agit d'éviter que des criminels s'emparent de données médicales. Médecins et fournisseurs de l'hôpital auront des accès différents, avec une adresse internet impossible à retrouver. 

L'incubateur des incubateurs

«C'est allé très vite parce que nous étions dans un accélérateur d'accélérateur de sociétés», s'amuse-t-elle. Le RAINprogramm pourrait inspirer le Luxembourg. Des politiques des deux villes (Eugene et Corvallis), l'Etat et l'Université de l'Oregon, des entrepreneurs et des investisseurs y sont réunis pour donner un coup de fouet à des idées. En cinq ans, 45 sociétés ont vu le jour qui ont déjà créé 600 emplois. 

«Pour y entrer pour quatre mois à 200 km/h, la technologie doit être mise au service d'un changement de la société et non du profit. Ici, vous venez avec une idée et vous gagnez votre réputation!» 

Les chefs d'entreprise y conservent un accès à vie avec leurs pairs dans un puissant réseau de «doers» – «ceux qui font». «Ils vont me challenger», se dit-elle. «Si j'ai tort, ils vont aussi accélérer mon échec. Et je vais pouvoir corriger mes erreurs, m'adapter, apprendre. Vous n'aurez jamais de muscles sans vouloir faire d'efforts!» 

Fille de Marines élevée en mer

Rien ne prédestine Greta, «G2» pour les intimes en référence aux deux «g» de son nom et de son prénom, à devenir un leader des technologies du futur, comme la blockchain dont elle est un des plus ardents défenseurs. 

Ses parents, âgés, étaient des Marines pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a grandi sur un bateau en mer Méditerranée. Ses parents ne la formatent pas. La jeune femme peut tout oser pourvu qu'elle soit consciente de ses limites et qu'elle soit prête à accepter les conséquences de ses actes. Pour son frère, elle est même «l'itinérant d'une famille d'itinérants». 

La bougeotte et le grand large conditionnent déjà son avenir sans qu'elle le sache. La jeune femme se destine à la médecine. L'armée américaine, qui a un besoin pressant de ces forces vives paie les études des candidats. Seulement l'aspirant médecin découvre des locaux sans fenêtre, sans la lumière du soleil, sans le charme des nuits étoilées. «Souvent, dans le laboratoire, j'étais même seule et ce n'était pas ma conception de la vie». 

Une nouvelle affectation émerge de sa consultation méthodique des annuaires de possibilités: mécanicien d'entretien des F16, l'avion de combat le plus prestigieux de l'histoire militaire mondiale. Rien à voir avec ses études de géopolitique internationale et de biochimie. 

Crisis Shield, réseau d'aide d'urgence lancé en trois jours 

Dans un univers à 100 % masculin, la deuxième classe Geankoplis sait qu'on ne lui pardonnera rien et qu'on ne la félicitera pour rien non plus. Elle positive. «J'ai eu plus d'attention et il y avait déjà à cette époque-là assez d'hommes pour être heureux d'avoir une femme à leurs côtés.» 

Sept ans plus tard, le capitaine a son bureau mais plus de perspective d'évolution. «J'avais déjà emmagasiné 99 % des connaissances possibles.» L'ennui absolu guette cette pile électrique qui a besoin de mouvement et de challenges. Elle enchaîne les formations et met le cap sur les Caraïbes. 

Le 10 septembre 2004, l'ouragan Ivan dévaste l'île de Grenade où elle se trouve. «J'ai eu la vie sauve, j'ai facilité le sauvetage des autres.» En 72 heures, elle crée le réseau Crisis Shield avec 150 sauveteurs. 

Confrontée à toutes sortes de difficultés, son âme de médecin se réveille et celle d'entrepreneur se révolte contre les difficultés à transférer de l'argent au profit des plus démunis. 

La blockchain, la technologie à adopter 

C'est probablement par là que sa décision d'intégrer le Money Transfer industry, un forum des professionnels de l'industrie financière, trouve ses racines. Régulièrement invitée aux conférences de haut niveau des Nations unies, elle tente d'expliquer que la blockchain va avaler le monde bancaire ou que le monde bancaire va devoir adopter la blockchain... 

 Dix ans plus tôt, en 2007, tout son carnet d'adresses reçoit un mail de sa part. L'Américaine veut rentrer au bercail et cherche une opportunité. Mais pas n'importe quelle opportunité: ce doit être dans l'opérationnel, technologique et international. 

«C'est ma passion». C'est devenu sa passion. Car elle a dû travailler sur elle pour redevenir celle qui ne sait pas coder, qui ne comprend pas forcément toujours tout des technologies dont lui parlent ses ingénieurs, mais qui a une capacité hors du commun à vulgariser. 

Deux phrases suffisent à faire comprendre où elle place le cursus dans la guerre contre les cybercriminels. «Un million d'ingénieurs ne suffiront jamais. A court terme, il en faudra cinq pour répondre aux menaces croissantes! Ces hackers ont désormais des bureaux, de jolies maisons, de jolies voitures», regrette-elle un brin fataliste là où elle est plus optimiste contre le Darkweb. 

Pour lutter contre cette partie d'internet que le grand public ne voit jamais, elle imagine qu'il doit exister une solution pour mettre fin aux trafics de drogue, d'armes, de passeports ou d'images pédopornographiques. 

Son plan de bataille pour Stratus est déjà prêt. La technologie brevetée est encore en plein développement. Et si vous ne voulez pas vous faire marcher sur les pieds par cette quinquagénaire, timide et soucieuse de plaire, évitez de lui dire qu'elle ne connaît rien aux technologies ou qu'elle n'est même pas ingénieur. L'Américaine vous racontera l'histoire d'Hedy Lammar et de George Antheil. 

L'actrice austro-hongroise et le pianiste américain ont inventé un système de codage des transmissions appelé étalement de spectre, toujours utilisé actuellement pour, entre autres, les liaisons chiffrées militaires, la téléphonie mobile ou dans la technique Wi-Fi. 

Sans être ingénieurs.

Les trois cauchemars de la cybersécurité




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