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Start-up: ce qui manque au Luxembourg
Elodie Trojanowski et Jérome Grandidier, les deux dirigeants de Luxfactory, emmènent une nouvelle fois 16 start-up à Las Vegas, mais cette fois sous pavillon luxembourgeois

Start-up: ce qui manque au Luxembourg

Gerry Huberty
Elodie Trojanowski et Jérome Grandidier, les deux dirigeants de Luxfactory, emmènent une nouvelle fois 16 start-up à Las Vegas, mais cette fois sous pavillon luxembourgeois
Économie 7 8 min. 08.01.2019

Start-up: ce qui manque au Luxembourg

Alors que le Consumer Electronic Show commence à Las Vegas pour 16 start-up luxembourgeoises, les dirigeants de Luxfactory invitent à la création d'un avantage fiscal et d'un fonds d'investissement de 150 millions d'euros.

Par Thierry Labro

Soutenu par l'Office Ducroire et la Chambre de commerce, Luxfactory emmène 16 start-up luxembourgeoises au Consumer Electronic Show de Las Vegas qui commence ce mardi. L'occasion de voir où est l'intérêt de se retrouver au milieu de 1.000 sociétés qui viennent présenter un produit de moins d'un an à près de 200.000 visiteurs professionnels pendant quatre jours, avec le président de Luxfactory. 

Jérôme Grandidier et le CEO de Luxfactory Elodie Trojanowski. M. Grandidier, Mme Trojanowski, pourquoi aller au coeur de l'écosystème le plus dynamique au monde «vendre» des start-up luxembourgeoises? 

Jérôme Grandidier: Ça permet d'aller dans le plus grand salon du monde à la rencontre de plus de 170.000 visiteurs professionnels dans l'innovation et les grosses boîtes et 1.000 start-up, à peu près un tiers d'américaines, un tiers de françaises et le reste du monde entier. Notre stand sera plus grand que celui de la Belgique. C'est une vitrine du Luxembourg de les mettre tous ensemble mais pour chacun, cela leur permet de rencontrer des financiers, des partenaires, des clients ou des concurrents et cela en quatre jours. Il y a 7.000 médias sur place. 

Elodie Trojanowski: Le Luxembourg en tant que start-up nation doit être présent dans le plus grand événement technologique, sinon ça n'a pas de sens de parler de l'aide à l'innovation et de la volonté d'attirer des start-up au Luxembourg... 

Au milieu des 1.000 start-up, est-ce qu'on n'est pas un peu perdu...

J. G.: C'était un peu la crainte qu'avaient les gens au départ. On a fait un pavillon, seulement 17 pays ont un pavillon national. Avec un grand «Luxembourg» au-dessus, ça permet tout de suite de bien identifier. On a des start-up de qualité au Luxembourg. Par rapport à la taille du pays, on pouvait se poser la question de la concurrence réelle avec des start-up. Il y a une sélection par pays et ensuite des organisateurs, qui n'acceptent pas tout le monde. On n'a pas à rougir. LuxAI et son robot qui parle aux enfants autistes ont reçu le prix du CES pour la meilleure technologie pour un monde meilleur. Pour le nation branding, c'est assez sympa! L'an dernier, ils sont revenus avec un millier de contacts, qu'ils ont entretenus cette année. Je crois qu'une soixantaine a débouché sur des choses plus sérieuses. 

E. T.: En France, les start-up sont sponsorisées quasiment à 100 %, ici, on a sponsorisé une partie, l'Office Ducroire a payé la moitié et le reste des frais sont à leur charge. C'est un gros investissement pour eux et ils le prennent très au sérieux. 

Dire qu'on a des start-up de qualité, qu'est-ce que cela veut dire? 

J. G.: Comparé par rapport aux autres! Gagner un des quelques prix qui sont mis en place, ça donne de la visibilité. L'an dernier, on a fait le tour de tout ce qui existait et on est aujourd'hui à un niveau assez étonnant pour la taille et le nombre de start-up relativement réduits. On parle de 300 à 400 mais les chiffres c'est compliqué! Maintenant, n'importe quelle activité qui se lance se lance en mode start-up. Prenez Klin, qui est un pressing! C'est un virage que le Luxembourg ne peut pas rater. 

E. T.: En France, les start-up sont très tournées vers le business qu'elles peuvent faire sur la scène nationale. Nous, on est directement propulsé au niveau international et ça donne plus d'impact. 

J. G.: Ces dernières années, il y a eu beaucoup d'investissements, privés ou publics sur des incubateurs, des accélérateurs, des programmes. La dernière chose qu'il nous reste à réussir comme pari à Luxembourg, c'est celui du financement de ces start-up. Quand elles arrivent à un certain niveau de maturité, elles ne trouvent plus le financement dont elles ont besoin. Elles le trouvent à l'extérieur et au bout d'un moment, elles finissent par suivre les capitaux et l'activité finit par bouger... 

Pourtant, Luxembourg, la place financière, tout ça... 

J. G.: On est la deuxième place financière au monde en termes de fonds d'investissement. Par contre, ces fonds sont investis dans des pays extérieurs. A Luxembourg, il n'y a que le Digital Tech Fund, qui a vocation d'investir localement mais qui n'a pas encore sa vitesse de croisière... Il manque deux choses. D'un côté, un fonds d'une taille correcte à Luxembourg qui permette d'investir dans les plus belles start-up sans même avoir à regarder les autres. Au moins celles qui réussissent et sont toujours là. 

C'est combien, la taille correcte? 

J. G.: Pour un fonds moyen, c'est 150 millions d'euros et dans tous les pays du monde, il y a ce genre de fonds. En Jordanie, un fonds de 98 millions d'euros, au Liban, il y a cinq ans, ils ont débloqué 500 millions de dollars, au Chili ils ont fait venir 1.500 start-up, en Argentine, j'ai visité un fonds qui faisait plus de 500 millions de dollars... Partout, dans des pays plus pauvres, il y a des fonds qui ont vocation à investir localement. A Luxembourg, on a des fonds... qui investissent ailleurs! 

Et l'autre chose? 

J. G.: Il n'y a pas de tax shelter comme chez nos voisins. On n'incite pas les gens à investir dans les start-up parce qu'il y a un risque, qui n'est pas rémunéré à sa juste valeur. Les gens continuent d'investir massivement dans l'immobilier. On arrive à un moment où les prix de l'immobilier amènent aussi un risque au niveau du secteur. C'est peut-être le moment de diversifier l'économie et amener d'autres moyens. Quand une start-up se crée, l'argent qui est mis, n'est pas mis comme quand on crée une structure de support public qui n'a pas vocation à être rentable. Il peut y avoir un retour sur investissement et ça rapporte plus. Dans une start-up, on n'est pas le seul, il y a d'autres investisseurs et tout l'argent qui rentre est réinvesti. C'est de l'argent qui tourne très vite, qui crée de l'emploi, des taxes, de la TVA... Ça doit être dans le budget 2020... 

Nos dirigeants ne comprennent pas ou ils ne veulent pas faire cela? 

E. T.: Ils ne comprennent pas. 

J. G.: Ils ont peur que les gens investissent à l'étranger parce que la loi européenne permet d'investir à l'étranger. Nous, on pense au contraire, qu'en créant un tax shelter et un deuxième fonds comme la loi Rau dans le passé, l'immense majorité des personnes vont vouloir mutualiser et privilégier un fonds qui investit localement. Aujourd'hui, on a raté le coche, on n'arrivera plus à se battre par rapport à Paris, Francfort, Amsterdam ou Berlin. Mais on a un positionnement géographique fantastique. On pousse vers la création d'une mini-Europe depuis ici et au lieu de se voler les start-up les uns aux autres, pourquoi ne pas créer des filiales dans les pays voisins et accélérer leur internationalisation. 

E. T.: C'est aussi positif pour une entreprise qui peut dire qu'elle est installée dans plusieurs pays. J. G.: Pourquoi les start-up sont mieux valorisées aux Etats-Unis qu'en Europe? Parce qu'elles ont accès à un marché plus grand, avec une monnaie unique, une langue unique, les mêmes lois. 


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