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Space Cargo Unlimited grandit en orbite
Économie 1 4 min. 27.01.2021

Space Cargo Unlimited grandit en orbite

Interdiction pour les astronautes de la station orbitale européenne de goûter une seule goutte des grands crus expédiés depuis la Terre par Space Cargo Unlimited. Les échantillons sont juste là pour apaiser la soif de connaissances.

Space Cargo Unlimited grandit en orbite

Interdiction pour les astronautes de la station orbitale européenne de goûter une seule goutte des grands crus expédiés depuis la Terre par Space Cargo Unlimited. Les échantillons sont juste là pour apaiser la soif de connaissances.
Photo : DR
Économie 1 4 min. 27.01.2021

Space Cargo Unlimited grandit en orbite

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
La start-up luxembourgeoise Space Cargo Unlimited compte déjà trois lancements de matériaux vivants dans l'espace à son actif. Y compris des bouteilles de vin dont elle étudie l'évolution loin de la gravité terrestre.

«Elles viennent tout juste de revenir sur Terre. On va les laisser se reposer un peu. Imaginez, elles ont effectué un périple de 300 millions de km, pendant plus d'un an à 28.000 km/h.» C'est de bouteilles de vin dont parle ici Nicolas Gaume. Douze échantillons de Bordeaux que sa société, Space Cargo unlimited a conduits vers la station orbitale européenne et qui viennent de revenir au sol, intacts. Un succès majeur à mettre au crédit de cette start-up établie au Grand-Duché.


Un peu de Luxembourg partira sur la Lune
La firme iSpace Europe, basée à Luxembourg, a été choisie par la NASA. En 2023, ses équipements décolleront pour aller récolter des échantillons de sol à la surface du satellite naturel situé à 384.402 km de la Terre.

Car, alors qu'elle n'affiche que cinq ans d'âge, la société ne cesse de marquer des points comme armateur spatial. En une année, elle aura ainsi déjà pris part à trois lancements. L'un avec la Nasa, l'autre avec Blue Origin (le véhicule spatial financé par le milliardaire Jeff Bezos) et le dernier à bord de la capsule Dragon transportée dans l'espace grâce à Space X (la fusée propulsée par ''l'autre milliardaire'' Elon Musk).

Hasard des premières collaborations trouvées, à chaque fois, il a été question de vin. Des bouteilles d'abord, des cellules de vigne ensuite et, enfin, 320 sarments (merlot et cabernet sauvignon) qu'un cargo pressurisé spécialement conçu par la firme aux 5 employés aura conduit vers les étoiles. Mais au-delà, c'est bien le devenir du vivant dans un contexte privé de gravité qui booste la société. 

«Avec le cofondateur de Space Cargo, Emmanuel Etcheparre, nous sommes persuadés que l'absence de pesanteur peut constituer un environnement intéressant non seulement pour le développement biologique mais aussi l'élaboration de nouveaux matériaux.» Et donc que l'espace peut apporter des solutions à la vie sur Terre.

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Ainsi, grâce aux chercheurs de la station orbitale internationale, les envois de Cargo Space Unlimited sont étudiés à la loupe. Y a-t-il accélération ou ralentissement du développement des végétaux? Comment réagit un «liquide biologique» comme le vin, ses colloïdes, ses bactéries, ses polyphénols? «En captant ces modifications, il y a fort à parier que l'on découvrira des éléments favorables à la culture de certaines espèces ou au développement de certains produits en dehors de notre atmosphère. Ce qui pourra être bénéfique pour notre existence sur notre planète dont l'environnement ne cesse de se dégrader».

Verre et alcool interdits dans la station orbitale, il a fallu donc fallu adopter un nouveau contenant pour le séjour de 14 mois des "bouteilles".
Verre et alcool interdits dans la station orbitale, il a fallu donc fallu adopter un nouveau contenant pour le séjour de 14 mois des "bouteilles".
Photo : DR

Et Nicolas Gaume de s'enthousiasmer : «Sur Terre, la gravité est le seul élément qui n'ait pas changé au fil de l'évolution. Contrairement à l'humidité, l'ensoleillement, la température, le taux d'oxygène. La gravité, c'est la colonne vertébrale du développement de la vie ici-bas depuis 4 milliards d'années. En ayant la possibilité, dans l'espace, d'annuler ce paramètre, on ouvre une possibilité à l'évolution qui n'a jamais été possible jusqu'à présent.»

Alors si d'un côté, la start-up luxembourgeoise propose son expertise dans le montage de projets scientifiques spatiaux, de l'autre (par une branche française comptant une quinzaine de chercheurs) elle étudie ces modifications porteuses d'espoirs scientifiques et de potentiels marchés.

Mi-armateur, mi-biotech donc : ce mélange des genres dans l'ADN de Cargo Space Unlimited ne demande qu'à séduire une clientèle pouvant s'étendre des entreprises agricoles aux groupes pharmaceutiques en passant par des enseignes industrielles à production à haute valeur ajoutée. «Car si l'espace cause un stress au vivant, cet environnement a aussi des avantages pour certaines réalisations de nouveaux matériaux. C'est une opportunité que nous voulons explorer.»

Luxembourg, base de lancement

Et même si ses fondateurs sont français, le choix du Luxembourg s'est vite imposé. «Non pour des raisons fiscales, (r)assure l'entrepreneur. C'est ici que nous avons trouvé un état d'esprit en adéquation avec nos envies. Il y avait un pragmatisme, un appétit pour le développement des activités en lien avec le spatial qui nous ont séduits immédiatement.» Il est vrai que depuis 2016 et sous l'impulsion d'Etienne Schneider, le Grand-Duché s'est positionné au cœur de ce nouvel écosystème

Preuve en a encore été donnée, en novembre dernier, avec l'accord signé entre Franz Fayot et l'Agence spatiale européenne. Le ministère de l'Economie et l'ESA s'associant pour créer un Centre européen d'innovation en matière de ressources spatiales sur le territoire même du Luxembourg. Mais à quand un litre de vin à l'étude à 408 km au-dessus des vignobles de Moselle

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