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SFR - fibre: les bons comptes de Drahi
Économie 6 min. 09.11.2018 Cet article est archivé

SFR - fibre: les bons comptes de Drahi

Le président des deux conseils d'administration, d'Altice Europe et Altice USA Patrick Drahi, son p.-d.g. 
d'Altice France et ami Alain Weill et le président de l'UE 57 Jean Poulaillon (d. g. à d.).

SFR - fibre: les bons comptes de Drahi

Le président des deux conseils d'administration, d'Altice Europe et Altice USA Patrick Drahi, son p.-d.g. 
d'Altice France et ami Alain Weill et le président de l'UE 57 Jean Poulaillon (d. g. à d.).
Photo: Thierry Labro
Économie 6 min. 09.11.2018 Cet article est archivé

SFR - fibre: les bons comptes de Drahi

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Pour les 80 ans de l'Union des entrepreneurs de Moselle, mardi soir au centre des Congrès de Metz, le milliardaire des télécoms Patrick Drahi et son directeur général d'Altice France-SFR, Alain Weill, évoquent leurs ambitions.

Tout va bien. 

Le nombre de nouveaux clients à l'offre SFR adossée à la Ligue des champions de football ou à la fibre optique augmente moins vite que prévu en France. Le revenu par client a diminué. Le cours de bourse est passé de 12,42 euros il y a un an à 2,28 euros. Un double mur de dettes attend l'entreprise, 4,3 milliards d'euros en 2022 et 11,9 milliards d'euros en 2026. 

Mais tout va bien chez Altice. 

Mardi soir, à l'occasion du 80e anniversaire de l'organisation patronale locale, l'Union des entrepreneurs de Moselle (ex-Medef), le milliardaire français et tycoon des télécoms Patrick Drahi et le directeur général d'Altice France Alain Weill se sont livrés à un double exercice de communication, d'abord chacun de leur côté face aux journalistes puis ensemble sur la tribune du Centre des congrès de Metz. 

Les deux hommes ont lié leur destin en 2015 mais se connaissent depuis vingt ans. «Patrick a beaucoup d'expérience dans les financements et dans les télécoms. Ses stratégies très pertinentes ne sont pas toujours comprises», loue M. Weill. «Alain est un homme de médias, qui a des idées, qui est obstiné», lui répond M. Drahi sur scène. 

La fibre optique pour 20 millions de foyers d'ici 10 ans 

A grands coups de rachats au prix fort, Drahi a su créer un groupe de télécoms et aujourd'hui de médias (SFR, BFM, BFM TV, L'Express, Libération) qui compte 22 millions de clients et 10,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires, qui investit 2,5 milliards d'euros par an pour amener de la fibre optique jusque dans les maisons ou appartements français. 

«En avril 1993, il n'y avait aucun foyer câblé en France. Aujourd'hui, j'ai 12 millions de foyers. Dans dix ans, j'en aurai 20. Et l'opérateur historique qui en a 30 millions aujourd'hui en aura perdu 10 millions.» 

Le milliardaire, qui réside en Suisse et gère sa fortune depuis Next Alt, sa sàrl luxembourgeoise, le sait: il n'y aura que deux propriétaires de réseau à fibre à ce moment-là et les revenus commenceront à rentrer. Son épouse et ses quatre enfants sont protégés dans une autre structure, la SA A4, qui en 2017 a acheté ses 2.000 premières actions d'Altice USA. 

Le cours de Bourse lui est indifférent, affirme-t-il sur scène. «Ça m'est déjà arrivé dix fois en vingt ans. A chaque fois, je me suis demandé: est-ce que, du coup, je suis moins intelligent le matin quand je me lève? Est-ce que j'ai moins de clients quand je me couche? Moi, j'ai toujours tout réinvesti, je ne me suis jamais versé de dividendes, je n'ai jamais pris de salaire, je n'ai jamais réussi à m'employer moi-même. Ça ne m'atteint pas.» 

Revenu aux manettes en pleine déconfiture l'an dernier, l'ancienne plus grosse fortune de France en 2015, a vu son patrimoine fondre de 11,1 milliards d'euros en 2016 à 5,1 milliards fin 2017. Comme le cours de Bourse a perdu plus de 90 % de sa valeur, ses avoirs vont encore diminuer. Les uns disent qu'il a vendu des actions pour rassurer ses banquiers qui exigeaient du cash, d'autres qu'il a massivement investi dans l'immobilier près de Zematt où il réside avec son épouse syrienne d'origine grecque. 

 Quatre fonds pour 3,6 milliards d'euros 

«Les grands groupes sont tous très endettés, comme NTT ou Verizon», se défend M. Weill. «On regarde les modèles américains. En France, on les critique. Moi, j'aime bien les Américains!», renchérit M. Drahi. 

En mai, après avoir racheté le deuxième câblo-opérateur américain, la holding néerlandaise d'Altice a séparé les activités en deux, une partie aux Etats-Unis et l'autre en Europe, en versant 1,5 milliard de dollars aux actionnaires. Drahi reste le président des deux conseils d'administration tandis que Dennis Okhuijsen et Dexter Goi, seront les p.d.g. d'Altice Europe et Altice USA. 

Aucun des deux hommes n'a très envie de parler des discussions avec quatre fonds d'investissement prêts à racheter de 40 à 60 % d'Altice contre 3,6 milliards d'euros (les Américains de KKR, l'assureur allemand Allianz, l'australien Macquarie et I Squared Capital). «On discute», concède le p.-d.g. d'Altice France. 

Pas question de s'étendre non plus sur le changement de directeur financier ou sur la vente d'actifs, notamment au Portugal où l'entrepreneur a raccordé 100 % du territoire à la fibre au point de se débarrasser de ses vieilles antennes de GSM, histoire d'alléger la dette. 

Car mardi soir à Metz, le message était simple à comprendre. 

Tout. 

Va. 

Bien.