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Selon une étude bancaire d'Oxfam: Le Luxembourg "paradis fiscal" préféré avec l'Irlande
La banque française Société Générale est citée dans le rapport.

Selon une étude bancaire d'Oxfam: Le Luxembourg "paradis fiscal" préféré avec l'Irlande

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La banque française Société Générale est citée dans le rapport.
Économie 3 min. 27.03.2017

Selon une étude bancaire d'Oxfam: Le Luxembourg "paradis fiscal" préféré avec l'Irlande

Pierre SORLUT
Pierre SORLUT
Le Luxembourg et l'Irlande sont «les paradis fiscaux préférés des banques» affirme l'ONG britannique Oxfam ce lundi dans une étude compilant les résultats des 20 plus grandes banques européennes.

(pso, D.N) Le Luxembourg et l'Irlande sont «les paradis fiscaux préférés des banques» selon l'ONG britannique Oxfam qui publie ce lundi une étude compilant les résultats des 20 plus grandes banques européennes.

L'organisation militante indique que 8,4% de leurs bénéfices y sont concentrés, 5,2% dans le seul Grand-Duché avec seulement 0,5% de leurs effectifs. «Un niveau exceptionnellement élevé pour un pays où vit 0,008% de la population mondiale» commente Oxfam dans un rapport repris par les médias internationaux en ce début de semaine.

454.000 euros par employé

La productivité des employés de banques est établie autour de 454.000 euros de bénéfice par an et par unité. «Un employé de banque moyen au Grand-Duché est dix fois plus productif que ses homologues dans le reste du monde et se place troisième de la productivité, derrière les Îles Caïmans et Curaçao», détaille Oxfam.

L'organisation prend comme référence la filiale luxembourgeoise de la banque britannique Barclays. Ses 42 employés sont parvenus à générer 557 millions d'euros de revenus en 2015, soit 13,3 millions par employé.

Les cinq plus grandes banques françaises --BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel-CIC et Société Générale-- «ont déclaré 5,5 milliards d'euros de bénéfices dans les paradis fiscaux» et sont toutes présentes au Grand-Duché.

Boîte à outils luxembourgeoise

Les banques ont déclaré 4,9 milliards d'euros de bénéfices au Luxembourg en 2015, «plus qu'au Royaume-Uni, en Suède et en Allemagne réunis» remarque Oxfam.

L'étude détaille la boîte à outils luxembourgeoise à disposition des banques: «une retenue à la source faible, voire nulle, sur les redevances et les paiements d'intérêt, un régime préférentiel d'imposition des revenus de la propriété intellectuelle, ainsi qu'un large éventail de véhicules d'investissements (sociétés et fonds) aux fins de structuration fiscale».

Luxembourg place offshore par excellence selon Oxfam

Le Luxembourg partage avec l'Irlande le privilège de pages attitrées dans le rapport d'Oxfam. Il y est qualifié de «paradis fiscal au cœur de l'Europe», l'Irlande de «paradis de la profitabilité». Les banques luxembourgeoises n'ont cependant pas à rougir de leur taux de profitabilité selon l'organisation britannique puisqu'il s'établit à 61% du chiffre d'affaires. «Plus de trois fois la profitabilité moyenne pour tous les pays», relève Oxfam.

En Irlande, cinq banques --la britannique RBS, la française Société Générale, l'italienne UniCredit et les espagnoles Santander et BBVA-- «ont même obtenu une rentabilité supérieure à 100% et dégagent plus de bénéfices qu'elles ne font de chiffre d'affaires», souligne Oxfam.

«Le Luxembourg joue un rôle de premier plan dans le système financier international» souligne Oxfam qui s'appuie sur l'indice d'opacité financière établi par Tax Justice Network lequel indique que la place financière concentre 12% des services financiers offshore. Le Grand-Duché arrive en première position dans le classement des centres de services bancaires privés et de gestion de portefeuille de la zone euro et à la seconde du classement mondial des fonds d'investissement.

Les 20 principales banques étudiées «déclarent 26% de leurs bénéfices dans les paradis fiscaux, soit 25 milliards d'euros en 2015, mais seulement 12% de leur chiffre d'affaires et 7% de leurs employés», un «décalage flagrant», remarque l'ONG, qui publie cette étude avec le réseau Fair Finance Guide International.

Ces mêmes établissements déclarent même «au global 628 millions d'euros (de bénéfices) dans des paradis fiscaux où elles n'ont pourtant aucun employé».

Cette «utilisation abusive des paradis fiscaux» peut permettre aux banques de «délocaliser artificiellement leurs bénéfices pour réduire leur contribution fiscale, faciliter l'évasion fiscale de leurs clients ou contourner leurs obligations règlementaires», souligne Oxfam.

Quels critères pour les paradis fiscaux?

Oxfam classe parmi les paradis fiscaux les Etats figurant dans les principales listes en la matière, dont celles de l'OCDE et du Fonds monétaire international. Elle y ajoute d'autres pays selon des critères propres comme un taux d'imposition effectif faible.

(avec AFP)


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