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Selon l'Inspection générale de la sécurité sociale: Une pension à 1.793 euros
Dès 2023, l'équilibre du système de pension sera mis en difficulté.

Selon l'Inspection générale de la sécurité sociale: Une pension à 1.793 euros

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Dès 2023, l'équilibre du système de pension sera mis en difficulté.
Économie 4 min. 11.01.2018

Selon l'Inspection générale de la sécurité sociale: Une pension à 1.793 euros

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Les 173.058 bénéficiaires d'une pension ont reçu en moyenne 1.793 euros en 2016, selon le rapport annuel de l'Inspection générale de la sécurité sociale. Derrière l'apparente bonne santé du système des retraites se cache un enjeu majeur en cette année électorale.

par Thierry Labro

Le système des retraites va bien. Année après année, les mêmes acteurs annoncent une catastrophe et les mêmes acteurs prédisent que les premiers ont tort. 

Dans son rapport annuel, publié entre les fêtes de fin d'année, l'Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS) établit le montant moyen des pensions à 1.793,52 euros par mois pour les 173.058 personnes qui en touchent une. 

Avec l'évolution de l'économie luxembourgeoise et son recours à la main d'œuvre étrangère – pour ne pas dire frontalière – le nombre de retraites migratoires est passé d'un quart en 1995 à un tiers en 2010 et 46,8 % aujourd'hui. 

Le niveau moyen de retraite cache une vraie différence entre les résidents (2.649 euros) et les non-résidents (1.091 euros), qui s'explique simplement par le parcours de vie de ces derniers. 

2023, début du problème 

Cette année encore, les finances de cette branche de la sécurité sociale semblent saines: le régime général a bouclé 2016 avec un solde positif de 1,27 milliard d'euros, grâce à une hausse des recettes imputable en grande partie au Fonds de compensation. 

Mis en place pour garantir la pérennité du système, le fonds a atteint 17,8 milliards d'euros, soit 4,53 fois le montant annuel des dépenses pour les pensions. La loi prévoit que la réserve doit au moins représenter une année et demie. 

Seulement, il n'y a plus que 2,37 personnes qui cotisent pour un retraité. Pour préserver le modèle luxembourgeois, sans toucher ni au montant des retraites ni des cotisations (24 % à parts égales entre l'employé, l'employeur et l'Etat) ni puiser dans la caisse, les créations de postes de travail doivent se multiplier à un rythme élevé et il faudra ensuite payer les retraites de ces mêmes salariés. 

Dans une analyse également parue en fin d'année, la Fondation Idea estime sur la base des notes techniques de l'IGSS que «les dépenses courantes du régime général devraient dépasser les cotisations à partir de 2023 (au moment où les premières vagues de travailleurs frontaliers et immigrés embauchés à la fin des années 1980 et au début des années 1990 partiront à la retraite), la confortable réserve devrait tomber en-dessous du minimum légal vers 2035 et serait épuisée vers 2043 (au moment où ceux des premières générations de millenials partiront à la retraite)». 

L'âge de la retraite, mauvaise idée 

La tentation est alors de repousser l'âge légal de la retraite, ce qui crée un autre problème: non seulement la productivité du pays baisse mais le chômage des «seniors» augmente et il faut aussi le financer. 

La solution réaliste, toutes les analyses qui existent le disent depuis longtemps, sera probablement d'agir à la fois sur le niveau des pensions et le niveau des cotisations. 

En attendant que cela finisse par arriver, les futurs retraités seraient bien avisés de souscrire à titre individuel à une forme d'épargne à long terme. 

Un plan d'épargne européen 

C'est le sens de l'initiative proposée en juin par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et qui doit être abordée une nouvelle fois demain au Parlement européen. 

Le «produit de pension personnel paneuropéen» devrait permettre à tous les Européens de cotiser en vue de leur retraite et de pouvoir emmener des droits avec eux quel que soit leur parcours de vie. 

L'été dernier, l'Association luxembourgeoise des fonds d'investissement s'était félicitée de cette idée et le Luxembourg, place financière de premier plan, a forcément un rôle à jouer. 

Sauf, assure une ONG belge, que ce dispositif n'est pas forcément efficace pour un futur retraité. Dans une simulation, Better Finance explique qu'avec une inflation nulle, économiser 10 % de ses revenus pendant 30 ans et une espérance de vie à la retraite de 25 ans, un retour réel de 0 % assurerait un revenu équivalent à 12 % de sa pension seulement et de 49 % avec un taux de 8 %.» 

L'ONG, qui a étudié tous les dispositifs existants en Europe, voit deux problèmes majeurs: les frais qui s'ajoutent dans les sociétés qui proposent ces produits et un placement insuffisamment diversifié qui ne permet pas d'atteindre des taux de retours suffisants. Autrement dit, ces comportements volontaires n'atteignent pas l'objectif poursuivi: agrémenter sa retraite d'un petit supplément. 

Là encore, c'est dans le détail qu'il faudra suivre le débat qui s'engage.


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