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Selon François Morin, économiste: Les autorités ne prennent pas les bonnes mesures
Économie 3 min. 19.03.2015 Cet article est archivé

Selon François Morin, économiste: Les autorités ne prennent pas les bonnes mesures

Conf.: - Que faire pour éviter la prochaine catastrophe financière?

Selon François Morin, économiste: Les autorités ne prennent pas les bonnes mesures

Conf.: - Que faire pour éviter la prochaine catastrophe financière?
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Selon François Morin, économiste: Les autorités ne prennent pas les bonnes mesures

Professeur de sciences économiques à l’Université Toulouse I et ancien membre du Conseil général de la Banque de France, François Morin a dressé un constat particulièrement sombre lors d’une conférence donnée à Luxembourg à l’initiative d’Etika et d’Attac Luxembourg.

Est-on sorti de la crise financière de 2008? Non! Le risque de voir une nouvelle crise financière majeure existe-t-il? Oui! Est-ce que des mesures peuvent être prises pour l’éviter? Oui! Les autorités publiques les prennent-elles en compte? Non! 

La libéralisation des marchés des changes en 1971, la libéralisation du marché obligataire avec les taux d’intérêt variables en 1980, les couvertures de risques avec les marchés des produits dérivés et la libéralisation des mouvements de capitaux avec la globalisation des marchés financiers au milieu des années 1990, ont conduit le monde financier au bord du précipice en 2008. En 2013, alors que le PIB mondial est de 73,5 T$ (Terra Dollar: 1 T$ est égal à 1.000 milliards de dollars), que la dette publique mondiale est de 51,8 T$, les 28 
banques systémiques mondiales – huit banques américaines, 16 européennes et quatre asiatiques – disposent de 710,2 T$ de produits dérivés. 

«La globalisation des marchés monétaires et financiers, le rôle dévastateur des CDS (Credit Default Swap) qui spéculent sur l’éventualité de possibles défaillances, l’interconnexion permanente des salles de marché des plus grandes banques et les relations de dépendance réciproque des grandes banques et des Etats à travers les dettes publiques, participent à la probabilité d’une crise financière mondiale», explique François Morin. Il suffit qu’une seule de ces banques connaisse un problème de liquidité pour que l’effet domino qui s’ensuivrait jette toute l’économie mondiale par terre du jour au lendemain. 

D’autre part, suite aux recapitalisations massives des banques (4.505 milliards d’euros entre 2008 et 2011 seulement en Europe), le soutien à l’activité économique et le rôle des stabilisateurs automatiques (tels que les moindres recettes fiscales et l’augmentation des dépenses publiques), les Etats se sont endettés et ne disposent plus de la marge nécessaire pour affronter une nouvelle crise financière. Les dettes publiques moyennes européennes qui avoisinaient les 70 % du PIB en 2006 se situent actuellement aux environs de 110 %. Le défaut de paiement d’un Etat, le défaut d’une banque systémique ou un «bankrun», un retrait massif des clients aux guichets d’une banque, pourraient faire éclater une crise financière majeure. Les CDS pourraient encore amplifier ce risque. Les conséquences d’une crise financière sont malheureusement connues: blocage complet des marchés monétaires, resserrement du crédit, chute brutale de la croissance économique, développement d’un chômage de masse, associé à un repli identitaire et le recherche de «boucs émissaires». 

Selon François Morin, il faut taxer les opérations financières, séparer effectivement les banques de dépôts et les banques d’investissement et supprimer les produits dérivés ayant pour sous-jacent des produits financiers et notamment les CDS. Il s’agit également de redonner la main aux Etats en revenant sur la libéralisation de la sphère financière et en abordant la perspective d’une monnaie commune de référence avec des taux de change fixes, empêchant ainsi toute spéculation. Il faut remettre à plat le financement de l’économie mondiale avec le retour en force de la puissance publique, accompagné d’une ferme reprise en main de la création monétaire et d’une nationalisation partielle du secteur bancaire. 

L’économiste toulousain plaide aussi pour un nouveau «Bretton Woods» qui permettrait de revenir à des bases pérennes. Ces propositions sont connues, mais seront-elles prises en compte? Pas sûr...

Gérard Karas


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