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Selon deux chercheurs : La corruption bloquera l'issue politique en Grèce
Économie 2 min. 21.07.2015 Cet article est archivé

Selon deux chercheurs : La corruption bloquera l'issue politique en Grèce

La Grèce minée par la corruption et l'économie de l'ombre.

Selon deux chercheurs : La corruption bloquera l'issue politique en Grèce

La Grèce minée par la corruption et l'économie de l'ombre.
REUTERS
Économie 2 min. 21.07.2015 Cet article est archivé

Selon deux chercheurs : La corruption bloquera l'issue politique en Grèce

Christos Koulovatianos, Université du Luxembourg, et John Tsoukalas, Adam Smith Business School (Glasgow), indiquent que le clientélisme empêchera la réalisation des réformes demandées par les créanciers de la République hellénique.

Dans un article paru en ligne lundi, deux professeurs d'économie grecs, dont l'un exerçant au Luxembourg, indiquent que l'économie grecque est principalement minée par la corruption. Un phénomène qui mènera à l'impasse politique.

Pour Christos Koulovatianos et John Tsoukalas, la mise en œuvre des réformes exigées par les créanciers requiert «une coalition large des partis politiques». Mais le clientélisme, omniprésent dans la politique grecque empêchera d'y parvenir selon les chercheurs.

Un phénomène protéiforme

En introduction de leur tribune, les intéressés regrettent le manque de prise en compte de la corruption dans les statistiques économiques et soulignent la pluralité de ses manifestations, la manière par laquelle les biens normalement publics sont «commercialisés» par les dirigeants:

  1. les postes de fonctionnaires attribués comme jobs d'appoint pour les membres des partis, parfois alors qu'ils sont sous-qualifiés 
  2. l'évasion fiscale autorisée par des administrations complices des traitements réglementaires préférentiels pour les réseaux économiques proches du pouvoir
  3. les privilèges accordés dans la gestion de l'immobilier
  4. la surfacturation fiscale
  5. l'aliénation de la gestion des infrastructures publiques au profit du privé
  6. les fraudes à l'octroi d'aides aux personnes handicapées.

Perception de la corruption vs recettes fiscales

Pour mesurer la prégnance de la corruption sur l'économie grecque, les deux chercheurs mettent en relation sa perception sur base de statistiques européennes et l'équilibre budgétaire. Dans le graphique reprenant ces données pour l'ensemble des pays européens entre 1996 et 2010, la Grèce figure clairement comme le mauvais élève, le pays qui risque le plus la faillite du fait de l'enracinement du clientélisme dans les circuits économiques... et donc de l'impossibilité de récolter de manière durable des recettes fiscales.

Le Luxembourg bon élève. La Grèce en perdition.
Le Luxembourg bon élève. La Grèce en perdition.
Koulovatianos/Tsoukalas

Or, pour mener à bien les réformes demandées par les bailleurs de la Grèce, les économistes jugent qu'une alliance, la plus large possible, des partis sera nécessaire «afin de répartir le coût politique» de mesures fortement impopulaires. Or selon les chercheurs grecs, les partis politiques, bénéficiaires de cette économie de l'ombre, auraient plus d'intérêt à laisser tomber le pays en faillite plutôt que de payer le surplus fiscal nécessaire au remboursement de la dette. 

Name & Shame

Pour sortir de ce piège, MM. Koulovatianos et Tsoukalas proposent de travailler à une restructuration de la dette en échange de laquelle la Grèce s'engage à des réformes en matière de transparence fiscale, et notamment une pratique de «name & shame» grâce à laquelle le public verrait qui paie quoi.

Pierre Sorlut