Secteur stratégique

L'économie circulaire ne  tourne pas en rond

Bientôt, on pourrait ne plus laver son linge sale en famille. Mais dans des lieux collectifs, avec des machines à laver dont la durée de vie ne serait plus limitée dans le temps parce que largement recyclables. Un nouveau mode de vie induit par l'économie circulaire.
Bientôt, on pourrait ne plus laver son linge sale en famille. Mais dans des lieux collectifs, avec des machines à laver dont la durée de vie ne serait plus limitée dans le temps parce que largement recyclables. Un nouveau mode de vie induit par l'économie circulaire.
(Photo: Virginie Debuisson)

Pour comprendre le concept même d'«économie circulaire», rien de tel que l'exemple donné par le centre de recherche public Henri Tudor: au Luxembourg, chaque famille qui habite un immeuble collectif possède sa propre machine à laver, certaines dans leur appartement, d’autres dans les buanderies collectives.

Pourquoi ne pas imaginer que cette machine, seulement utilisée quelques heures par semaine, soit partagée, comme c’est le cas dans d’autres pays comme la Suisse? Elle appartiendrait au producteur qui la mettrait à disposition des familles sous forme, par exemple, d’une location, qui se charge de l’entretenir et qui en récupère les composants et les matières premières, lorsque celle-ci arrive en fin de vie, pour ensuite en produire de nouvelles.

Plaidoyer pour des banques 
de matériaux

Le producteur aurait alors tout intérêt à concevoir des machines robustes, destinées à être utilisées le plus longtemps possible, facilement réparables et recyclables, et cela en utilisant beaucoup moins de ressources que pour la construction de dix machines à laver.

Bien sûr, la machine pourrait être plus chère étant donné qu’elle serait de meilleure qualité et que le prix serait partagé entre plusieurs utilisateurs. Devant la poussée de telles tendances, des constructeurs commencent d'ailleurs à commercialiser massivement des machines à laver... qui désinfectent le tambour après chaque lavage, principale réticence du consommateur à partager sa machine avec quelqu'un d'autre.

Outre le CRP, le Luxembourg s'est doté d'un cluster, EcoInnovation, fort désormais de près de 80 membres sous la direction du p.-d.g. de PRO-Group, actif depuis 1996, Romain Poulles, et devrait, avec l'aide de KPMG, préparer un événement majeur pour l'an prochain.

Dans une interview à Greenworks, le  Green Manager of the Year 2014 appelle ainsi le gouvernement à donner un cadre juridique et fiscal à des banques de matériaux. «Il faut s’assurer que ces produits désassemblables pourront retourner dans le circuit industriel. Il faudra donc développer une logistique inversée au niveau national et international. Cette circulation des matières premières permet de conserver la valeur intrinsèque des ressources. Ceci amène donc à l’idée de créer in fine des banques de matériaux.»

Les cleantechs couvent depuis longtemps

De l'exemple précédent de la machine à laver, M. Poulles assure que de plus en plus de produits seraient commercialisés comme des services. Là encore, dit-il, cette «logique de product as a service a besoin d’un cadre légal, fiscal, assurance que le Luxembourg est à même d’offrir à court terme. Ainsi les entreprises précurseurs dans l’économie circulaire s’installeront au Luxembourg pour profiter des conditions favorables. Ceci est donc une vraie opportunité pour le Luxembourg au niveau national, car même si certaines régions s’intéressent déjà à ces sujets, le Luxembourg peut être le premier pays au monde à transposer au niveau national.»

Outre le secteur de la construction durable et de la logistique (pour amener les produits de manière plus souple et plus rapide vers les consommateurs), le président du cluster invite aussi à penser aux «cleantechs», les technologies propres. «Nous devons atteindre une masse critique de chercheurs et de sociétés innovantes dans les cleantech et nous devons créer un cadre complet pour que ces sociétés naissent, grandissent et fleurissent.» L'avantage de cette niche par rapport à d'autres idées de diversification de l'économie luxembourgeoise tient au travail mené depuis des années par le CRP.

Dans le projet Eco-conception Passez à l’acte, mené en partenariat avec Luxinnovation et cofinancé par le programme Interreg du FEDER, le CRP Henri Tudor a supporté 
cinq entreprises luxembourgeoises, Chaux de Contern (Groupe Eurobéton), Rollinger Walfer, Steffen Holzbau SA, Flowey et la Menuiserie Design Constantin Jacques, dans la première étape de l’éco-conception qu’est l’identification, à partir d’une évaluation environnementale simplifiée, des pistes d’amélioration de certains de leurs produits. Ce travail avec les entreprises a abouti au développement du logiciel ECOPACT qui vise à sensibiliser les entreprises à la thématique et à leur permettre de réaliser en autonomie la première étape de l’écoconception.

Un autre projet de référence est le projet FRED pour «Fabrication rapide et éco-conception», mené par un consortium de onze partenaires de la Grande Région, dont le CRP Henri Tudor. L'accélération des processus industriels s'appuie principalement sur le numérique (les logiciels de conception assistée par ordinateur, de simulation, de prototypage rapide ou de fabrication). De quoi booster tous les métiers de l'écoconception, plus souvent appelé l'écodesign, qui imagine les produits du futur à partir de leur cycle de vie et de leur recyclage. A condition que le troisième plan de la Commission européenne, sous l'ère Juncker, soit plus ambitieux que les deux précédents.

Thierry Labro