Secteur bancaire: La convention collective à l'arrêt
Les employés du secteur bancaire doivent pouvoir être déconnectés

Secteur bancaire: La convention collective à l'arrêt

Photo: Shutterstock
Les employés du secteur bancaire doivent pouvoir être déconnectés
Économie 4 min.17.01.2018

Secteur bancaire: La convention collective à l'arrêt

Thierry Labro
Thierry Labro

En même temps mais dans deux endroits différents, l'OGBL et le LCGB ont réclamé au ministre du Travail l'introduction d'un droit à la déconnection. Dans le secteur bancaire et financier, les atteintes au droit sur le temps de travail bloquent les avancées pour la nouvelle convention collective.

par Thierry Labro

Autrefois signe d'importance quand un employé était recruté par une banque, le téléphone portable est devenu l'instrument d'un esclavagisme des temps modernes. 

«La frontière entre la sphère professionnelle et la sphère privée a tendance à disparaître. Les gens ne récupèrent plus à la fin de leur journée et cela peut avoir de grosses conséquences sur leur santé», assure le président du LCGB-SESF au cours d'une conférence de presse. 

La nouvelle campagne de communication du syndicat «Pense à moi... déconnecte-toi!» montre une petite blonde boudeuse dont le père est pendu au téléphone. 

 Parmi les conséquences de cette digitalisation, Gabriel di Letizia et le secrétaire général du syndicat Vincent Jacquet évoquent le rapport annuel 2016 de l'Association pour la santé au travail du secteur financier: l'ASTF a suivi 160 travailleurs souffrant d'un épuisement, «une augmentation de 49,5% qui suit celle de 84,5% de 2015». L'évolution est spectaculaire mais l'échantillon est petit. 

«Ce n'est que la face émergée de l'iceberg», affirme le président du LCGB-SESF. 

Surenchère syndicale 

Aucun employé ne semble avoir été licencié parce qu'il refusait d'être joint en dehors de ses heures de travail mais les syndicalistes évoquent des cas manifestes de déviances: le manager d'une banque a créé un groupe sur Facebook pour garder la main sur son équipe; un syndicaliste raconte comment le «follow the sun», qui décrit une journée de travail d'un employé qui a un lien avec les marchés asiatique, européen et américain, peut avoir des conséquences sur sa vie sociale et familiale; un troisième parle de ce manager qui allait demander une réponse à des membres de son équipe sur un réseau social, faute de réponse à ses mails. 

En même temps que la conférence de presse, l'autre syndicat, l'OGBL, était dans le bureau du ministre, pour la même chose: aller plus loin que la loi française entrée en vigueur en janvier 2017. La déconnexion doit devenir un droit, un cadre doit être précisé et une formation et une sensibilisation des employés et des managers doit être organisée. 

Car en pratique, l'employé peut difficilement dire à son manager d'attendre que sa journée de travail reprenne. Aussi les syndicalistes du LCGB préconisent-ils la mise en place de plages de déconnexion la semaine et le week-end, l'envoi de fenêtres d'alerte à un manager pour lui dire qu'il est hors temps de travail, l'envoi différé d'emails, le contrôle des connexions à distance ou encore un paramétrage des smartphones professionnels. 

A plusieurs reprises, les deux hommes répètent que le LCGB veut une application «stricte» du droit du travail concernant le temps de travail (40 heures par semaine), y compris pour ceux qui sont concernés par le «Bring your own device» (apporte ton propre appareil) pour différentes questions, du temps de travail à la confidentialité des données ou à l'effacement à distance des données de l'appareil privé de l'employé. 

Silence de l'ABBL 

Le temps du travail est au coeur du blocage entre les organisations syndicales et l'Association des banques et banquiers du Luxembourg (ABBL) sur la nouvelle convention collective du secteur. 

«Le patronat refuse d'appliquer la loi et de comptabiliser le temps de travail», regrette M. Jacquet. Selon lui, les banques recrutent de plus en plus de cadres – des faux cadres pour 35 à 40% d'entre eux puisque la majorité ne gagne pas les 20% supplémentaires au salaire le plus élevé de la convention collective pendant trois ans pour être qualifiés de «cadre» – d'experts missionnés depuis une société extérieure ou de stagiaires. De quoi ne plus avoir à payer de treizième mois, limiter les congés annuels à 25 contre 34 dans la convention. 

De l'autre côté, les banques s'affranchiraient du contrôle du temps de travail et du comptage (et donc du paiement) des heures supplémentaires, sur la période de référence, généralement six mois. 

Là, où le LCGB insiste sur quatre groupes de classification, sur une évolution salariale automatisée et dynamique, une prime d'ancienneté qui ne soit pas limitée aux salariés les plus anciens et sur un quatorzième mois, l'ABBL évoque une prime de fidélité dans une enveloppe destinée non plus à au moins deux tiers des salariés mais à discrétion des employeurs. 

Au LCGB qui dit avoir terminé son travail dans les quatre groupes qui ont été formés pour débattre de l'avenir de la convention collective, l'ABBL oppose un silence absolu, disent les deux hommes. Une intersyndicale aura lieu ce jeudi 15 heures après les voeux de l'ALEBA, syndicat le plus important du secteur. 

Une solution doit être trouvée avant juin.

Sur le même sujet

Secteur bancaire: La convention collective à l'arrêt
En même temps mais dans deux endroits différents, l'OGBL et le LCGB ont réclamé au ministre du Travail l'introduction d'un droit à la déconnection. Dans le secteur bancaire et financier, les atteintes au droit sur le temps de travail bloquent les avancées pour la nouvelle convention collective.
Bereits am Montag hatten die Verbraucherschützer der ULC luxemburgische Mobilfunkanbieter gewarnt, sie sollten nicht versuchen die EU-Roaming-Kostenregelung zu umgehen.