Sanctions contre la Syrie

Luxembourg a déjà radié deux sociétés de Makhlouf

Le cousin du président Assad figure depuis le début dans les treize personnalités sanctionnées aux Etats-Unis et en Europe
ICIJ

par Thierry Labro

Le tribunal de l'Union européenne a confirmé jeudi matin le gel des fonds de Rami Makhlouf, cousin du président syrien, Bachar al-Assad, pour 2016 et 2017, dans trois de ses sociétés.

"Aucun élément du dossier n'indique que M. Makhlouf ne serait plus lié au régime en place en Syrie, qu'il n'exercerait aucune influence sur celui-ci et qu'il se serait distancié des autres membres des familles Makhlouf ou Assad", estime le juge. Au contraire "le Conseil est parvenu à démontrer, via toute une série d'articles de presse et d'ouvrages d'origines, variées, ainsi que de documents relatifs aux sociétés mentionnées (...) que M. Makhlouf est lié au régime en place en Syrie et qu'il le soutient."

Les trois sociétés visées dans cette décision de 2011 sont le fonds d'investissement Al Mashreq, Bena Properties et Cham Holding. Créé en juin 2004, le fonds d'investissement avait été sanctionné par les Américains dès 2008, lesquels avaient invité leurs partenaires européens à en faire autant. Il sert au cousin du président syrien à diriger son empire médiatique, surtout Syriatel.

Depuis le début de ses déboires avec les sanctions internationales en 2011, ce cousin de Assad indique qu'il va céder ses fonctions à d'autres managers pour supprimer le lien direct entre les activités de la société et le régime en place. Il avait par exemple aussi annoncé que Syriatel verserait tous ses bénéfices aux familles des Syriens victimes de ce conflit. En réalité, cette société, dans laquelle il détenait 40% des parts, envoyait des SMS pour tenter de rallier des Syriens à la cause du président.

Aucune de ces trois sociétés n'est installée au Luxembourg, aucune n'est sous la supervision de la commission de surveillance de secteur financier. Mais M. Makhlouf et ses proches ont bien été actifs au Luxembourg, du début des années 1990 jusqu'à il y a trois ans.

La justice avait une première fois radié Drex Holding, en 1995,  après six ans d'existence. Et elle en avait fait autant, le 14 février 2014 avec Drex Technologies Holding, avant même que cette société ne soit citée dans les Panama Papers l'an dernier. Sous la holding, une société anonyme avait été enregistrée chez les désormais célèbres Mossak et Fonseca.

Pour le consortium international des journalistes d'investigation, le cousin de M. Assad disposait, selon un document de HSBC, d'au moins 14 comptes bancaires, sur lesquels il détenait une trentaine de millions de dollars. Une goutte d'eau au regard de sa fortune au milieu des années 2000 estimée à 5 ou 6 milliards de dollars, avec des intérêts dans tous les secteurs d'activités, du BTP au pétrole en passant par l'immobilier et les télécommunications.

Selon le Financial Times, au début de ses ennuis internationaux en 2011, Makhlouf détenait 60% de l'économie syrienne. Dans les premières manifestations contre le pouvoir fusaient les "Makhlouf voleur".

Comme le rappelait Le Monde l'an dernier, l'enquête de l'ICIJ montrait comment trois des sociétés, aux Seychelles mais contrôlées depuis Panama, étaient directement impliquées dans la répression contre le peuple syrien.

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