Ressources spatiales

Le Parlement donne son feu vert pour l'exploitation spatiale

Photo: Shutterstock

(ndp/AFP) - Le Parlement a donné son feu vert jeudi matin au projet de loi autorisant l'exploration et l'utilisation des ressources de l'espace, une première en Europe. Le texte, voté à la quasi unanimité (55 voix pour sur 57), doit entrer en vigueur dès le 1er août prochain.

Le ministre de l'Economie, Etienne Schneider, a remercié les députés pour "leur large soutien" à ce projet de loi qui permet au Luxembourg de devenir "le premier pays européen à mettre en place une législation conforme au droit international".

La loi permet aux sociétés établies au Grand-Duché de pouvoir extraire et s'approprier des ressources spatiales telles que des métaux, des hydrocarbures ou de l'eau. Les compagnies peuvent soit les ramener sur Terre ou bien les utiliser pour construire des bases d'où pourrait partir une exploration spatiale plus lointaine par exemple.

Diversifier l'économie du Luxembourg

Le Luxembourg ambitionne ainsi de développer une industrie du "New space" ("nouvel espace") afin de stimuler la croissance économique et d'offrir de nouveaux horizons à l'exploration spatiale, selon l'exposé des motifs du projet de loi déposé le 15 novembre 2016.

Le but est aussi de diversifier l'économie du Luxembourg, qui à côté de sa place financière, développe des initiatives dans le domaine de la logistique, de la recherche et de l'industrie.

Un afflux de demandes

Dans le cadre du projet, le gouvernement a mis à disposition une enveloppe totale de 200 millions d'euros,  afin d'initier les premiers investissements et financer les tout premiers projets. A ce jour, 25 millions d'euros ont été engagés, l'Etat luxembourgeois étant devenu actionnaire de Planetary Resources, une société d'exploitation minière des astéroïdes. "De fait, il ne s'agit par d'une dépense en tant que telle, mais d'un investissement majeur" dans un projet très concret, a déclaré Etienne Schneider.

A ce jour, quatre entreprises du secteur spatial se sont déjà installées au Luxembourg: les américaines Deep Space Industries et Planetary Resources, la japonaise ispace et la société germano-luxembourgeoise Blue Horizon.

Selon le ministre de l'Economie, le pays serait carrément "débordé" par le nombre de demandes de la part d'entreprises qui souhaitent s'installer au Grand-Duché. Même l'Agence spatiale européenne (ESA), très sceptique sur l'initiative luxembourgeoise dans un premier temps, aurait "changé sa position une fois que le projet est lancé". "Cela montre clairement que nous sommes sur la bonne voie", a dit le ministre.

Dans le cadre d'une nouvelle collaboration, l'ESA compte notamment apporter des avis et orientations via son service de conseil financier en innovation (EIAH).

Un projet, beaucoup de questions

Mais le projet luxembourgeois d'exportation et d'utilisation des ressources spatiales suscite encore beaucoup de questions et d'interrogations.

"Le projet de loi nécessite une reconnaissance juridique internationale sans quoi nous ne pourrons pas réellement avancer", a déclaré le député Laurent Mosar (CSV). «Si les missions spatiales devaient vraiment fonctionner un jour, nous devrions aussi nous assurer de ne pas ouvrir la boîte de Pandore vers un gaspillage des ressources et la fin du recyclage", a-t-il ajouté.

Le gouvernement luxembourgeois est conseillé dans sa stratégie par une équipe d'experts composée notamment de l'ancien directeur de l'Agence spatiale européenne (ESA) Jean-Jacques Dordain, de Simon Worden, précédemment à la tête du centre de recherche Ames de la Nasa, du professeur à l'Université du Luxembourg Jean-Louis Schiltz et des spécialistes de l'espace chinois Ji Wu et sud-coréen Seung Jo Kim.

Des accords bilatéraux

Ces derniers mois, le Luxembourg a intensifié la promotion de son projet spatial. En avril 2017, une mission économique en Californie pilotée par M. Schneider et le grand-duc héritier Guillaume, a débouché sur l'annonce de la mise en place d'une Agence spatiale luxembourgeoise et d'un fonds d'investissement dédié au financement de cette nouvelle structure.

En attendant un amendement du traité sur l'espace de 1967 des Nations-Unies, le Luxembourg s'est engagé dans une "étape intermédiaire" consistant à négocier des accords multilatéraux avec un certain nombre de pays, comme le Portugal, le Japon, la Pologne ou encore la Russie. Un accord est notamment attendu en octobre avec l'UAE Space Agency, l'agence spatiale des Emirats Arabes Unis.

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